L’émergence de l’Afrique : une opportunité pour l’Occitanie

C'est une réalité,  l'Afrique se développe et elle le fait à une vitesse spectaculaire malgré les divers problèmes qu’elle a encore à résoudre. D’ici à 2050, dans une génération, celle des enfants qui naissent aujourd’hui, l’Afrique s’imposera comme le continent du futur. A condition de l'anticiper et de le préparer, la région Occitanie aura alors vocation à devenir le point d’ancrage de la synergie entre l’Europe et l’Afrique. Seront aux avant-postes de la coopération : le port  de Sète idéalement situé sur le plan géographique et les technopoles de Montpellier et Toulouse dont les expertises sont reconnues dans de nombreux domaines pertinents pour le développement de l’Afrique.

 

L’énergie solaire : le futur de l’Afrique

Actuellement quelque 500 millions d’africains sont encore privé d’accès à l’électricité mais compte-tenu des enjeux économiques et environnementaux la plupart des pays d’Afrique ont fait de l’électricité leur priorité.  Ils essaient donc de mobiliser les investisseurs étrangers et les producteurs indépendants pour développer les énergies renouvelables… Et ils y arrivent en particulier dans le solaire.

La majeure partie de l’Afrique compte environ 325 jours de fort ensoleillement par an. Selon sa localisation,  chaque km2 en terre africaine reçoit annuellement en énergie solaire l’équivalent de 1 à ,5 millions de barils de pétrole.  Une surface carrée de 500 km de coté le Sahara, équipée de panneaux solaire suffirait à alimenter la planète entière en électricité.

Au début des années 2000 un premier projet appelé Desertec avait vu le jour avec pour objectif d’utiliser la puissance et la fréquence de l’ensoleillement du Sahara pour produire de l’électricité et la distribuer, principalement vers les pays européens. Le projet n’avait pu aboutir  à l’époque du fait de dissension entre les promoteurs.

L’idée n’est cependant pas abandonnée et  plusieurs tentatives de relance du projet sont en cours. Dans le sud tunisien, la société anglaise Nur  travaille ainsi sur un projet de centrale solaire d’une capacité équivalente à trois réacteurs nucléaires EPR pour alimenter le sud de la France, l’Italie et Malte.  Au Maroc, dans la ville de Ouarzazate, le projet Noor, lancé par le roi MohammedV, devrait aboutir à la construction de la plus grande centrale solaire thermodynamique du monde. À perte de vue, quelque 500.000 miroirs cylindriques installés sur une surface de 450 hectares vont collecter les rayons du soleil et les concentrer sur un ensemble chaudière-turbines qui transformera l’énergie thermique en électricité.

Le problème du solaire est son intermittence. Il faut donc des systèmes capables de stocker l’énergie excédentaire produite le jour pour la restituer la nuit ou lorsque le soleil est absent. La technologie des centrales solaires thermodynamiques le permet mais elle requiert de lourds investissements et génèrent des coûts de fonctionnement relativement élevés.  Une autre solution consiste à utiliser des batteries accumulatrices mais les batteries également coûtent cher et leur durée de vie est limitée ce qui nécessite de les remplacer régulièrement. Ces inconvénients  freinent encore le développement du solaire à grande échelle.  Toutefois la technologie évolue vite et de nouvelles avancées devraient permettent à brève échéance de développer l’usage du solaire dans des conditions économiques très satisfaisantes.
En France, la société Energiestro a ainsi mis au point un système à base des volant d’inertie en béton qui tournent à grande vitesse pour stocker l’énergie sous forme cinétique. L’énorme avantage de ce système appelée VOSS est sa durée de vie quasi illimitée comparé à celle des batteries. Le fait d’utiliser du simple béton  au lieu du carbone ou de l’acier permet en outre à Energiestro de proposer des volants d’inertie de  100 à 200 fois moins cher que ceux utilisés jusqu’à présent dans l’industrie.
Le problème du stockage de l’énergie étant en passe d’être résolu et le prix des panneaux photovoltaïques ne cessant de baisser, l’énergie solaire devient pour l’Afrique un des atouts majeurs pour son développement.

