Gilets jaunes : les raisons de la colère

 

 

 

 

 

La hausse du prix des carburants a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase mais ne nous y trompons pas, ce n'est pas les quelques centimes d'augmentation du diesel qui peuvent justifier un tel mouvement. La plupart des gilets jaunes savent bien que le diesel est une catastrophe pour la santé publique, pire sans doute que l’amiante qui fut dénoncée bien trop tardivement et dont les dégâts sont encore dans toutes les mémoires. Les gilets jaunes sont aussi conscients que la transition énergétique est inéluctable et que le prix des énergies fossiles ne peut qu’augmenter dans les années à venir.

Le mouvement se nourrit de rancœurs multiples et des inégalités qui se creusent. Les gilets jaunes sont conscients du déclassement qui guette le pays et eux-mêmes. Ils sont inquiets pour l’avenir de leurs enfants. Ils sont révoltés du sort fait à leurs aînés.

Leur exaspération diffuse et croissante se manifeste par un rejet du pouvoir en place mais aussi de tous les partis et syndicats en blocs qui cherchent à récupérer la colère populaire avec des discours forgés de demi-vérités et d’engagements sans lendemain. Mains sur le cœur, les politiques feront les habituelles promesses dont le sens est invariablement au service d’une stratégie électorale trop souvent cynique.

Les gilets jaunes ne supportent plus que les seules réponses aux problèmes du chômage et du déficit du pays soient toujours plus d’austérité et toujours plus de taxes au niveau national, mais aussi régional, départemental et local. Ils ne sont pas contre les économies mais ils réclament que les dirigeants montrent l’exemple : un escalier se balaye en commençant par le haut. Plutôt que de taxer toujours plus les honnêtes citoyens, ils exigent de faire d’abord payer ceux qui fraudent et qui polluent.

Certains pensent que bloquer le pays et rajouter de l’huile sur le feu annonce une ère nouvelle où les lendemains chanteront. Comme toujours ces illusions se dissiperont dans la douleur. Puisse malgré tout que ce mouvement des gilets jaunes fasse comprendre que le matraquage fiscal des classes moyennes ne peut être la seule réponse aux problèmes du pays. La hausse des carburants amplifiée par les taxes ne vient que rajouter de la misère pour les plus modestes sans compter les précaires qui se poseront la question de savoir s’il peuvent continuer de travailler pour un salaire qui couvre de moins en moins leur frais de transport.

Pour éviter que la fin du mouvement des gilets jaunes ne débouche sur de nouvelles déceptions et des ressentiments accrus, le temps pourrait être venu de mettre en chantier la conception d’un plan national qui ne vienne pas que d’en haut. Les vrais premiers de cordées ne sont pas forcément les ultra-riches et les bonnes idées peuvent venir aussi du peuple. Tout ne s’apprend pas à l’école, fut-elle l’ENA..

Florence de Martino

 A Bessan, les gilets jaunes étaient présent ce samedi,
filmés ci-dessous par Jordan Couturier (Hero Drone)