courrier des lecteurs

Il faut faire participer la population aux décisions.

1er Tour de l’élection départementale passé, premier bilan, le grand vainqueur est encore une fois l’abstention avec près d’un français sur 2, score habituel mais que les candidats ou élus minorent. Nous entendions hier soir des candidats se félicitaient d’un taux de participation plus haut que prévu ! Les élus doivent réagir, la démocratie est malade. La cause principale reste le manque de confiance aux hommes politiques, trop d’affaires, toujours aussi peu de morale, des hommes avides de pouvoir, cumuls et mandats successifs…
Ce constat était valable principalement pour les élections nationales mais le devient au niveau local. Sur notre canton, Morgo qui brigue un troisième mandat (de trop), fait un score faible, l’usure du pouvoir sans doute, qui cumule avec le poste de Maire de Villeveyrac.

Un Front National qui surfe sur la crise, les politiques et journalistes minimisent son succès du premier tour mais le FN est malheureusement le premier parti de France, l’UMP est associé avec l’UDI Modem, c’est un cumul des partis qui fait que le FN est second… Il faut quand même relativiser, le FN n’a pas plus d’électeurs aujourd’hui, il profite du fort taux d’abstention comme d’habitude.

Déroute de la droite sur le canton de Méze éliminé dès le 1er tour et grosse gifle à Poussan où la suppléante de l’UMP Maire adjointe n’arrive pas à l’emporter et se retrouve 3eme loin derrière Morgo et Mougins, Sanction de la politique d’Adgé et de son équipe ? Décrédibilisations de cette candidate un temps farouche opposante d’Adgé qui se retrouve adjointe aujourd’hui avec lui ?

Un taux d’abstention à Poussan bien supérieur à la moyenne en France !

Rien n’est fait pour que les abstentionnistes retournent aux urnes… Nous avons besoin de candidats ayant une éthique, une morale. Les partis traditionnalistes n’ont plus de solutions, le FN n’apporte qu’une issue utopiste avec parfois des relents nauséabonds chez certains candidats, comme l’extrême gauche en son temps qui a tendance à disparaitre de l’échiquier national.

Le changement doit venir par la méthode de gouvernance, notre système actuel permet de créer des petits Barons qui vont gérer, décider, mais souvent imposer, sans jamais se prémunir de l’avis de la population, ils se sentent au-dessus de tout, sous prétexte démocratique, je suis élue, je fais ce que je veux…

Il devrait y avoir durant les mandats locaux et nationaux une série de référendums sur la gestion en général (rapprochement des agglo par exemple), les projets d’infrastructures (TGV) etc etc…

Des décisions politiques nationales et locales qui divisent aujourd’hui mais choisies par le peuple directement auraient une tout autre symbolique; le mariage gay, les retraites, Hinterland à Poussan, réhabilitation du centre du village etc etc…

Il faut faire participer la population aux décisions.

Hier soir Morgo pouvait être heureux en s’ouvrant la porte d’une troisième élection d’affilée en aillant perdu plus de 2 200 voix par rapport à 2008. Le taux de participation risquera d’être faible encore une fois. L’intérêt de la population à la politique ne va pas s’accentuer bien au contraire…

Aux abstentionnistes et ceux ayant voté nul il est temps de se mobiliser et d’apporter enfin du changement !

Olivier FREZOU - Poussan

Loger les poètes

le festival Voix Vives, comme d’autres actions, voit diminuer ses financements ; aussi il y aura des modifications cette année, ; l'appel à bénévolat, notamment pour accueillir chez soi des poètes est d'autant plus fort et nécessaire ; de quoi s'agit-il ? offrir un lit ou un canapé, dans un coin tranquille de la maison ou de l'appartement.

