L'hippocampe et son ADN

photo: Sophie Falloud


Nicolas Bierne


Florentine Riquet 

 

Par un jour du mois de mars ayant lu sur un réseau social que l'on recherchait, pour une étude, des spécimens d'hippocampes, je me suis rendu à la Station Marine de La Plagette à Sète. Là, une petite équipe de recherche rattachée à l'ISEM (Institut des Sciences de l'Evolution de Montpellier) réalise cette étude.
Le projet sur l'hippocampe a été financé par un prix Chercheur d'Avenir 2011 de la région Languedoc-Roussillon, un prix décerné à Nicolas Bierne, directeur de recherche au CNRS. J'ai aussi pu y rencontrer Florentine Riquet, Post Doctorante du LabEx CeMEB, Université de Montpellier.
Outre la curiosité qui m'animait j'y venais aussi pour apporter l'unique hippocampe (sec) en ma possession. Un hippocampe « familial » en provenance de l'Atlantique.
Mon spécimen, identifié sous le nom d'Hippocampus guttulatus ou hippocampe moucheté, fut donc pris en charge par Florentine Riquet qui m'expliqua la suite des opérations.

Après avoir réalisé un léger découpage de sa nageoire dorsale, il y aura l'extraction de son ADN afin de rechercher les différences génétiques entre les différents spécimens collectés depuis le début de cette étude.
Cette équipe travaille actuellement sur des individus vivants, le but étant de séquencer des fragments d'ADN qui sont différentes d'un individu à l'autre et ce sont ces différences qui sont informatives et donc intéressantes. Le principe est identique pour les individus « secs ».

La première étape de cette recherche a concerné 292 hippocampes mouchetés répartis sur 24 sites géographique. Depuis la recherche s'est orientée vers le séquençage de 96 individus ainsi qu'un mâle tunisien et sa progéniture (112 juvéniles). Cette « petite famille » va aider à déterminer la diversité génétique transmise par le père.
Localement, c'est à dire sur le Bassin de Thau, le laboratoire travaille en liaison avec le CPIE Bassin de Thau et avec d'autres associations pour ce qui est des prélèvements dans l'étang.
Les prélèvements qui sont réalisés sur des animaux vivants sont effectués lors de plongées dans l'étang de Thau. Que l'on se rassure, il a été constaté que les animaux n'étaient pas affectés par ce prélèvement et que la nageoire repoussait chez la grande majorité des animaux prélevés.

Florentine Riquet travaille en génétique des populations d'où l'intérêt de cette étude qui court sur plusieurs années. Les différences entre individus permettent de déterminer la structure génétique des populations. Dans cette équipe les chercheurs travaillent sur la spéciation.
La spéciation est, en biologie le processus évolutif par lequel de nouvelles espèces vivantes apparaissent.
Mais ensuite les problématiques sont assez différentes car pour les individus vivants il est recherché la structure génétique contemporaine alors que pour les individus « secs » les chercheurs tentent de retracer l'histoire en remontant le temps. Afin de se procurer des hippocampes secs il a déjà été fait appel au don des particuliers. Plus d'une centaine de spécimens ont ainsi été collectés à ce jour.
La plupart proviennent de l'étang de Thau et leur âge varie de 5 ans à 80 ans, le plus vieux étant de 1935.
Sur cette quantité les ¾ viennent de l'étang de Thau, une dizaine de spécimens proviennent de la mer (la Méditerranée dans son ensemble) et 2 à 3 proviendraient de Tunisie. Désormais il y en a 1 de l'Atlantique (le mien).

Lors de l'étude sur les 292 hippocampes il a été déterminé qu'ils étaient issus de la même espèce morphologique mais, par contre, génétiquement ils étaient issus de 4 espèces.
A l'heure actuelle, d'autres lagunes (à Leucate et une en Espagne) sont ou seront explorées (dont une lagune italienne) afin de déterminer si la lagune de Thau est spéciale ou pas.
Le spécimen « blanc » que Florentine tient dans sa main provient de l'étang de Thau, il aurait 35 ans et il aurait été pêché dans les années 80.

A l'heure actuelle la petite équipe est toujours prête à recevoir de nouveaux spécimens « secs » apportés par des particuliers. Si vous souhaitez confier vos hippocampes, il vous est toujours possible de joindre les chercheurs. Pour cela contacter Nicolas Bierne ou Florentine Riquet au 04 67 46 33 75 ou par e-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. . Point important, il est à noter qu'ils vous seront restitués après étude.

Un grand merci à Florentine Riquet pour son accueil et pour l'aide apporté à la rédaction de cet article.

Jean-Marc Roger

 

photo: Sophie Falloud