Le choix

Dans une précédente chronique, j’avais illustré ma réflexion par la métaphore du malade qui, désolé du peu de résultats obtenus par la médecine traditionnelle faisait appel à un charlatan pour le sauver. Bien entendu, le malade était mort. Le désespéré n’est pas le meilleur juge de la thérapeutique qui lui conviendrait. C’est pourtant ce que pense cet électeur morose qui veut croire que le charlatan auquel il n’avait jusque là jamais eu recours sera peut-être le seul qui réussira là où les autres ont échoué. Il rassemble alors l’énergie du désespoir pour que personne ne puisse lui enlever l’illusion qui maintient son espoir.

Mais l’illusion est le pire des remèdes. La lucidité doit nous guider. Il est donc nécessaire de constater les insuffisances du gouvernement et de l’opposition Il est nécessaire de dénoncer ceux qui n’ont pas su régler les problèmes de notre pays. Il est nécessaire de dire qu’il faut changer les hommes, les pratiques et la méthode. Mais il est aussi nécessaire de rester lucide pour ne pas se laisser entraîner dans la spirale du désespoir qui conduit à la mort. Il n’existe pas de remède miracle. Ceux qui veulent y croire savent qu’ils se mentent à eux-mêmes. C’est pourquoi les Français, à la dernière minute, ont su éviter le pire. Ce ne sont pas des manoeuvres politiciennes qui les ont conduits au choix de la raison. C’est une réflexion sensée. Et on peut dire, n’en déplaise aux pourfendeurs de la bonne foi au profit de la hargne, que la démocratie a bien fonctionné.

Pour autant, peut-on en rester là ? Sûrement pas. Nous savons tous depuis très longtemps que nous n’avons pas fait les efforts que d’autres pays ont faits pour nous donner les armes de la concurrence. Nous avons toujours préféré le protectionnisme à l’effort. Certains ont même voulu promouvoir le “patriotisme économique” pour habiller d’un nom convenable une imposture qui n’était que du repli sur soi suicidaire. Nous avons confondu solidarité et assistance, préféré l’assistance à la responsabilité et 2 l’égalitarisme à l’égalité. Et cela, ce n’est pas que de la faute de nos gouvernants. C’est aussi la faute des Français.

Ce n’est pas par hasard si les gouvernements de droite et de gauche n’ont pas réussi à infléchir la politique malsaine de la France dénoncée en particulier par Raymond Barre depuis la fin des années 70. C’est parce que la France, c’est-à-dire, son corps électoral, ne le voulait pas et menaçait sans cesse le pouvoir de “faire parler la rue”. Qu’il s’agisse des réformes de la Sécurité Sociale, des retraites, de l’éducation nationale, des hôpitaux, de la justice ou du temps de travail, la majorité s’est toujours prononcée en faveur de la solution qui convenait au plus grand nombre. On ne peut pas toujours faire porter la responsabilité par d’autres. Il faut à un moment reconnaître, même lorsque cela nous pèse, que les élus sont le reflet des électeurs.

Que les gouvernements n’aient pas été courageux, c’est une évidence. Ils n’ont pas voulu payer par le risque d’une défaite, la mise en oeuvre de la seule politique courageuse qu’il fallait entreprendre : la fin de l’assistanat.

Qu’a-t-on évité hier ? Que les nouveaux élus soient une fois de plus le reflet d’une majorité d’électeurs irresponsables qui voudraient conduire leur pays vers une nouvelle dérive démagogique : la facilité illusoire du “demain on rasera gratis”, prônée par ceux qui condamnaient les gouvernements précédents pour la même pratique vicieuse. On l’a échappé belle. Mais ce n’est pas fini. Tout va être remis en question d’ici un peu plus d’un an.

Il faut mettre à profit ce court délai de 18 mois pour que le désespoir de certains de nos compatriotes ne les entraîne pas au suicide électoral par charlatans interposés. Les cartes sont entre les mains des leaders, où qu’ils se trouvent, de la droite et de la gauche.

La règle absolue : se défier des menteurs. A droite lorsque certains leaders prétendent soigner la France dans la douceur alors qu’il lui faut un remède de cheval. A gauche, lorsque certains leaders veulent 3 l’achever en nous faisant croire encore à l’Etat-Providence alors que la France est ruinée. Et à l’extrême droite où l’on essaie de nous faire croire que le mal qui nous ronge vient des autres alors qu’il est en nous-mêmes.

Lorsque la France est en ruines, il faut la reconstruire. Ce n’est ni l’Europe, ni l’étranger qui sont la cause de notre manque de courage à nous mettre au régime. C’est à nous de choisir si nous voulons rester libres de choisir notre avenir dans une mondialisation qui peut faire, selon que nous saurons l’appréhender, soit notre fortune soit notre malheur, libres de choisir notre mode de vie dans un environnement dangereux où il ne suffira pas de discours pour vaincre la barbarie, libres de donner à ceux qui veulent travailler les moyens de s’épanouir. Cela ne sera possible que si, collectivement, la France accepte de relever ce défi. Si elle y parvient, c’est qu’elle aura trouvé en elle-même, à la majorité, les solutions à ses problèmes.

Tout reste à faire.

Yves Marchand
lundi, 14 décembre 2015