La petite chèvre de Mme Dupin

La semaine dernière, à son habitude, Victorine trainait derrière ses amies.
Elle était la plus mutine de toutes, toujours prête à sauter derrière un papillon ou à aller voir dans un fourré un reflet intrigant. Mais, ce jour-là, de grandes flammes rouges sont montées très vite le long de la colline.

La chevrière a prestement entrainé ses bêtes loin du feu mais Victorine, tête en l’air, a trainé. Bientôt, elle a été cernée et ses bêlements n’ont servi à rien. On suppose que, courageusement, elle a tenté de résister. Mais les loups d’aujourd’hui sont encore plus voraces qu’au siècle dernier.

Les coups de corne n’ont servi à rien, la petite chèvre n’en pouvait plus de respirer l’épaisse fumée âcre.
Elle s’est couchée sur le sol brulant, et, au grand soleil de midi, le feu l’a mangée.

Bernard Barraillé