dates : du vendredi 24 juillet soir au dimanche 2 août matin
Le poète est libre de sa journée, vous lui laissez une clé. Si vous le souhaitez, mais ce n'est pas obligatoire, vous pouvez offrir le petit déjeuner. Eventuellement, il peut passer un moment dans la journée pour se reposer ou parfois travailler, faire la préparation de ses lectures, écrire un article, mais ne vous en inquiétez pas, vous n'avez pas besoin d'être là. Sachez que leurs journées sont longues et chargées, sauf un jour dans la semaine, ils ont au moins une lecture par jour, puis ils rencontrent les autres poètes ; parfois ils ne se connaissent pas, sinon par écrit, bien qu'ils soient du même pays. Certains sortent de leur pays pour la première fois, le festival étant comme un laisser-passer pour obtenir de quitter le pays. Ils en profitent aussi pour rencontrer les éditeurs, les plasticiens pour l'illustration de leurs oeuvres, etc.
je l'ai fait plusieurs années et j'ai beaucoup apprécié : faire connaissance de quelqu’un, toujours sympa, échanger, le moment du petit déjeuner est le meilleur moment pour se rencontrer. Une richesse !
si vous êtes absent, vous pouvez également laisser votre appartement, par exemple pour les animateurs. Vous ne risquez rien. L'équipe du festival connait bien les poètes et savent "distribuer" en fonction des ressemblances et centres d'intérêt commun.
Cette année, je ne poursuis pas, d'autres tâches m'attendent pour le festival.
Mais, je vous y invite, vous ne le regretterez pas. Un bon moment de partage ! Au-delà de la poésie c'est aussi tout un partage d'humanité de qualité, les poètes ne s'encombrent pas de banalités.
Si vous acceptez, précisez si vous pouvez recevoir un couple, si vous parlez une langue étrangère, et contactez directement l'accueil du festival (site festival Voix Vives)
C'est un bon moment pour tout le monde

Nicole Bandelier

Robot rue Pierre Sémard

De Max Horde:

MAIS QUE FONT LES ROBOTS ? Une affaire personnelle qui en intéresse plus d'un.
ALERTE ! Il y a un robot rue Pierre Sémard. C'est un cyclope. Un robot avec un seul œil. Soit une caméra de surveillance. Dans cette même rue j'occupe un local au 51 que je prête à plusieurs associations qui manquent de lieux pour se réunir. Ce local a été cambriolé deux fois en trois ans. Ça fait beaucoup. Lors des dépôts de plainte au commissariat j'ai demandé si le robot avait vu quelque chose. Rien m'a-t-on affirmé. « Le robot serait-il aveugle ? » Me suis-je dit ou me cacherait-on quelque chose ! Et si c'était le robot qui était entré chez moi !

Le robot n'est pas aveugle, j'en ai confirmation. Il y a une quinzaine de jours ayant besoin de charger quelques encombrants dans ma voiture pour les porter à la déchetterie et n'ayant pas d'autres solutions, je me suis garé un petit quart d'heure sur le trottoir d'en face pour ne pas gêner la circulation. Bien mal m'en a pris, recevant aujourd'hui une contravention pour stationnement interdit. Il y a bien une place réservée aux livraisons mais celle-ci, à l'abri des regards vicieux du robot, est toujours occupée. Alors que faire ?

Le robot n'en veut pas qu'à moi. Il a épinglé plusieurs fois pour le même délit extrêmement grave la marchande de paniers Bio qui livre le Paris-Méditerranée. Trente-cinq euros pour un panier de vingt euros c'est pas bon pour le commerce de proximité.

Si Brassens avait rencontré ce robot il l'aurait traité de con sur l'air d'une musique sympathique reprise en cœur dans les commissariats sous la baguette du premier magistrat. Je n'irai pas jusque là. Simplement je dirai pour le salut de tous « méfions-nous des robots » qui ne voient que ce qu'ils veulent bien voir.

Alors je reviens à ma question. Que faire ? Deux solutions me viennent à l'esprit : rester au milieu de la voie publique durant le chargement ou mettre les encombrants sur le trottoir. On me rétorquera probablement que je peux aussi demander une autorisation. Ce qui en cas d'urgence par exemple peut poser un sacré problème. J'ai été questionner le robot. Il ne m'a pas répondu.

 

Méritons-nous plus que les fourmis de rester sur terre?

En jouant aux apprentis sorciers blancs nous avons pollué la planète, dérèglé des équilibres interconnectés qui nous dépassent, et détruit une partie de la biodiversité au point d’engendrer un réchauffement climatique dangereux et incontrôlable. Au mépris de nos valeurs, et par cupidité, nous avons spolié de leurs terres et richesses une partie des peuples autochtones qui l’habitaient, leur vie ne valant pas plus pour nous que la peau d’une vache. Des rapports intimes, savants et respectueux qu’ils entretenaient avec la nature, nous n’avons rien retenu.

