Dis-moi où tu crèches....

En plein cœur de l’Avent, reviennent les débats sur les signes ostentatoires, les marques distinctives et même sur les coutumes ancestrales qui seraient des insultes au principe républicain de laïcité. Le débat sur les crèches de Noël en est l’exemple le plus saugrenu.

Née au IIIème siècle, sous le règne de Constantin, la coutume eut pour objet d’en finir avec les schismes qui empoisonnaient l’empire et de refaire ainsi l’unité des Chrétiens sous l’autorité du Premier Empereur Chrétien de l’Histoire de notre civilisation. Les crèches sont ensuite devenues au Moyen- Age un moyen d’expression naïf mais parlant du message d’amour diffusé par le nouveau testament qui implique nécessairement la liberté et l’égalité. Ce message, transcrit quelques siècles plus tard par la Révolution sous la forme de notre triptyque républicain, ne dit pas autre chose. Et si, pour les révolutionnaires, l’Etre suprême a remplacé Dieu, leur message ne procède toutefois de rien d’autre que d’une même référence à la puissance créatrice du monde, doublée des trois principes qui permettent à une société de vivre en paix : l’égalité et la fraternité des hommes dans un espace de liberté.

Il est vrai que la crèche, escortée depuis un siècle par le sapin de Noël, apparaît dans notre société contemporaine comme une réminiscence de nos racines chrétiennes. Faut-il pour autant s’en plaindre et faire du passé table rase ?

Les santons de Provence : notaire, rémouleur, ravi, maire, agneaux, bergers, âne et bœuf, rassemblés dans une crèche autour de Jésus, Marie et Joseph, sentent bon le temps de l’enfance, sans cesse renouvelée par les générations suivantes, qui permet à chacune et à chacun de revivre avec les siens des instants de mystère et de joie. Ce sont bien ces figurines qui nous offrent, une fois dans l’année, la preuve que le message originel de la crèche peut survivre à toutes les intempéries. La naissance est toujours un miracle. Qu’elle soit 2 d’origine divine, ou simplement humaine. C’est ce que nous exprime la crèche : il faut préserver l’innocence et la fragilité de l’enfance. Qui ne saurait adhérer à ce simple rappel de bon sens et d’humanité ?

Alors qu’elles ne sont même pas des objets de superstition, certains veulent voir dans les crèches des instruments de propagande ou même l’expression d’un prosélytisme sectaire. C’est faire peu de cas de notre héritage cartésien et de la raison de nos contemporains qui ne s’en remettent plus, depuis longtemps, à des totems, à des gris-gris ou à des idoles pour expliquer et comprendre l’origine du monde, pour croire qu’une puissance extérieure calmera leurs douleurs et leurs peines ou qu’il faudra prier pour obtenir la pluie, le soleil ou la fertilité. Il savent que même si le créateur existe - ce dont peuvent aussi douter ceux qui font chaque année leur crèche, - il restent libres de conduire leur vie à leur façon. Mais, et c’est en cela que tous les peuples européens ont en commun des racines chrétiennes, ils sont imprégnés d’une morale qui leur a montré le chemin du pardon et de l’amour des autres, sans les détourner de celui du courage et de la résistance à l’ennemi. Ce message, infiniment plus important - surtout dans la période que nous vivons - qu’une simple image d’ Épinal, est assurément plus transgressif que la réunion de quelques santons de plâtre ou de bois.

Les crèches ne sont pas une entorse à la laïcité. Elles ne sont qu’une allégorie du bonheur familial dans un monde de paix auquel nous aspirons tous.

N’en faisons pas une cause de guerre civile civile.

Yves Marchand,
décembre 2015