Kléber Mesquida dresse un premier bilan des vendanges 2016

Kléber Mesquida, Président du Conseil départemental de l’Hérault, a opéré un vaste tour d’horizon de l’état de la viticulture héraultaise devant la presse réunie le 19 septembre à la Cave La Voie Domitienne à Cournonsec. Une conférence dense en sujets, empreinte de gravité quand il s’agit d’évoquer des épisodes climatiques omniprésents dans les esprits. Kléber Mesquida était accompagné d'Yvon Pellet delegué à la viticulture et du député Christian Assaf.

 


L
’Hérault, 2ème département viticole de France


 1er département viticole de la Région Occitanie. 2ème département viticole français après la Gironde. 2ème département viticole français pour la production d’IGP et de vins sans IG après la Charente-Maritime

  • 84.900 hectares de vignes  soit 45% de la surface agricole utilisée  soit 13.6% de la superficie totale du département.

  • Viticulture biologique 2014 : 6.216 hectares (dont 5.217 ha certifiés) (4ème département national après Vaucluse, Gironde et Gard.  Le Languedoc-Roussillon est le 1er vignoble bio français

  • 58 caves coopératives (70 % de la production) en 2013. 1.300 caves particulières (29% de la récolte) et 1% de la production de vins par le négoce.

  • 288 communes viticoles sur 343 dans le Département de l’Hérault

 Le Poids économique

  • 518 Millions d’euros : valeur de la production viticole (Moyenne 2012-2014) soit 69% de la valeur globale agricole qui est à 751 millions d’euros.
  • On peut estimer que 30% des volumes produits sont destinés à l’export, et en premier lieu vers l’Europe (Allemagne : premier client, Belgique, Pays-Bas, Royaume-Uni). Chine et Etats-Unis constituent également d’importants marchés.
  • 70% de l’économie agricole du département
  • 31% du chiffre d’affaires viticole de la Région hors vins pétillants
  • 75% de la production est déclarée en IGP
   

C’est une tradition pour Kléber Mesquida que de faire le tour des caves, en tant que député puis à la tête du conseil départemental depuis Mai 2015. A la fin de ses déplacements, au coeur des vendanges, il aura visité 45 unités, coopératives ou caves particulières. Il orientera les actions et les aides du Département grâce à cette vision globale de l’état des récoltes, des attentes et des besoins de la viticulture.

L’impact des épisodes climatiques que le département a connus, sécheresse ou grêle du 17 août, se mesure déjà sur la récolte 2016. Les premiers chiffres tombent: – 10 % au plan national, – 20 % en caves coopératives dans l’Hérault, où elle induit un manque de revenu, mais aussi des charges d’exploitation supérieures . Au total, les vendanges, qui produisent entre 5,3 à 5,6 millions d’hectolitres dans l’Hérault, atteindront péniblement les 5 millions cette année.

« Que serait l’Hérault sans vignes ? »

« La vigne, c’est la carte d’identité du territoire et les vins les marqueurs de notre ADN » martèle un Président qui ne peut concevoir le département sans elles. Il a demandé le 17 septembre au Préfet, en déplacement avec lui, une étude diagnostic sur l’irrigation de l’ensemble du vignoble de l’Hérault. « L’attente est forte. Il ne s’agit pas de faire de la surproduction, mais de réguler l’apport hydrique à la vigne ». Des retenues collinaires sont envisagées pour sécuriser l’apport en eau par de bassins de rétention (l'eau ne s’écoulera plus vers la mer) pour irriguer, et empêcher des inondations. Le département financera le projet qui doit déboucher sur un plan d’action avec la profession, ainsi que les différents instances qui s’occupent de la gestion de l’eau. Il interviendra en maître d’ouvrage pour les bassins de rétention. « Le but est de rendre 80 % du département irrigable et assurer une qualité pérenne ». Le sujet, fait notable, a engendré un consensus au sein de l’Assemblée départementale. Yvon Pellet, conseiller départemental délégué à la viticulture, approuve: « l’irrigation sera incontournable avec les changements climatiques ».
Le département finance par ailleurs un centre d’expérimentation de cépages résistants à la sécheresse, à Marsillargues.

Un couloir de grêle d’une ampleur inconnue frappé, le 17 août, de Lauret à Vendargues, 2000 ha de vignes, dont 1500 en Pic Saint-Loup. La perte touche ponctuellement 100% de la récolte. La perte de production est évaluée entre 60 000 à 80 000 hl. Un bilan chiffré sera tiré après les vendanges. « Le Conseil départemental soutient la profession. Sous l’égide de la Chambre d’Agriculture, qui centralise l’état des besoins, nous réfléchissons à l’accompagnement, pour atténuer le choc». La session d ‘octobre du Conseil départemental fixera le montant des aides, en sachant que la récolte 2017 pourra être impactée, surtout sur les jeunes vignes jeunes. « Nous passerons de problèmes ponctuels à une perte de fonds les année suivantes ».

 

 

Le département s'engage après la grêle

Kléber Mesquida l’a annoncé le 29 août, après s’être déplacé sur le terrain dès les lendemains de la grêle, l’aide votée sera conséquente, eu égard aux dommages causés par le sinistre. Plusieurs dispositifs sont à l’étude:

  • aide directe au vigneron pour le surcroît de taille,
  • aide aux caves coopératives, qui voient leurs coûts de vinification augmenter. 
  • aide aux caves particulières pour acheter des raisins ou des moûts (financement des frais de transport)
  • traitement de l’impact social de la grêle. Une dizaine de familles sont impactées à 100 % 
  • soutien au syndicat du cru pic-saint-loup, par une aide à son fonctionnement 

Un dispositif d’avance de trésorerie à tous pourrait être ouvert par le Département. Le Conseil départemental cofinance par ailleurs l’aide à l’acquisition de filets pare-grêle dans l’arboriculture, frappée par un second épisode de grêle le 16 septembre.