Déjà, depuis quelques années, du Maroc à l’Afrique du Sud, l’usage des systèmes solaires individuels se répand. Ils permettent d’alimenter une maison pour l’éclairage ou la télévision, de recharger les téléphones portables, etc. Au-delà de ces solutions individuelles, le concept de mini-réseaux solaire encore appelés mini-grid connaît un réel succès et apporte la fée électricité jusque dans les villages les plus reculés. Une révolution qui modifie la vie des familles au quotidien et qui permet de  produire de l'énergie nécessaire pour éclairer l’école du village,  alimenter les frigos du dispensaire qui gardent au frais les vaccins  assurer le pompage de l’eau, etc. L’énergie électrique produite localement rend possible des projets de cultures maraichères, de pisciculture, d'artisanat, de services ou d'industrie. 
 Au Mali, Korayé Kurumba, une filiale d’EDF, vient d’équiper en mini-réseaux une vingtaine de villages, soit environ 100.000 habitants. Au Nigéria,  Schneider Electric développe également une toile solaire  avec des points alimentant chacun  jusqu’à 10.000 personnes.
A Bokhol, dans le nord du Sénégal, la Senelec (Société nationale de l’électricité au Sénégal) vient de raccorder à son réseau , Senergy 2, la plus grande centrale solaire d'Afrique de l'Ouest avec 75.000 panneaux photovoltaïques pour une  puissance de 20 mégawatts.
L'Agence Internationale de l'Énergie (AIE) estime que dès 2030 le solaire représentera 14 % de la puissance installée en Afrique et dépassera les 50% en 2050.

Les défis

Les obstacles sont encore nombreux d’ici 2050 pour que l’Afrique s’affirme comme le continent du futur mais les signes encourageants se multiplient.
Certes de larges poches de corruption existent encore et  des rentes de situation  infondées gangrènent certains états où la pauvreté reste endémique. Certes l’instabilité politique et l’insécurité continuent de produire ses effets délétères dans plusieurs régions du continent. Mais sur tous ces fronts des progrès sont enregistrés et la tendance lourde est là : l'Afrique se développe et surtout, elle le fait à une vitesse spectaculaire. La démocratie  gagne du terrain et là où elle s’installe elle produit des effets progressistes : investissements dans le capital humain (santé, éducation et compétences notamment), amélioration du niveau de vie et apparition d’un marché intérieur, confiance des investisseurs et plus grande facilité pour financer l’indispensable transformation structurelle.
Dans ce contexte deux défis majeurs sont encore à relever : le réchauffement climatique et l’urbanisation.

 Le climat

 L’Afrique est le continent le plus vulnérable aux effets du changement climatique. Pour lutter contre les effets néfastes du réchauffement prévisible, l’Afrique doit s’adapter dès maintenant. Cette contrainte représente une opportunité sans précédent pour  la transformation économique du continent » estime  Akinwumi Adesina, Président du Groupe de la Banque africaine de développement.  A la suite des accords de Paris pour un futur sobre en carbone, l’Afrique, avec son énorme potentiel d’énergies renouvelables,  peut en effet contribuer à la révolution mondiale de l’énergie. En Afrique, des cercles vertueux peuvent se mettre en place dans les secteurs, notamment, de l’agriculture et du développement urbain. « Un développement respectueux du climat peut entraîner  des augmentations majeures de la production agricole ; les villes africaines, dont la croissance est rapide, peuvent devenir les moteurs du développement durable, et ce, tout en offrant de meilleures conditions de vie à leurs habitants. » De fait la croissance verte accélère les investissements dans les technologies et les nouvelles industries propres. Elle préserve la ressource en eau et les autres ressources naturelles, elle améliore la sécurité alimentaire,  elle stimule l’innovation, la création d’emplois et le développement économique.

L’Afrique possède la plus grande réserve foncière de terre arable non exploitée, équivalente à 25 % de la terre fertile mondiale. Selon la banque africaine de développement, avec des pratiques agricoles adaptées aux évolutions du  climat, la production agricole annuelle africaine pourrait être triplée d’ici 2030 malgré le réchauffement. Tout en baissant les émissions de gaz à effet de serre, il serait donc possible d’obtenir d’améliorer les revenus des petits producteurs et de renforcer la sécurité alimentaire.

