Qui sont les coupables ?

Il n'y a aucune différence entre un conducteur fou qui assouvit un fantasme meurtrier en lançant son véhicule dans la foule et un individu fanatisé qui agit de même, au nom d'un principe, d'une idéologie ou d'une religion.
Les victimes sont aussi innocentes dans un cas que dans l'autre, l'assassin aussi imprévisible dans un cas que dans l'autre.
C'est le traitement de l'information qui diffère et, par conséquent, la réaction de la population.
Dans le premier cas, le fatalisme l'emporte. Dans le second c'est l'esprit de vengeance.
Dans le premier, pas de conséquence politique. Dans le second, on veut des coupables et une issue politique.
Et pourtant, dans les deux cas, les coupables sont les mêmes : ceux qui n'ont pas pris les précautions sécuritaires suffisantes en cas de rassemblement en un même endroit et un même moment.
Dans le premier cas, on ne leur reproche rien.
Dans le second, on désigne les coupables. N'importe lesquels.
Dans le premier cas, pas un seul homme politique ne dit mot.
Dans le second, c'est la course à la dénonciation démagogique contre les coupables désignés.
Et, en conclusion, quelle solution ?

  • Sûrement pas un énième procès en incompétence contre un président de la République, fût-il le plus falot de tous ceux que nous ayons connus.
  • Sûrement pas un procès en incompétence contre des services de renseignements, jugés incapables de déjouer les actions folles et imprévisibles d'un individu pourtant pas plus soupçonnable qu'un autre.
  • Sûrement pas une surenchère incohérente et partisane contre des musulmans "à expulser, à parquer en camp de concentration ou à emprisonner", en raison de leur dangerosité supposée.
  • En revanche, que ce soit dans le cas d'un terroriste ou d'un fou, exiger des organisateurs de rassemblements et des autorités qui les autorisent, les dispositions de sécurité, connues et éprouvées par des décennies d'expérience, visant à empêcher tout drame de la nature de celui que nous avons connu. Et cela est valable tant pour des rassemblements de réjouissance que pour des rassemblements militants.

Il n'y a pas là matière à polémique politique. Seulement matière à examiner soigneusement les risques que notre activité sociale fait courir à la société, sans a priori et sans esprit partisan. Et c'est déjà beaucoup.

Yves Marchand
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.