 

Kléber Mesquida évoque ensuite un autre volet de son action, l’engagement pour une viticulture durable, en intervenant sur le maintien de la biodiversité, des espaces naturels et de la préservation des terres agricoles.
La lutte biologique contre la tordeuse de la grappe, un parasite ravageur par la méthode dite « de confusion sexuelle » est mise en avant. Il s’agit de tromper le papillon responsable du ver de grappe, en posant sur le pied de vigne de petites torsades humectées d’hormones, pour empêcher sa reproduction. La méthode, alternative à l’utilisation de pesticides, nécessite une démarche territoriale collective. Lancée à titre pilote autour du Bassin de Thau, en AOP picpoul de pinet et IGP Cotes de Thau a fait tâche d’huile : 200 ha en 2013, 2000 ha en 2015 et cette année, plus de 5000 ha traités en 2016. L’outil, très performant, satisfait les coopérateurs. Il coûte plus cher que les insecticides, mais présente « un intérêt collectif et sociétal », pour l’humain et pour le vin.

La question foncière préoccupe professionnels et collectivités. Comment transmettre son vignoble? En cave coopérative, sécuriser le foncier assure des apports réguliers. Le Conseil départemental accompagne SAFER et Chambre d’Agriculture dans ce travail.  Voir l’exemple de la Cave La Voie Domitienne.

L’Hérault première destination préférée des Français
En dernier point, Kléber Mesquida évoque l’oenotourisme, quivalorise les produits et leur offre un poids économique. « Le département travaille à créer une route oenotouristique qui aurait pour particularité d’offrir des microcircuits avec des villes étapes avec une offre de restauration, hébergement, étape dégustation, salles de séminaire ou groupes. Trois territoires sont labellisés, au plan national, en « Vignobles et découvertes ». Un 4e le sera prochainement. En complétant ce réseau, le département entend l’harmoniser sur des bases qualitatives et quadriller tout le territoire: « Nous étudions de nombreux partenariats pour proposer une offre de qualité aux visiteurs afin qu’ils gardent une belle impression de l’Hérault. Nous maillons le territoire pour créer un circuit valorisant la plan paysager, du littoral à la petite montagne, ainsi que les cultures et traditions ». Toutes les caves sont actuellement recensées et cartographiées par communes.
Le département sera présent, pour la première fois, au Salon International de l’Agriculture à Paris en 2017. Il y présentera les vins de l’Hérault, « notamment ceux de l’appellation Pic Saint-Loup ».
La conférence de presse se termine sur ces notes d’optimisme, embellies dans un tour d’horizon chargé de préoccupations et d'attentes de la viticulture héraultaise.

Florence Monferran

 

L’exemple de la Cave « La voie domitienne »

Boris Calmette, Président de Coop de France LR est également à la tête de la dernière cave coopérative construite dans l’Hérault, en 2006. Outil récent, construit au service d’une stratégie globale de commercialisation renforcée par l’achat d’un négociant vraqueur de la Vallée du Rhône, SAS Friedman., elle est issue de plusieurs fusions, communales ou de caves coopératives comme celle de Lansargues, qui rentre du raisin ce jour. Gigean, Poussan, Canet Montbazin, Bouzigues, Cournonsec, Fabrègues ont grossi les rangs de la cave de Cournonsec. La Cave La Voie Domitienne développe une vision des attentes des marchés, des distributeurs et des consommateurs. Elle travaille en relations suivies avec les négociants. « L’important est d’avoir des parts de marché. Nous avons fait le choix de la vente en vrac, nous ne faisons quasiment pas de bouteilles. Nous sommes des vraqueurs professionnels ». Un outil agro-alimentaire a été bâti pour répondre à cette stratégie. Sa capacité est de 110 000 hl. Boris Calmette expose l’état de la récolte 2016 dans sa cave, dominé par la sécheresse et la question de l’irrigation. Cette année, la récolte atteindra environ 70 000 hl au lieu de 78 000 hl en année commune, essentiellement à cause de l’absence de pluies. Presque tout le raisin est rentré à Cournonsec, qui produit beaucoup de vins rouges.
Sur 1000 ha en production, 250 à 300 ha sont irrigués sur Fabrègues et Cournonsec. La production y est satisfaisante, même si une perte réduite à -10 % environ est constatée. Sur Gigean et Poussan, non irrigués, la perte grimpe à 15%, voire 20 %. « Nous verrons si la sécheresse est exceptionnelle ou récurrente, en lien avec des changements climatiques. Sans eau, notre viticulture ne sera vite plus rentable. ». Malgré les financements du département, 1 000 € / ha restent à la charge du viticulteur. Grâce au Conseil départemental, les coopérateurs se sont lancés dans la pratique de la confusion sexuelle, très performante à La Voie domitienne.
Boris Calmette constate que, dans le secteur coopératif, des jeunes veulent s’installer à la vigne dès le retour à un chiffre d’affaires correct en cave. Entre Sète et Montpellier, l’accès au foncier est problématique. A Cournonsec, la cave a mis en place une SCI qui acquiert le foncier, le donne quelques années en fermage à des jeunes, qui pourront ensuite, s’ils en ont les moyens financiers, racheter à la SCI des vignes déjà en production et rentables. 7 ou 8 jeunes sont en cours d’installation au sein de La voie domitienne.
S’exprimant sur la récolte et les marchés, Boris Calmettte espère que les prix de vente maintiendront. Une réunion est fixée le 12 octobre avec les négociants à Narbonne à ce sujet.

Florence Monferran