Les petits exploitants agricoles de certains pays ont déjà pris l’initiative et fait preuve d’ambition et d’innovation en s’adaptant au risque climatique.

Pour les prochaines décennies, la Banque Africaine de Développement estime à 15 milliard par an les investissements nécessaires pour permettre à l’Afrique de s’adapter au changement climatique et  transformer son économie en profondeur : l’agriculture, l’énergie, les infrastructures, l’eau et l’utilisation du sol. Ce montant dépasse de loin les ressources locales disponibles et exigera une coopération internationale efficace.  Cette mobilisation internationale se fera car l’intérêt de tous les acteurs, tant publics que privés,  est quelle se fasse.
Plusieurs pays africains n’ont cependant pas attendu les soutiens internationaux et sont déjà aux avant-postes mondiaux avec  des  programmes ambitieux qu’ils financent eux-mêmes pour intégrer l’action climatique dans le développement durable.

Le Rwanda utilise ainsi  la croissance verte comme levier de réduction de la pauvreté et se fixe l’objectif de 50 % d’électricité générée par des énergies renouvelables avec un plan d’investissement de 500 millions de dollars financé par des d’économies sur les dépenses publiques. L’Éthiopie qui devrait  accéder au statut de pays à revenu moyen d’ici une dizaine d’années, affiche les priorités suivantes : modernisation des pratiques agricoles et des modes d’élevage, protection et  replantation des forêts, augmentation de la production d’énergies renouvelables et  passage direct à des technologies économes en énergie pour les transports, l’industrie et la construction. Au Kenya, l’objectif de résilience climatique est intégré dans Vision  2030, le plan national de développement qui  prend aussi en compte les dimensions sociales du développement.  Citons enfin l’approche nigérienne et malienne de l’agroforesterie avec la plantation intercalaire d’arbres fixant l’azote et augmentant le couvert en arbres pour assainir plusieurs centaines de milliers d’hectares tout en améliorant le revenu des familles exploitantes.
Pour éviter que les événements météorologiques extrêmes causent des inondations qui risquent de dégrader ou d’inonder les routes, les lignes de chemin de fer et les ponts, la Banque Africaine de Développement ivestit dans la construction de liaisons de transport plus vertes, qui atténuent le changement climatique et réduisent les émissions, tout en aidant à construire des économies et des sociétés qui incluent tout le monde .

A noter enfin que trois megalopoles africaines, Lagos, Johannesburg et Addis-Abeba, ont rejoint le C40, le groupe  des villes leader pour le climat (Cities Climate Leadership Group) qui se sont engagés à réduire d’ici 2050 leurs émissions de gaz à effet de serre de  30 Gigatonne d’équivalent CO2, soit les émissions de la Chine et de l’Inde réunies. Trois autres villes africaines y ont un statut de membres observateurs : Dar es-Salam, Nairobi et Le Cap, nouvelle preuve de l’implication de l’Afrique pour la maîtrise du climat.

 Urbanisation

Comme l’Asie, l’Afrique connaît à son tour une  transition urbaine rapide. En 1990, moins d’un tiers de la population africaine était urbaine, selon la Commission économique des Nations-Unies, ce taux devrait atteindre 49 % en 2035 ce qui créera une demande considérable d’emplois, de logements, de services et d’infrastructures. Pour peu que le cadre directif soit judicieux, les pays africains peuvent tirer parti de la dynamique d’urbanisation pour s’assurer ainsi un avenir plus prospère et équitable.

Le défi est d’éviter que l’afflux de la main-d’œuvre peu qualifiée venant du secteur agricole ne grossisse le secteur informel des villes et génère une urbanisation anarchique. Il s’agit d’une part d’accompagner cette transition urbaine pour promouvoir la diversification économique, notamment l’industrialisation dans les secteurs à forte croissance qui vont répondre à la demande urbaine, afin de créer des emplois et d’autre part d’améliorer les infrastructures et l’accès aux services de base.