L’hypocrisie et le mensonge ayant été un moyen de gouvernance du système, l’heure fatidique est arrivée de se poser la question de la survie de notre espèce, faute d’avoir fait preuve de discernement, de responsabilité et de prudence. Confrontée à des centaines de catastrophes climatiques et à un réchauffement à venir de l’ordre de 4 degrés, l’humanité pourrait disparaître rapidement, malgré nos capacités «géniales» d’adaptation. Déjà, d’innombrables d’êtres humains en sont morts prématurément, et des centaines de millions d’autres en sont gravement affectés.

En 2050 nous serons onze milliards selon les prévisions des Nations Unies. Les biens matériels qu’espère le tiers monde augmentant avec la démographie, même si nous réduisons notre consommation, nous allons vers des évènements incontrôlables. Et la croissance immatérielle proposée en remplacement ne peut, hélas, que rester marginale. Elle n’a pas de réalité dans le tiers monde sans d’énormes investissements...Lors d’un reportage ethno photographique en Inde, j’ai rencontré des doctorants qui, pour survivre cultivaient des patates. Ainsi, quelques prospectivistes envisagent une économie de survie. L’humanité ne pourra survivre avec notre système d’économie basée sur une croissance sans fin, bien qu’il ait été un temps bénéfique en matière de santé publique, de redistributions et autres. Mais depuis vingt ans au moins, le cumul sans fin des inconvénients du système l’emporte sur les acquis.

La confiance n’aurait jamais dû exclure le contrôle par les sociétés civiles, tant des industries polluantes que des projets et dépenses de l’exécutif. Nous avons une perception idéaliste de l’élu, pris dans l’étau de sa propre personne (plus ou moins compétente), des lobbies, des parties politiques sectaires, et de la captation du pouvoir qui incite au clientélisme. En 2007 la Chambre des députés a bafoué de suffrage universel contre l’Europe. Maintenant le pouvoir promulgue des lois d’exception, tendant plus à contrôler la liberté d’expression critique que l’insécurité ponctuelle, pour entraver la critique publique du système. Et nous sommes dans l’incantation ! Et le pouvoir donne des leçons de morale au monde entier. Alors qu’il faudrait mettre en chantier une nouvelle forme de gouvernance. Ainsi, par tout notre comportement nous portons notre part de responsabilité dans les catastrophes qui nous attendent.

La priorité devrait être : l’environnement. C’est-à-dire la sauvegarde de la vie de nos enfants. Les questions économiques de tous temps conjoncturelles passent bien après. On ne peut plus faire confiance pour réduire le réchauffement à des politiques qui prônent un double langage, et privilégient la vente de véhicules qui sont pour partie responsables de l’effet de serre. Ce qui justifie l’intervention de la société civile. Cette vision à court terme n’est pas à la hauteur des problèmes. Mais nous donnons des leçons de morale. Il faudrait un projet ambitieux. Nous devrions donc revenir à l’essentiel. Faire rêver la population d’une croissance durable sans fin, pour justifier le budget insupportable des dépenses publiques, l’augmentation de la dette publique, de la fiscalité et la cherté de la vie en France, ne fera pas long feu. Cette situation nous a réduit à la condition d’esclave moderne. Se réapproprier nos précieuses vies, c’est revivre.

Comment faire évoluer les mentalités grégaires sans demander la lune ? C’est par la rencontre, l’amitié et l’expérience personnelle, que se crée par entrainement une prise de conscience durable, les médias ne suffisent pas. Jamais les médias n’ont autant parlé d’environnement, jamais les atteintes à l’environnement n’ont été aussi importantes. Réduire notre consommation n’est pas un projet passéiste : c’est revenir pour survivre à quelque chose d’acceptable après un abus. Bien des gens vivent avec moins de 20 degrés de température chez eux. J’ai fait de drôles d’expériences en entrant dans un supermarché sans argent. Un outil me semble indispensable, si après trois semaines d’attente j’en ai encore besoin, je vais essayer d’en trouver un à recycler. Essayez, c’est enrichissant. L’ouverture des magasins le dimanche ne fait que focaliser notre esprit sur la consommation. Les publicitaires savent bien qu’elle peut engendrer l’illusion d’exister. Nous sommes conditionnés. La manipulation effrénée et sophistiquée des consciences est le plus grand défi lancé aux hommes du troisième millénaire. Pour la confondre publiquement, il nous faudra associer le courage à l’intelligence.

