Picasso : « un poète qui a mal tourné » ?

Picasso : « un poète qui a mal tourné » ? Cette citation de l’artiste lui-même nous révèle une facette méconnue de celui qui s’est notamment illustré à travers la peinture, la sculpture et le dessin. Véritable génie des arts, l’œuvre de Picasso et son talent semblent sans limites.


Picasso poète

 

Anticonformiste en tout genre

Si le coup de pinceau de Picasso est reconnaissable de tous, sa plume l’est également ! Le poète est aussi atypique que l’était le peintre. À ce propos, voici la manière dont il s’exprimait concernant sa peinture : « je mets dans mes tableaux tout ce que je veux, tant pis pour les choses. Elles n’ont qu’à s’arranger toutes seules. » Picasso n’obéit à aucune règle. Il s’exprime avec spontanéité et instinct. En cela, ses écrits sont exceptionnels et le style de l’écrivain est facilement identifiable. Le style Picasso est tellement singulier et personnel que ses poèmes n’ont pas besoin de signature pour être reconnus. On ne peut pas déterminer précisément la date à laquelle il commence à écrire, néanmoins on sait qu’il s’agirait d’une période durant laquelle sa vie privée bascule : liaison secrète avec Marie-Thérèse Walter dont il attend un enfant, instance de divorce avec sa femme Olga Kohklova, etc. On suppose qu’il aurait commencé à écrire dans les années 1935.

Un esprit créatif infini

Picasso aurait écrit entre 350 et 400 poèmes. Il a également composé plusieurs pièces de théâtre telles que Le désir attrapé par la queue, Les quatre petites filles ou encore L’enterrement du comte d’Orgaz. Il écrit sur des supports aussi variés que le papier d’Arches (support luxueux) jusqu’au papier hygiénique. Ses productions littéraires ou pittoresques laissent volontairement planer un sentiment d’inachèvement recherché par l’artiste qui s’exprimait ainsi : « Achever un tableau ? Quelle bêtise ! Terminer veut dire en finir avec un objet, le tuer, lui enlever son âme ». Tout chez Picasso que ce soit ses œuvres elles-mêmes, ses procédés ou ce qu’il véhicule poussent à la création, à la réinterprétation et au renouvellement ! Picasso avait de l’aversion pour ce qui est immuable ! C’est peut-être la raison pour laquelle il a déclaré : « Les ordinateurs sont inutiles. Ils ne savent que donner des réponses ».

Derrière l’écrivain, le peintre sommeille

Pour certains détracteurs, l’écriture est chez Picasso un moyen pour faire oublier son incapacité à produire de nouvelles œuvres plastiques. Cependant, l’évolution de son style et la concomitance entre ses productions écrites et plastiques permettent de dissiper les doutes. Poésie et arts plastiques iraient alors de pair. D’ailleurs, on retrouve dans ses ouvrages de nombreuses allusions à la peinture. On devine alors le peintre lorsqu’on lit le poète ! Des objets banals peints sur ses tableaux deviennent des sujets dépeints dans ses écrits : « Les tableaux on les fait toujours comme les princes font leurs enfants : avec des bergères. On ne fait jamais le portrait du Parthénon ; on ne peint jamais un fauteuil Louis XV. On fait des tableaux avec une bicoque du Midi, avec un paquet de tabac, avec une vieille chaise. » Picasso était bien plus qu’un peintre, c’était avant tout un créateur, un architecte des arts.

Tony Toilier