Que vont faire les 50 ?

Ils sont cinquante, 25 hommes et 25 femmes, pour nous représenter à l’assemblée départementale de l’Hérault. Démocratiquement élus en mars, leur légitimité est incontestable mais quel va être leur pouvoir réel pour améliorer significativement la situation ? Auront-ils la volonté de remettre en cause le fonctionnement de l’institution? Auront-ils le cran d’agir en profondeur en conjuguant le bien commun et l’intérêt individuel ?

Compte tenu de l’abstention lors des élections, les conseillers départementaux sont affaiblis car ils supportent la défiance des français envers la politique telle qu’elle se joue au niveau national.  Par ailleurs la réforme territoriale étant inachevée, ils ne savent pas encore précisément ce que seront leurs compétences.

Dans ce contexte, les 50 conseillers de l’Hérault doivent  réaliser que leur vrai pouvoir est le pouvoir de proposition. Ils doivent s’en emparer et agir avec détermination. Ils se doivent de démontrer que département n’est pas la structure archaïque qu’on nous a décrite et dont il faut se débarrasser au plus vite pour faire des économies. Le département, héritier de la Révolution, a su s’adapter et a traversé tous les régimes depuis 1790. Ce n’est pas un hasard. Nos conseillers et conseillères fraichement élus doivent  à leur tour prouver que le département peut servir une fois encore pour réussir la transition vers une société moderne. 
A eux de lancer un mouvement qui ne viendra pas du sommet de l’état coupé des réalités. Ils n’ont rien à attendre non plus des partis  repliés sur eux mêmes, qui ne sont plus représentatifs de la société et dont les chefs sont préoccupés avant tout de leurs carrières.

Le département dispose d’un énorme budget de 1,5 milliards. Le gérer efficacement implique de faire des choix politiques clairs, de refuser la fatalité et d’innover sur le terrain social, domaine majeur de l’action départementale.

L’aide sociale par exemple ne peut se réduire à une assistance envers les plus défavorisés avec pour seul critère d’appréciation le coût pour la collectivité. Il faut revenir  à l’esprit de l’universalité des droits déjà défendus sous la 3ème république par Léon Bourgeois et les solidaristes.

Dénoncer l’assistanat et condamner  tous les assistés supposés responsables de leur sort est injuste et inacceptable. Rendre autonomes les individus est bien sûr souhaitable  mais pour atteindre cet objectif encore faut-il mettre en place des politiques qui combattent les inégalités qui pèsent sur leur destin.  Ne pas avoir de logement fixe est par exemple un handicap majeur qui mène à l’exclusion. Etre éduqué puis bénéficier de la formation continue tout au long de sa vie  est le meilleur rempart contre le risque de licenciement.  Le droit au logement comme le droit à la formation professionnelle ne doivent pas être que des slogans. Comme la maladie, la vieillesse, le handicap ou d’autres maux, le chômage doit faire parti des risques à couvrir par les politiques sociales de prévention.

Lutter contre le chômage signifie encore œuvrer pour une meilleure efficacité économique. C’est prendre en considération les besoins des entreprises et investir dans les infrastructures pour leur permettre de se développer et d’investir à leur tour. C’est agir également pour que les prestations sociales ne soient pas qu’un système de redistribution de l’impôt mais deviennent aussi un levier pour l’économie sociale et solidaire. Cette économie au service des hommes fourmille d’idées originales dans tous les secteurs d’activités. Pourquoi ne pas exploiter à grande échelle cette piste tout comme celle de la création d’une monnaie citoyenne à l’instar du Wir déjà ancien des entreprises Suisses, du  Galleco plus récent des Bretons ou de l’Eusko des Basques. Ces monnaies locales complémentaires de l’euro se révèlent efficaces pour favoriser le commerce de proximité et les circuits courts.

L’heure n’est plus au conservatisme ni au dogmatisme mais à l’expérimentation, à l’innovation et à la coopération entre les diverses collectivités territoriales. Les citoyens attendent de leurs représentants, quelles que soient  leurs couleurs politiques, qu’ils agissent et alignent leur effort dans la même direction pour des résultats concrets.

Jacques Carles

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