Devant la splendide beauté de la nature-qui jamais ne nous lasse- et la complexité bénéfique de la biodiversité, l’homme est décevant. Par contre, en matière d’équilibre environnemental, l’animal (considéré comme un simple meuble dans notre Code) est presque exemplaire. Lors de la catastrophe de FUKUSHIMA les japonais ont eu très peur, mais ils construisent une nouvelle centrale nucléaire. Les informations consommées n’ont pas l’impact cognitif des catastrophes vécues. Nous sommes à plaindre. Une espèce qui mérite de la compassion, « mais qui ne peut pas durer ».

Méritons-nous plus que les fourmis de rester sur terre. Non ! Pourtant des hommes désintéressés et indépendant d’esprit se sont battus depuis cinquante ans pour nous éviter pareille situation, mais ces précurseurs ont été pris pour des illuminés, privés de reconnaissance par les politiques sectaires. Quand allons-nous disparaître si nous ne changeant pas nos comportements ? Dans cent ans, ou plus, nul ne peut actuellement le savoir. Alors retrouvons vite le plaisir de la découverte de la nature qui nous accueille encore, et nous entoure de ses derniers bienfaits.

Janvier 2015
Christian PUECH
du collectif informel d’écologistes actifs (artiste photographe, conférencier, voyageur. Vice-président de l’association : « Témoin au bout du monde ».

Pistes cyclables controversées

L'ayatollah des pistes cyclables terrorise le conseil municipal de Gigean!

En effet dès qu'elle à décidée d'établir une piste cyclable dans une rue plus rien ne l'arrête, ni le fait que dans la rue en question il ne passe que trois vététistes le samedi et le dimanche et des chats errants le reste de la semaine, ni le fait de mettre la rue en sens unique obligeant des dizaines d'habitants du quartier à de longs détours qui cumulés vont représenter des milliers de kms (ça c'est de l'écologie à rebrousse poil!), ni le fait que pour «sa» piste elle modifie les données de circulation sur la zone artisanale voisine qui devrait dépendre de l'agglo, au fait as t elle participé (l'agglo)au financement car si les gigeannais connaissait le coût de ces fantaisies pas sur qu'ils apprécient...

M Peyrottes,
37 av de Béziers - 34770 Gigean

Conte de vœux

Il était une fois dans un lointain pays un puissant tyran qui vivait comblé de trésors dans son palais et que l’on surnommait « Je veux ». En effet, depuis l’enfance, il se contentait, en début d’année, de clamer « Je veux » à chaque cérémonie des vœux, et tous les êtres se pliaient à sa volonté.
En janvier l’année dernière, l’année de ses trente ans, une magnifique artiste inconnue le toucha par un chant envoutant. Il s’écria aussitôt « Je la veux », mais, pour la première fois de sa vie, un être s’opposa à son désir. Il n’hésita pas à jeter aussitôt la soprano en prison. Là, elle chanta sa peine jour et nuit, et le roi l’entendait même quand il était au loin. Comme il ne pouvait supporter sa souffrance, il décida de la libérer. Elle refusa une nouvelle fois de lui appartenir malgré ses promesses de richesses, et, avant de disparaitre, lui offrit une rose rouge, un Chat et un médaillon.
Le roi exigea que personne n’approche sa rose. Il la contemplait chaque matin et constata avec effarement qu’elle fanait. C’était une situation nouvelle pour lui car les serviteurs et les jardiniers remplaçaient les bouquets de son palais au premier signe de flétrissure. Il s’aperçut de l’imposture dans laquelle il vivait et décida de quitter son palais pour parcourir son royaume. Il prit alors conscience de la beauté et de la fragilité de la nature qu’il essaya de respecter et de protéger.
Le Chat l’intrigua. En fait, il n’avait jusque-là possédé que des chiens et des chevaux parfaitement dressés qui lui obéissaient au doigt et à l’œil. Ce nouvel animal était étrange, il ronronnait et se laissait caresser avec plaisir, mais uniquement quand il le souhaitait ; en effet non seulement il n’obéissait pas et disparaissait parfois plusieurs jours sans permission, mais plus encore, il n’hésitait pas à le narguer du regard. Le roi détesta le Chat jusqu’au jour où il s’aperçut que la douceur et la tendresse était plus efficace que la contrainte pour obtenir son amour. Après cette découverte, il traita avec humanité les animaux.
Quand il ouvrit le médaillon, un hymne à l’amour s’éleva et il découvrit le portrait de la belle. Il ordonna : « Je veux que l’on m’amène toutes les femmes du royaume qui lui ressemblent et toutes les chanteuses qui ont son timbre de voix. » Un défilé continu se prolongea plusieurs mois au palais sans que le roi ne trouve la jeune femme qu’il désirait. Il se contenta alors d’ouvrir son médaillon chaque jour pour recevoir une bouffée d’Amour. Mais le son devint peu à peu inaudible et l’image s’altéra à son grand désespoir Il exigea en vain que les techniciens réparent son médaillon qu’il dut se contraindre à n’ouvrir que parcimonieusement.
Le premier janvier 2015, le chat disparut et le médaillon se tut. Le roi courût après le chat qui s’engouffra dans une masure dans laquelle un chant divin s’élevait. Le roi ne s’écria pas « je veux » ; il s’agenouilla devant la porte, joignit ses mains tremblantes et, pour la première fois de sa vie, fit un vœu.