Pour y parvenir, des progrès sont encore indispensables dans beaucoup de pays africains, entre autres pour réguler le marché foncier et adapter les investissements aux vrais besoins urbains. Compte tenu de l’ampleur des difficultés et de l’importance économique des villes, les pouvoirs publics devront  régler ces questions en priorité. Ils devront aussi anticiper et faire des choix stratégiques et des ciblages sectoriels pour exploiter l’urbanisation en prenant en compte les objectifs nationaux plus vastes que sont l’industrialisation et la création d’emplois, la réduction de la pauvreté et l’amélioration de la qualité de vie dans les zones urbaines et rurales.

   

Il n’est richesse que d’hommes

 En 1900, l’Europe comptait 420 millions habitants, l’Afrique n’en comptait que 100 millions, environ 4 fois moins. Forte de sa supériorité démographique et technologique, l’Europe d’alors dominait le monde et regardait l’Afrique de haut.

1900 : la terre compte 1,6 milliard d'habitants
(Worldmapper.org / Benjamin D. Hennig)

 La roue tourne. Alors que l’Europe vieillit et que la démographie s’essouffle en Asie, l’Afrique est à son tour en plein boom démographique.  Elle compte à présent 1,2 milliards d’habitants contre seulement 740 millions en Europe.  Plus de la moitié de la population africaine a moins de 25 ans et même si la fécondité diminue et rejoint peu à peu celle des autres continents, ces centaines de millions de jeunes africains feront à leur tour de nombreux enfants. Par ailleurs, avec les progrès rapides que connaît le continent en matière de santé, l’espérance de vie en Afrique rattrape rapidement également  celle des pays développés : de 52 ans en 2000, elle se situe aux environ de 60 ans actuellement et aura dépassé les 70 ans dans les 30 prochaines années. En 2050, dans une génération, celles des enfants qui naissent aujourd’hui, l’Afrique abritera 2,5 milliards d’habitants. La population du Nigéria dépassera celle des Etats-Unis. Un  humain sur 4 sera africain.  A la même époque, la vieille Europe ne comptera plus que 715 millions d’habitants et selon l’ONU, à la fin du siècle, l’Afrique pèsera davantage que la Chine ou l’Inde. Sur les 11 milliards d’êtres humains que comptera la terre en 2100, 40% seront des Africains.

2050 : la terre compte 10 milliards d'habitants -
1 homme sur 4 est africain

(Worldmapper.org / Benjamin D. Hennig)

Berceau de l’humanité, l’Afrique a abrité de grandes civilisation humaines, du royaume de  Koush, préfigurant en Nubie, il y a 5000 ans , l’Egypte ancienne à la civilisation médiévale du Grand Zimbabwe en passant par  Carthage sur le golfe de Tunis au 9ème siècle avant Jésus-Christ.  C’est aussi en Afrique, à Fez au Maroc que fut fondé dès le 9ème siècle, l’Université Al Quaraouiyine, la première université du monde, deux siècles avant la création de la première université d’Europe à Bologne en Italie.

Entre 1.500 et 2.000 langues sont encore parlées sur le continent. Cette richesse linguistique est une spécificité africaine. C’et aussi un atout. Beaucoup d’africains parlent plusieurs langues régionales et nombreux sont ceux qui parlent en plus une langue internationale comme l’anglais ou le français. Parmi ces derniers, une élite formée dans les meilleures universités du monde s’apprête à assumer le leadership nécessaire au décollage du continent. Commerçants, chercheurs, entrepreneurs,  ingénieurs, médecins,  professeurs,  philosophes, écrivains, artistes ils créent, pensent et inventent l’Afrique de demain. Ils sont même souvent porteurs de modernité et de sens pour la planète entière.

