Les enjeux environnementaux de la conchyliculture

La France accueille et préside actuellement la 21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21) afin d’aboutir à un nouvel accord international sur le climat.
Dans ce contexte, le Comité National de la Conchyliculture (CNC) souhaite mettre mettre l’accent sur les enjeux environnementaux d’un secteur socio-économique important et structurant du littoral français et européen. Les ressources, les activités et la compétitivité de la conchyliculture dépendent du bon état des écosystèmes. Elles sont impactées par les effets du changement climatique. Une meilleure prise en compte de l’évolution du climat et ses conséquences pour les ressources côtières et l’aquaculture est indispensable.

L’ACIDIFICATION DES OCEANS : QUELS IMPACTS ?

L'acidification de l’océan est la diminution progressive de son pH. Elle est la conséquence de l’augmentation des émissions de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère qui est ensuite absorbé par les eaux marines les rendant plus acides. L’acidification des eaux peut influencer :

  • la formation de coquille, la croissance et potentiellement la survie des mollusques bivalves (stade larvaire important),
  • la composition des eaux (côtières) et de son écosystème (phytoplanctons, sédiments, etc).


« Des observations suggèrent que les moules et les huîtres seront particulièrement menacées par le bouleversement en cours de la composition chimique de l'eau de mer, avec vraisemblablement d’importantes conséquences socio-économiques. Des recherches en laboratoire ont notamment permis de constater les impacts de l’acidification sur les mollusques : des effets très négatifs sont observés, en particulier lorsque la larve forme sa première coquille, peu avant la période de captage (fixation de la larve sur son premier support d’élevage). »
Frédéric Gazeau, Chargé de recherche au Laboratoire d’océanographie de Villefranche (CNRS).


Pour le secteur conchylicole, les enjeux de l’acidification des eaux côtières est un enjeu majeur.
A propos de l’acidification des océans :

  • quelle influence sur les microorganismes marins pathogènes pour les coquillages et sur d’autres facteurs de stress des coquillages ?
  • peut-elle remettre en cause le cycle de vie et de développement des ressources conchylicoles ?
  • peut-elle remettre en cause la capacité de captage en milieu naturel et la reproduction en milieu contrôlé ?
 

Les chiffres clés de la conchyliculture en France

  • Production : 200 000 tonnes de coquillages élevés par an, dont 65 % d’huîtres, 30 % de moules et 5 % d’autres coquillages.
  • Chiffre d’affaires : 780 millions d’euros/an.
  • 20 500 emplois directs à la production correspondant à 10 500 emplois à temps plein et 10/000 emplois saisonniers, auxquels il faut ajouter les opérateurs des circuits de distribution et le commerce.
  • 4 800 exploitations, pour 4 000 entreprises (majoritairement très petites entreprises familiales) se répartissant 20 000 hectares de concessions sur le domaine maritime public et privé.
  • Près de 300 zones de production classées dans des lieux naturels uniques (estrans, etc.), régulièrement surveillées pour la protection des eaux conchylicoles et des consommateurs.
 

Le Comité National de la Conchyliculture souhaite la création d’une plateforme d’échange pour un travail en collaboration à la fois avec les professionnels mais aussi les scientifiques, du monde entier pour mesurer l’importance de l’acidification et de ses impacts en particulier sur la conchyliculture.

« L’acidification des océans doit devenir une préoccupation pour la filière. Le partage d’expériences entre professionnels est essentiel pour trouver des solutions aux enjeux auxquels nous sommes tous confrontés. A ce titre, les récents échanges que nous avons eus avec nos homologues américains soulignent la convergence des intérêts conchylicoles. Et nous amènent à nous soutenir les uns les autres dans la nécessité de reconnaître l’importance et le rôle de la conchyliculture dans la préservation des écosystèmes ». - Gérald Viaud, Président du CNC.

Parmi les sujets de discussions, le Comité National de la Conchyliculture souhaite aussi souligner la nécessité de mettre en place le suivi de paramètres permettant d’appréhender l’évolution de la composition chimique des eaux conchylicoles (ex : taux d’aragonite, indispensable pour la formation de la coquille).


LA CONCHYLICULTURE, TEMOIN ET GARANTE DE LA SANTE DE L’ENVIRONNEMENT

  • De l’élevage à la récolte des coquillages (1 à 4 ans), ni solution médicamenteuse, ni produit chimique n’est utilisé. Leur alimentation est totalement naturelle et repose sur la biodiversité phytoplanctonique de la colonne d’eau.
  • La conchyliculture s’intègre aux écosystèmes estuariens et côtiers et participe à leurs fonctionnements : filtration et éclaircissement des eaux, développement d’autres espèces (rôle de nurserie, nourricerie), lutte contre l’érosion côtière, fixation du carbone, régulation des cycles de l’azote etc. Elle contribue au maintien des bons états sanitaires et écologiques du milieu.

  • Les eaux conchylicoles sont situées dans des zones protégées au titre de la Directive Cadre sur l’Eau et de la Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin.

  • La conchyliculture est le témoin du bon état de santé de l’environnement côtier, elle est sensible aux variations de la qualité de l'eau du littoral et peut ainsi être considérée comme une activité économique « sentinelle » de cette qualité. Elle est concernée par les effets des changements climatiques (pluviométrie, température, acidification, érosion, etc.). Elle constitue une activité durable, en phase avec les valeurs actuelles et qui répond aux besoins alimentaires de demain

En savoir plus :
Film La Perle des mers, reportage au coeur de la filière ostréicole
Sites internet : www.cnc-france.com, www.huitre.com, www.moulesdebouchot.fr