Meilleurs vœux pour 2015 !
Patrick Misse
Auteur des Parias d'Aubenas

Je ne suis pas Charlie !

Et bien, moi, je ne suis pas Charlie ! Si j'ai toujours apprécié le talent des dessinateurs assassinés, je n'ai pas souvent aimé le contenu du journal. Je ne lui ai jamais pardonné le "Bal tragique à Colombey : un mort". J'espère - sans y croire - qu'il n'y aura pas d'autres attentats dans le même genre.
Madeleine LEGUILLOU

Tristesse

...Je crois plus que jamais qu’il faut se battre pour que les mots, ceux qui sont nécessaires aux êtres et à l’humanité, puissent être entendus. Je crois que seuls les mots, d’autres mots, pourraient ramener vers une autre vérité tous ces jeunes qui se sont laissés embrigader par des manipulateurs extrémistes en quête de pouvoir sur le monde. Tous ces jeunes dans un état de carence culturelle, sans doute en mal d’un idéal non formulé, que d’autres savent s’employer à détourner, à manœuvrer.
Ce sont ces jeunes qui aujourd’hui tuent, et vont sans doute tuer encore. C’est à eux qu’il faudrait que d’autres mots s’adressent. On ne sait pas trop comment s’y prendre, mais c’est vers eux que doivent aller d’autres paroles que celles qui les ont asservis dans le pire. Il faudrait que les efforts de tous puissent aller dans cette direction. Et en premier lieu les efforts des Etats...

Maïthé Vallès-Bled - Directrice du Festival Voix Vives

N'oublions pas Clarissa

Clarissa Jean-Philippe, jeune policière en formation, tuée par Coulibaly à Montrouge, le lendemain des assassinats à Charlie Hebdo.
Dans l'émotion actuelle peu de personnes parlent d'elle...
J.P Cano

Émotion et Raison

Comment ne pas être ému devant la multitude des pancartes "Je suis Charlie" qui ont fleuri partout en France et sur tous les continents ces trois derniers jours ? Il faudrait être de pierre, ou un barbare, pour ne pas être emporté par la vague d'émotion qui a soulevé le monde. Mais cette émotion est-elle une émotion qui nous étreint à l'évocation des victimes de ces tueries (car j'associe évidemment celle de Charlie-Hebdo et celle de la porte de Vincennes), ou de façon plus prosaïque cette émotion ne se résume-t-elle pas à une simple compassion de faits dramatiques auxquels nous sommes totalement étrangers ? Ne vivons-nous pas ces terribles événements comme un film qui se déroule devant nous, dont nous connaissons les acteurs, et dont nous savons qu'ils seront vengés par la cavalerie lorsqu'elle arrivera ? Les méchants seront tués et le spectateur respirera un grand coup.