On peut citer par exemple Wole Soyinka, premier écrivain africain a recevoir le prix Nobel de litterature en 1986. Grande conscience du continent, épris de justice et de démocratie, il dénonce avec vigueur autant les horreurs de Boko Haram que les politiciens corrompus. Le sénégalais Souleymane Bachir Diagne, diplômé de la prestigieuse Ecole Normale de Paris comme le fut Léoplpold Sedar Sengor, professeur aux Etats-Unis à l’Université Columbia, il propose une voie originale pour bâtir le vivre ensemble dans un monde globalisé. David Adjaye, né à Dar-es-Dalam est une star de l’architecture mondiale  qui fait vibrer l’Afrique dans ses réalisations. On lui doit par exemple le Musée national d’histoire et de culture afro-américaine à Washington. Felwine Sarr, agrégé et docteur en économie, enseignant à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis du Sénégal, est une autre grande voix du continent.  Sa pensée originale le conduit à proposer un modèle africain de développement  basé sur son propre potentiel, sa culture, son histoire,  sa vision des relations humaines et du bien-être. « L’Afrique n’a personne à rattraper », affirme-t-il  dans son récent livre, Afrotopia. Selon lui, la modernité africaine est « déjà là et pas à inventer », elle n’est pas  une chose  que le continent doit importer de l’extérieur. Pour Sarr, la modernité ne doit pas se limiter à la seule économie et reproduire le modèle occidental n’est peut-être pas la meilleure chose à faire pour le bonheur des africains : le concept de  PIB n’est pas l’alpha et l’oméga de la pensée humaine.  Parmi les exemples qui peuvent nourrir la réflexion il cite, entre autres,  la confrérie des Mourides qui valorise le travail,  le don de soi et les valeurs spirituelles

Coté business, les exemples d’africains bardés de diplômes qui réussissent sont légions mais une des particularités du continent est l’importance des femmes dans le monde des affaires. C’est en effet en  en Afrique que l’on trouve le plus fort taux de femmes entrepreneures au monde, musulmanes, chrétiennes ou sans religion. En Afrique sub-saharienne, selon une étude réalisée par The Global Entrepreneurship Monitor (GEM),  les femmes représentent 27% des entrepreneurs dans cette zone. Face aux attentes et aux besoins immenses de ce continent à développer, les femmes  créent des entreprises ou mènent à bien des projets. Battantes et déterminées, par nécessité économique, pour résoudre un problème auquel elle sont confrontées ou  par goût d’entreprendre, elles innovent   dans tous les secteurs : commerce, nouvelles technologies, éducation, santé, énergie, finance, agriculture, logistique, communication, artisanat... Pour illustrer le propos, citons quelques cas parmi tant d’autres. Tiguidanké Camara, ancienne mannequin devenue entrepreneuse, est aujourd’hui  présidente-directrice générale du groupe minier  Tigui Mining  en Guinée. Nadia Fassi-Fehri, « X-Ponts » (diplômée de l’école polytechniqueet de l’école  des Ponts et Chaussées de Paris) dirige à présent le groupe télécoms Inwi au Maroc. Au Mali, Binta Touré Ndoye, parvenue à la tête d’Oragroup, consolide la croissance à deux chiffres de ce groupe bancaire panafricain.

Economie : décollage imminent

 Avec ses 30 millions de kilomètres carrés, l’Afrique n’est pas couverte que de désert. Elle possède les plus belles forêts et les fleuves les plus majestueux de la planète. Elle dispose de ressources minières impressionnantes en uranium, fer, nickel, cuivre, manganèse, phosphate, cobalt, argent, diamant, etc.  Au plan énergétique, outre ses réserves importantes de gaz et de pétrole, l’Afrique bénéficie d’un potentiel considérable en sources d’énergies renouvelables (solaire, hydroélectricité, éolien, géothermie)  qui va lui permettre, contrairement aux autres continents de passer directement à un système d’énergie bas carbone.

En terme de croissance économique, des disparités importantes existent encore entre les 55 pays africains reconnus par l’ONU .  Le continent dans son ensemble a connu, malgré les hauts et les bas,  une croissance de 4 % à 5% lors de la dernière décennie, alors qu’en Europe la croissance stagnait autour de 1 à 2% au cours de la même période.
Cette croissance est fragile car certains pays sont tributaires des cours des matières premières et  connaissent des niveaux de croissance en dents de scie. C’est le cas du  Nigéria dont les recettes proviennent à 60% du pétrole et dans une moindre mesure des pays miniers comme l’Afrique du Sud, l’Angola ou le Congo.  Dans le nord de l’Afrique, l’instabilité politique a laissé des traces mais mis à part la Libye, tous les pays du nord ont de nouveau des croissances positives, l’Egypte devrait même dépasser  les 4%  de croissance de son PIB en 2017.

