Rencontres

L’évocation d’un dialogue avec Maurice Clavel sur le pont de la Civette a incité des lecteurs à me demander d’évoquer d’autres rencontres. Je me souviens de Jean Vilar qui, lors de ses séjours à Sète, sortait de son repaire de « Midi le Juste » pour venir à la Maison de la Presse, rue de Gaulle. Là, sous l’œil complice de Max Limon, nous nous retrouvions, plus feuilleteurs qu’acheteurs » au rayon des magazines et revues. Et Vilar de déplorer : « On parle de moins en moins de théâtre dans les pages culturelles… »

Plus inattendues furent les confidences de Joe Dassin, venu à Sète pour le Festival Cheminot, qui à l’époque transformait le Plan de la Gare en théâtre de plein air accueillant les grandes vedettes de la chanson. Au cours d’un pittoresque repas au Barrou, Dassin me confia qu’il était fatigué d’être un roucouleur pour midinettes et qu’il voulait revenir à sa première passion : l’écriture. Il me confia un des deux recueils de nouvelles déjà publiés aux USA où il avait fait ses études et me parla de ses entretiens avec Glenn Gould et John Cage, musiciens qu’il adorait. Quelques mois après, il succombait à une crise cardiaque sans avoir pu réaliser sa reconversion.

Il y eut aussi des rencontres moins agréables, telle celle avec un odieux Claude François déversant sa bile sur son « public de cons » et surtout avec Charles Trenet, irascible et méchamment caustique dès qu’on lui parlait de Brassens…

Mais la plus belle, bien que très courte, fut celle avec de Gaulle en 1961. Le général-président arriva en voiture à la Mairie où l’attendaient une foule immense massée sur la Placette tandis que les autorités se pressaient dans la salle des Mariages. Le maire Pierre Arraut m’avait autorisé à occuper son bureau pour que je puisse joindre ma rédaction à Montpellier. Bien installé, je téléphonais lorsqu’entra le général. Me prenant sans doute pour un membre de sa suite, il m’apostrophe : »Auriez-vous un peigne ? Je dois réparer mon apparence après ce parcours en décapotable ». J’avais un peigne, je le lui tendis et de Gaulle se rendit devant un miroir. Son aide de camp surgit : « On vous attend, mon général ». De Gaulle sortit sans me rendre mon peigne et se dirigea sur le balcon d’où, sous les vivats, il prononça un court discours avant de regagner sa voiture et de partir vers Montpellier. En oubliant de me rendre mon peigne ! Je n’ai jamais osé écrire à l’Elysée pour le réclamer.

Bernard Barraillé