A Florensac, la nature a encore frappé

Chers florensacois oisifs, si vos flâneries vous amènent vers l’ancienne mairie, vous allez bien sûr admirer les deux magnifiques platanes qui, en été, dispensent leur ombre généreuse sur la petite place fraîchement pavée ; mais il y autre chose :

Aujourd’hui, sur le tronc de l’un d’eux poussent des champignons assez considérables, en silence, ils vivent là sans que personne n’y fasse attention, pourtant ces fortes protubérances mycologiques sont un véritable trésor. Il s’agit d’amadouviers qui depuis la plus haute antiquité passent pour des bienfaiteurs de l’humanité, que dis-je l’antiquité ! depuis la préhistoire ; ils sont considérés comme le fin du fin pour faire du feu mais aussi pour guérir toutes sortes de maladies, de la plus petite coupure superficielle jusqu’au plus profond cancer.

Venez vous prosterner devant ces chef-d’œuvre de la nature.

Bien avant l’invention des allumettes, les amadoueurs préparaient la chair de ces champignons, car ils avaient vu qu’elle pouvait s’embraser à la moindre étincelle.

 Pour préparer l’amadou il fallait extraire la partie charnue du champignon et après l’avoir ramollie dans l’eau, la maillocher sur une planche, les fibres séchées ainsi obtenues permettent de faire du feu à partir d’une simple étincelle qu’on peut obtenir en frappant du silex, c’est beaucoup plus rapide et pratique que de frotter du bois jusqu’à sa température d’ignition.

Mais en plus, il paraît qu’autrefois, on utilisait l’amadou à des fins thérapeutiques, on utilisait l’amadou embrasé pour cautériser les plaies, mais aussi en cataplasmes pour soigner les brûlures, arrêter les hémorragies, les maux de tête, la transpiration excessive, les hémorroïdes, les crises de foie, les cors aux pieds, les ongles incarnés et même certains cancers !

On peut même en faire un tissus très doux, des objets décoratifs, des sacs, des casquettes, des ceintures, des tapisseries et même des jouets…

Il siérait que dorénavant nous regardions d’un autre œil cette panacée universelle, cet innocent champignon qui croît en silence sur nos troncs familiers, nous pouvons le saluer en lui chantant cette chanson de Brassens, sur l’air du rendez- vous avec vous :

« La fortune que je préfère, c’est votre cœur d’amadou,
tout le restant m’indiffère (èreu), j’ai rendez-vous avec vous » …

 Vous constaterez qu’ici, en matière d’inflammabilité, le cœur d’amadou supplante aisément le cœur d’artichaut, quant à l’étymologie : amadou viendrait de l’occitan qui signifie : amoureux et « amadouer » alors !… Bref, l’amadouvier est un amour de champignon, si l’avenir s’avère catastrophique, comptez sur lui pour sauver l’humanité

Dominique Coërchon