Le petit nuage et la mer

Il venait de loin lorsque je l’aperçus. Poussé par un mistralou indolent, il avait quitté les hautes garrigues du Larzac, puis survolé le Lodévois, passant très vite, un peu méprisant, sur le lac du Salagou.

Seul au milieu d’un ciel uniformément bleu, il apercevait enfin son but : la grande mer dont il rêvait.

En passant sur Villeveyrac, il put croire être arrivé mais ce n’était que l’étang de Thau. Encore quelques rafales et enfin, dans un scintillement argenté de vaguelettes, il aperçut la Méditerranée.

Hélas, alors qu’il s’apprêtait à planer au dessus de l’immense nappe bleue où son blanc cotonneux allait se refléter, ce fut soudainement la renverse du vent ! Il était midi au soleil, heure où les souffles marins reprennent durant l’été leur domination sur les vents de terre.

Le petit mistral, épuisé, s’assoupit se laissant relayer par un guilleret labech.

Lentement mais inexorablement, mon petit nuage se vit repoussé et renvoyé vers ses montagnes natales. Il faisait trop sec pour qu’il verse la moindre larme.

Pauvre petit nuage qui n’eut que moi pour le plaindre. J’étais seul ce jour-là à rêvasser les yeux au ciel, allongé sur le sable. Autour de moi, les baigneurs batifolaient, les baigneuses bronzaient et les marmots réclamaient des glaces.

De toutes façons, qui s’intéresse aux malheurs des petits nuages …

Bernard Barraillé