De la grande illusion au vrai changement

Si le Front National a bien été fondé en 1972 sous les auspices du mouvement néofasciste Ordre Nouveau, il est aujourd’hui un parti comme les autres. Il est même une aubaine pour les opportunistes et les carriéristes de tous bords, comme on le constate ici même dans certains cantons du pays de Thau.

Les sondages laissant entrevoir que des places sont à prendre, de jeunes loups se découvrent une vocation à servir avec le costume bleu marine. Des politiciens plus chevronnés, constatant un horizon bouché dans leur parti d’origine, retournent leurs vestes et font allégeance à la famille Le Pen dans l’espoir d’un meilleur avenir professionnel.
Tous adoptent très vite le discours populiste convenu, conscients qu’au FN comme ailleurs, les nominations obéissent au centralisme démocratique dans la plus pure tradition stalinienne.

“Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent” disaient déjà Jacques Chirac en 1988 reprenant l’aphorisme d’Henri Queuille, ancien ministre de la troisième république.
Les caciques de la rue des Suisses, au siège du Front National à Nanterre, ont retenu la leçon. Le rationnel ne payant pas en politique, ils ont concocté un discours qui ratisse large. Qu’importe les incohérences, on y mélange allègrement les valeurs de gauche et celles de droite.
Née à Neuilly où Sarkozy a été maire et où la richesse moyenne par habitant est l'une des plus élevées de France, Marine Le Pen n’en défend pas moins, comme les autres, le « Peuple »… elle crie haro sur la finance mais prévoit la suppression d’impôts et taxes qui ne plaisent pas au capitalisme ultralibéral. Comme les populistes des années 1930, elle cherche des boucs émissaires : les étrangers et l’Europe. Elle prône le repli sur soi, la fermeture des frontières aux hommes et aux produits. Quitter l’Europe et sa monnaie sont alors présentés comme des projets d’avenir. Tant pis si ces options sont irréalistes voire suicidaires, ce ne sont de toute façon que des slogans de campagne car elle n’a pas de miracle à proposer.
Le FN a récupéré la laïcité mais il défend des valeurs catholiques intégristes. Quand à son ostracisme envers les musulmans cela n’empêche pas Marion Marechal-Le Pen, petite fille de Jean-Marie, de s’adresser en Egypte à « ses amis arabes » dans une tribune publiée par le journal Al Akhbar Al Yawm. Comprenne qui pourra.

On cherche en vain les logiques du FN qui veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. En ce sens aussi, il n’est hélas pas différent des autres partis délabrés qui gouvernent alternativement le pays. Et ce qui est derrière est dangereux.

Aucun parti actuel n’est aujourd’hui crédible. Aucun n’est en mesure de transformer en action notre indignation pour mettre fin aux privilèges et aux prébendes que s’arrogent les « élites ».

A l’heure d’internet, les électeurs ne veulent plus signer un chèque en blanc à des élus préoccupés avant tout de leur intérêt personnel et de leurs petites carrières. Les citoyens veulent participer aux décisions qui les concernent et exercer leur pouvoir de proposition. Ils sont lassés de cette pensée unique négative qui les laminent et les amène à être contre tout. Ils aspirent à se mobiliser pour un projet qui en vaille la peine.

Le vrai patron c’est celui qui paye or c’est bien le citoyen qui, par ses impôts et ses taxes, paye ses représentants.

Un patron choisit son personnel et le dirige. Le choix des représentants à l’assemblée départementale que nous éliront les 22 et 29 mars est donc particulièrement important car une bonne part de notre vie quotidienne dépend de ce personnel politique de terrain qui sortira des urnes.

Dans ce choix, ce qui compte ce n’est pas ce que disent les candidats, c’est ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Il est donc important de connaître le vrai parcours et les vraies réalisations de ces hommes et de ces femmes. Nos futurs représentants doivent avoir de bonnes références et être capable de travailler avec les citoyens sur des projets concrets avec des politiques claires.

En 1789, c’est ensemble que le bas clergé, la petite noblesse et le peuple ont fait triompher les idées des Lumières. Ils ne se sont pas mobilisés pour un parti mais pour des valeurs.
Alors oui, le changement, c’est maintenant… mais avec nous !

Jacques Carles