Les Romains chassaient-ils la baleine en Méditerranée ?

 

© D. Bernal-Casasola, University of Cadiz. Des archéologues en train de travailler sur les ruines de Baelo Claudia.

Cette ancienne ville romaine (proche de Tarifa, dans l’Andalousie, Espagne) avait une des plus grandes usines de transformation de poissons de la région, avec une capacité totale de 475 m3. Cette étude suggère que ces usines auraient pu aussi servir à transformer des baleines.


© NOAA - Une baleine franche de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) et son baleineau.

Cette espèce a quasiment disparu suite à des siècles de chasse. Aujourd’hui, seulement une petite population persiste au large des côtes de l’Amérique du Nord. Cette étude révèle que cette espèce entrait dans la mer Méditerranéenne pour se reproduire.

   

La chasse commerciale à la baleine, jusqu’ici considérée comme ayant commencé avec les baleiniers basques vers 1 000 après J.-C., a entrainé la disparition des baleines franches (Eubalaena glacialis) et des baleines grises (Eschrichtius robustus) dans l'Atlantique Nord-Est.

Une équipe internationale, impliquant des chercheuses du CNRS et de l’université de Montpellier (1), a utilisé de nouvelles techniques d’analyses moléculaires pour étudier des os de baleines provenant de sites archéologiques d’usines romaines de salage de poisson dans le détroit de Gibraltar. L’équipe a montré qu'il y a 2 000 ans, des baleines grises et des baleines franches étaient présentes en Méditerranée, probablement pour s’y reproduire.

Cette découverte, publiée le 11 juillet 2018 dans Proceedings of the Royal Society of London B, élargit considérablement l'aire de répartition historique connue de ces deux populations de baleines et soulève la possibilité qu'une industrie baleinière romaine oubliée ait contribué à leur disparition.

 

(1) Au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/EPHE) et au laboratoire Archéologie des sociétés méditerranéennes (CNRS/Ministère de la culture/Université Paul Valéry Montpellier).

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Réfeérence :
Forgotten Mediterranean calving grounds of gray and North Atlantic right whales: evidence from Roman archaeological records. Ana S. L. Rodrigues, Anne Charpentier, Darío Bernal-Casasola, Armelle Gardeisen, Carlos Nores, José Antonio Pis Millán, Krista McGrath, Camilla F. Speller. Proceedings of the Royal Society of London B, le 11 juillet 2018. DOI : 10.1098/rspb.2018.0961