Recherche d’une église.

Jules Romain me pardonnerait d’avoir emprunté le titre d’un des tomes des Hommes de bonne volonté. Mais ce sont ces mots qui me viennent à l’esprit face aux réactions actuelles de la société française confrontée aux drames que nous vivons depuis janvier 2015.

Depuis la décolonisation, la fin de la guerre d’Algérie et à plus forte raison depuis l’effondrement de l’URSS et la fin de la guerre froide, l’Europe et la France souhaitaient recueillir les « dividendes de la paix ». Et tournant le dos à une histoire trop tragique, tout un chacun, comme de bons esprits l’y incitaient, pensait aborder à un nouveau rivage. Celui d’une ère nouvelle, celle de l’individu-roi. Les nouvelles technologies (la révolution numérique) y aidèrent grandement. Les slogans commerciaux du style : « ce que vous voulez, où vous voulez, quand vous voulez » n’étaient que le reflet de beaucoup d’aspirations. Cela a conduit à remplir son « caddy » dans les grandes surfaces commerciales ou à naviguer des nuits entières sur la Toile à la recherche de ce qui pourrait satisfaire ce « moi », aussi profond qu’inconnaissable et toujours plus exigeant. L’Histoire ? Peut-être si c’est François Ier ou Marie Antoinette. L’économie ? La crise affecte nos vies. Certes, le chômage est insupportable. A part ce qui abîme l’individu, de quoi se soucie-t-on ? Selon son vécu, d’une prochaine reprise, d’un retour à la nature ou à un passé mythifié. On a beau tisonner les braises du Grand Siècle (le XVIIIème disait déjà Michelet), aucune flamme ne brûle dans les esprits. Et l’on tire en France au nom de Dieu.

« Dieu est mort » proclamait Nietzche. Et Jaurès voulait rallumer sur terre les « mille soleils » qui auraient remplacé les lumières éteintes dans les cieux. Mais aujourd’hui, ce qui se dit socialisme n’est plus la foi en la destinée humaine, mais une aide à mieux consommer. Il est vrai que l’URSS est morte, Lénine bien oublié et que les effigies de Marx sont bradées chez les brocanteurs. Alors, pour certains, le salut est dans le passé : l’Eglise d’avant Vatican II, le latin et les soutanes. Ces abbés si présents, si consolants, si propres à montrer la voie. D’autres partent à l’Est : le yoga, le bouddhisme, les « sagesses ». Et l’ésotérisme fleurit : réaliser son âme, réveiller les forces cachées de l’être. Toujours au plus profond du moi. Et puis, il y a les réseaux, la Toile, le web ses « visites » et les « amis ». Et une société, fragmentée en autant d’atomes que d’individus à la recherche de la quintessence de leur moi, est attaquée au nom d’une vision totalisante du monde où l’individu n’est rien, la cause est tout. Et les individus s’agrègent en groupes tout en restant isolés en eux-mêmes, choqués mais absents à tout collectif.

On dépose des fleurs ou des bougies. On chante à bas bruit la Marseillaise. On rend hommage aux victimes. Mais, comme autrefois dans l’Eglise, structure-t-on sa pensée, dirige-t-on son action ? Recherche d’une église, écrivait-on à l’aube du XXème siècle.

Hervé Le Blanche
13 décembre 2015