En Afrique de l’est, l’Ethiopie, le Kenya ou encore le Rwanda ont déjà su diversifier leur modèle économique et développer des industries. En Afrique de l’ouest francophone, des pays comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire ont su engager des réformes structurelles qui portent leurs fruits. Ces pays,  en dynamique positive à l’est comme à l’ouest, maintiennent des taux de croissance entre 5 et 10% l’an.
Certes l’Afrique part de très bas et  reste la région du monde où l’extrême pauvreté demeure la plus élevée, avec 350 millions de personnes vivant avec moins de deux euros par jour mais ce  fut le cas aussi des dragons asiatiques qui ont aujourd’hui quasiment rejoint les pays développés et sont même en train de les dépasser pour certains d’entre eux.

De nombreux pays africains ont compris que l’immense déficit d’infrastructures les empêchait de concrétiser leurs objectifs de développement. Ils ont donc décidé d’investir des dizaines de milliards dans des projets infrastructurels. Beaucoup de ces pays  ont également su investir sur l’éducation, la recherche et le développement. Un cercle vertueux commence à s’y installer et une classe moyenne émerge peu à peu sur le continent. Cette classe moyenne qui a triplé au cours  des dernières années fait que la consommation est devenue de plus en plus importante dans tous les secteurs d’activité, de l’alimentation à l’habitat, du transport au commerce. A l’horizon 2050, un milliard africain devrait avoir un revenu s’approchant du niveau actuel des européens. Selon une étude récente du cabinet Deloitte, l’Afrique est même dès à présent en passe de devenir le deuxième marché le plus important pour les sociétés européennes de biens de consommation.

Poussée par la jeunesse de sa population, l’Afrique avance également très vite dans le domaine des nouvelles technologies. En matière de téléphonie elle a brule l’étape du téléphone coûteux à implanter, pour aller directement au mobile. Le marché africain du portable, déjà  le deuxième au monde, devrait atteindre 725 millions d'abonnés en 2020. Les taux de croissance dépasse les 70% dans plusieurs pays, en particulier au Nigeria, en Éthiopie, en Égypte, au Kenya, en Tanzanie, en République démocratique du Congo (RDC) et en Algérie.

Un africain sur trois a aujourd’hui un accès à l’internet, le réseau 4G couvre une trentaine de pays, 70% des jeunes ont un compte sur les réseaux sociaux et le commerce en ligne est en croissance exponentielle en Afrique comme partout dans le monde.

Occitanie : région clé pour la synergie entre l’Europe et l’Afrique

 A condition d'anticiper et de s'y préparer, l'Occitanie peut  jouer un rôle actif dans la synergie entre l’Europe et l’Afrique avec les retombées économiques que cela implique.

Sète : port d’avenir pour la synergie entre l’Afrique et l’Europe

La Région Occitanie investit pour développer le port de Sète, très bien positionné géographiquement par rapport à l’Afrique. C’est un choix particulièrement judicieux car les ports seront la  clé de l’avenir économique africain ce que les dirigeants du port de Sète ont déjà intégré dans leur propre stratégie de développement avec des lignes régulières qui desservent déjà toutes les côtes de l’Afrique.

 

Liaisons maritimes régulières entre Sète et l'Afrique

Côte méditerranéenne 

  • Maroc (Tanger, Nador, Casablanca)
  • Algérie (Djen-Djen, Mostaganem)

Côte Occidentale

  • Maroc (Casablanca)
  • Sénégal (Dakar)
  • Cote d'Ivoire (Abidjan, San Pedro)
  • Ghana (Tema, Takoradi)
  • Benin (Cotonou)
  • Togo (Lomé)
  • Nigeria (Lagos)

Côte orientale

  • Ile de la réunion (Port réunion)
  • Comores (Longoni)
  • Mayotte (Moroni)
  • Mozambique (Nacala)
  • Madagascar (Diego Suarez)
  • Afrique du Sud (Durban)
 