Il n'en faut pas beaucoup alors pour que le spectateur de la "vraie vie" se confonde avec celui de l'univers virtuel et se mette à penser que sa petite pancarte, écrite en blanc sur fond noir, serait pour quelque chose dans le dénouement du drame. On a tôt fait de devenir héros virtuel lorsque le danger est passé et qu'il s'est acharné sur les autres... Non, la compassion ne fait pas de nous des héros ! Et la manifestation spectaculaire ne donne pas plus de droit que le recueillement. Chacun, avec sa sensibilité, exprime comme il peut son émotion. Certains, en utilisant les procédés de la communication publicitaire, d'autres en essayant de réfléchir à notre propre positionnement dans un phénomène qui nous envahit et qui nous dépasse. Mais jamais le spectacle ne remplacera la réflexion et l'action. Les manifestations, c'est bien. Mais c'est à l'action qu'on jugera les résultats.
Car la constante, c'est que le terrorisme fait maintenant partie de notre quotidien. Que chacun de nous, en France et en Europe, au même titre que ces clients de "l'hyper casher", peut y être mêlé au moment où il s'y attend le moins. Et que nous devons vivre avec, comme les Israéliens vivent les attentats au quotidien, comme les libanais qui ont vécu la mort à tous les coins de rue avant d'être soumis par l'occupant syrien, comme les Kurdes et les chrétiens d'Orient pourchassés par les intégristes d'un côté et la dictature de l'autre et comme tant d'autres que cette modeste réflexion ne saurait évoquer sans lasser le lecteur.
Il ne s'agit pas de se laisser submerger par l'émotion mais de réfléchir au mode de vivre ensemble que nous allons adopter.
La raison nous impose de penser que l'unanimité de façade conçue par l'émotion ne saurait perdurer. Il ne serait d'ailleurs pas bon qu'elle perdure car l'unanimité oblige l'individu, sous la contrainte soit de la force, soit de la pression sociale, à refouler ses convictions les plus profondes . C'est sur cet axiome que se fondent les dictatures pour l'imposer. Le pluralisme, qui est le fondement de la démocratie, s'imposera donc, de toute façon. Rejetons le pessimisme de ceux qui estiment que la force l'emportera.
Mais pour que le pluralisme, la contradiction, et par conséquent, pour que la liberté d'expression l'emporte, il faut que l'esprit de tolérance l'emporte. C'est le plus difficile. Car au fond de chacun de nous persiste la conviction que nous détenons la vérité et qu'il faudra imposer cette vérité aux autres. C'est ce schéma qui crée le terrorisme. C'est celui qui a été adopté par l'Islamisme radical. Mais pas seulement par lui. Par tous ceux qui mettent au pilori ceux qui émettent une opinion différente de la leur. Les extrêmes sont les maîtres de ce genre d'exclusion.
Nous ne combattrons pas le terrorisme islamiste en épousant les thèses radicales de l'exclusion. Nous le combattrons en parvenant à convaincre les musulmans que l'Islamisme est le cancer de leur religion. Que, s'ils croient en Dieu, puisque Dieu est unique, ce ne peut être que le même que celui des chrétiens et des juifs et que l'on ne peut donc pas tuer au nom de Dieu.
C'est d'une révolte au sein de l'Islam dont a besoin le monde musulman. C'est la grande aventure qui doit se préparer au cours de ce siècle qui n'est pas religieux, mais sectaire et criminel.
La marge est étroite entre le sectaire et le religieux. C'est de refuser de le reconnaître qui conduit aux guerres de religion et au terrorisme. L'occident le plus raisonnable a choisi, pour éviter cette confusion la laïcité, garantie de l'expression de toutes les religions. Il appartient donc à la laïcité de trouver le moyen d'empêcher qu'une religion, par ses excès, mette en danger l'équilibre social.
La confusion entre la religion et le droit est évidemment la base de ces excès. En recherchant dans sa propre constitution les causes de sa pathologie, on trouve la plupart du temps la thérapeutique adaptée.
La foi en un créateur, qu'il s'appelle Dieu, Allah ou Yahvé, ne saurait permettre aux hommes de parler en son nom, pour décider qu'il existe un droit divin d'interprétation humaine applicable aux hommes. Le Droit est l'affaire des hommes. Il est imparfait, limité dans le temps et dans l'espace. Il n'est pas l'affaire de Dieu. L'Islam, en faisant cette révolution qui lui permettra de conserver ses grands préceptes, peut devenir, dans le respect des autres, la grande religion monothéiste qu'il veut être.
Faute de l'aggiornamento qui s'impose à lui, l'Islam ne peut devenir qu'une dictature.
Mais alors, il sera combattu comme une dictature. Et il perdra la guerre.

Yves Marchand
10 janvier 2015