La croissance n'est plus ce qu’elle était

Face à la "crise", les gouvernants successifs sont impuissants depuis plus de quarante ans. Et ce n’est pas l’arrêt de l’investissement public, la compression infinie des coûts salariaux ou les restructurations qui vont améliorer la situation.

Pour autant les nostalgiques de la croissance des années 1945-1974 croient au miracle quand ils demandent une relance de la consommation et des industries manufacturières. La croissance de 4-5% l’an des « 30 glorieuses » n‘était qu’un rattrapage pour réparer les immenses dégâts occasionnés entre 1914 et 1944 par deux guerres mondiales et un krach boursier sans précédent.
Un simple calcul montre qu’une croissance sur le modèle du passé n’est pas possible indéfiniment. Imaginons un taux de croissance de 4% l’an, au bout d’un siècle la croissance cumulée est de 5100 % et sur un millénaire le facteur multiplicatif dépasse les cent millions de milliards !
La révolution industrielle des 19ème et 20ème siècle a changé profondément notre monde et considérablement épuisé nos ressources naturelles. Pourtant sur cette longue période la croissance n’a été en moyenne « que » de 1% l’an, assez quand même pour multiplier notre "richesse" par 7 en deux siècles et mettre en danger notre environnement. De fait même ce taux de 1% l’an ne peut se poursuivre à l’infini sur le modèle du passé. Au bout de 1000 ans le facteur d’expansion dépasserait les 20.000. Parallèlement la croissance de la population ne pourra pas non plus se poursuivre au rythme actuel de 1,2%. S’il en était ainsi, dans à peine trois siècles la terre devrait porter de plus 150 milliards d’être humains !

En Allemagne, la croissance de ces dernières années ne dépasse pas les 2%, en Chine le rattrapage se terminera bientôt et, comme le Japon avant elle, son taux de croissance va décliner inexorablement. Reste l’Afrique qui donne des signes de décollage économique mais qui une fois le rattrapage réalisé rejoindra le reste du monde et fermera la parenthèse de la révolution industrielle. La croissance d’environ 0,1 à 0,2% l’an que la planète a connu sur les 2 derniers millénaires redeviendra la norme.

Si la croissance de l’économie de l’après-guerre ne reviendra plus, cela ne signifie pas que l’on doive pour autant détruire nos institutions sociales au nom d’une nouvelle religion économique qui ne cesse de creuser les inégalités sans résoudre aucun des problèmes qui se posent. Il nous faut changer de paradigme et faire de l’immatériel, les biens sans consistance physique, le moteur de la croissance de l’économie.

La dématérialisation de l'économie est d’ailleurs déjà en route depuis des années avec la part croissante des services. Aujourd’hui le phénomène s’accélère avec les nouvelles technologies qui créent toujours plus de nouveaux produits immatériels, des logiciels aux jeux vidéos en passant par les innombrables applications des smartphones et l’internet qui changent nos modes de vie, de Meetic à Blablacar. Facebook à lui seul a créé 78.000 emplois en France, directs ou indirects, en 2014.

Les secteurs traditionnels eux-mêmes incorporent toujours plus d’immatériel comme par exemple l’automobile avec le GPS et l’aide au stationnement, la presse qui, comme Thau-info, devient numérique ou encore l’agriculture qui dépend de plus en plus du savoir immatériel des biotechnologies.
Musique, cinéma, télévision, tourisme, édition, mode, design, architecture, spectacles, événementiel… les industries culturelles, immatérielles en grande partie, prennent chaque jour plus d’importance.
Dans les secteurs de base les marges ne se font quasiment plus par la production mais par la valeur immatérielle ajoutée aux produits. C’est ce qu’ont compris nos vignerons qui rivalisent d’inventivité pour faire de la qualité et améliorer la valeur perçue de leurs vins, c’est encore Tarbouriech qui révolutionne la conchyliculture et double le prix d’une huitre et bientôt nos tielliste suivront le même chemin avec l’obtention du label IGP pour le symbole de la gastronomie sétoise.

Le capital lui-même devient immatériel : ce n’est plus le nombre d’usines ou de machine qui compte mais le savoir faire organisationnel, la capacité à créer des concepts et à produire des idées.
L'immatériel sera la force motrice de l’économie du futur, en particulier dans les domaines où les besoins sont illimités : santé, éducation, culture, sports, loisirs…

En définitive, notre vrai capital ce sont nos hommes et nos femmes avec leurs talents et leurs connaissances....et la seule croissance durable est celle qui contribue à leur qualité de vie. C'est par là que se créeront les richesses et les emplois nécessaires à notre jeunesse.
Dans une économie de plus en plus immatérielle, la créativité reconnue des habitants de Thau est un réel atout. Réunissons les conditions pour la valoriser.

Jacques Carles

 

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