 Entre 2007 et 2017, 50 milliards de dollars ont été investis dans le secteur portuaire en Afrique pour soutenir un trafic multiplié par quatre en 10 ans. Ce développement spectaculaire illustre l’essor des pays africains dont plus de 80 % du commerce extérieur, transite aujourd’hui par les ports du continent y compris pour les pays dépourvus de façade maritime.  Tous les grands opérateurs maritimes participent à ce développement : Maersk, MSC, CMA CGM, DP World, Bolloré…

Les ports africains actuels sont encore modestes à l’échelle internationale. Les 3 premiers ports à conteneurs du continent Port-Saïd en Egypte, Tanger au Maroc et Durban en Afrique du sud occupent respectivement le 37ème, 50ème et 57ème rang mondial. Ils ne sont pas encore en mesure  d’accueillir les mastodontes transportant quelque 18.000 conteneurs mais ils progressent vite. Certains sont déjà en mesure de recevoir les bateaux géants de 8000 conteneurs.

Les ports sont aussi à l’origine de plusieurs projets de grande envergure pour désenclaver les marchés intérieurs du continent. Au Kenya, le petit port de Lamu sur l’océan Indien doit devenir le grand terminal portuaire de l’Afrique de l’Est. Il sera le point d’arrivée d’un pipeline de plus de 1 500 km de long doublé d’une autoroute et d’un chemin de fer. Le projet prévoit en outre une usine de gaz naturel liquéfié, une raffinerie et une centrale de désalinisation. Lamu  sera le débouché des champs pétroliers kényans, mais aussi éthiopiens, ougandais et sud-soudanais. Le port devrait enfin être reliée par une autre voie ferrée au golfe de Guinée sur la l’Atlantique via le Congo et la Centrafrique. D’autres projets similaires sont à l’étude au Mozambique, en Tanzanie et ailleurs sur la côte est.
Le développement des ports africain contribuera ainsi de plus en plus au développement global de l’intérieur du continent et à son intégration dans l’économie mondiale.

Enseignement, recherche et développement

De grandes figures africaines ont été formées en Occitanie. Seydou Badian Kouyate, un des écrivains africains les plus lus de sa génération a fait ses études à Montpellier dans la plus ancienne et la plus célèbre faculté de Médecine d’Europe. Soumaïla Cissé major de sa promotion à l’Institut des sciences de l'ingénieur de Montpellier fut président de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) de 2004 à 2011. Les exemples sont nombreux dans la société civile comme en politique.
Chaque année, les universités de Montpellier et de Toulouse accueillent environ 15.000 étudiants africains. Parmi eux, beaucoup sont originaires de pays où le français est parlé couramment : Algérie, Maroc, Tunisie, Sénégal, Mali, Gabon, Cameroun, Côte d’Ivoire, etc. mais aussi, et c’est plus nouveau, de pays non francophones, comme le Mozambique,  l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Nigeria.
L’attrait des universités occitanes s’explique par la qualité de vie du Midi qu’on ne retrouve pas à Paris ou ailleurs en Europe mais aussi par le fait que les universités de Montpellier et de Toulouse disposent d’expertises de premier plan dans de nombreux domaines pertinents pour le développement de l’Afrique. Ceci est aussi vrai pour les centres de recherche associés à ces universités : Inra, Cirad, Agropolis, CNRS, INSERM, ONERA, CNES, etc. qui peuvent travailler sur des projets aussi variés que la mise au point de cultures résistantes à la sécheresse aggravée,  la pharmacologie issue des plantes, l'alimentation alternative comme par exemple celle issue de l'aquaponie ou encore  les algues alimentaires dont la culture pourrait être une source de diversification pour les pêcheurs et les conchyliculteurs du littoral languedocien, etc.

 Les universités occitanes ont déjà des accords de coopération avec de nombreux pays d’Afrique et à l’insar des grands établissements nationaux comme HEC ou Polytechnique, certaines grandes écoles régionales ont déjà délocalisé des campus en Afrique même. C’est le cas par exemple de la Toulouse Business School (TBS) qui s’est installée à Casablanca et prépare les étudiants à des diplômes internationaux : Bachelor ,MBA... ou encore de  de MBS Dakar la filiale de la Montpellier Business School (MBS) qui a déjà formé, en 4 ans d’existence, plus de  2000 cadres dans des grands groupes africains.