Sylvie la boulangère

Aujourd’hui, je vais braquer mon projecteur sur un être hors du commun, quelqu’un qui cultive l’art de faire plus que le quotidien normal, je veux dire « le manger, le boire et le dormir ». Il s’agit de Sylvie la boulangère de la rue de la République ; toujours avenante et joviale, et qui n’est pas blasée par l’abondance de la clientèle, qui d’habitude lasse les gens trop sollicités. Et en plus, cela dure depuis plusieurs années, mais son apanage, son point d’orgue, ce qui la différencie du commun des mortels, c’est le panneau qu’elle a placé devant sa boutique pour y inscrire au quotidien et à la craie une formule philosophique ou une fête à souhaiter. Elle puise ses citations dans le recueil des 2300 citations du monde entier de Karl Petit, comme par exemple pour la vantardise : « en France, tout le monde est un peu de Tarascon ». Aujourd’hui, c’est plus succinct, on fête les Monique. Mais je me permets de citer une grand-mère qui lui a dit : « Il faut que je te l’avoue, j’achète chez toi tous les jours une demie baguette, pourtant je ne mange pas de pain. C’est juste pour le plaisir de te voir ». Vous en connaissez beaucoup, vous, des boutiquières qui vous suggèrent la pensée du jour devant leur porte ?
Personnellement, reconnaissant ses qualités humaines, je l’embrasse comme le bon pain. Ce qui, chez elle, est de circonstance, et, bien que mauvais client (je fais mon pain moi-même), je déguste avec délectation la chouquette qu’elle me donne au passage. Merci, Sylvie, merci d’exister.

Dominique Coërchon