Confiance et démocratie

Les médias ont  fait leurs gros titres sur la montée du populisme et sur le FN devenu premier parti de France avec 24% des votes exprimés. Mais, au-delà des points d'exclamation qui font vendre du papier qu'indiquent, vraiment les chiffres?

Entre les élections présidentielles de 2012 et les européennes de 2014, tous les grands partis ont perdu des voix, á commencer par le FN : au premier tour des présidentielles de 2012, Marine LePen recueillait 6,4 millions de voix mais aux européennes de 2014, les listes FN ne totalisaient plus que 4,7 millions de voix, soit 1,7 millions de moins.  La réalité c’est donc que le FN s’effondre tout autant que le système qu’il dénonce. Son bon score apparent, en % des voix exprimées,  n'est dû qu'à la chute libre de la participation : 36 millions de suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle de 2012 contre moins de 19 millions aux européennes de 2012. Le FN passe de 14% des inscrits en 2012 à 10% en 2014. La présence aux européennes de près d'une vingtaine de listes, plus ou moins folkloriques, captant des voix "utiles", achève par ailleurs de ruiner le crédit des "partis classiques".

Ce qu'il faut retenir des élections de 2014, ce n'est donc pas  la victoire du FN clamée  par les médias mais bien que les trois quart des 47 millions de français inscrits sur les listes électorales n'ont pas pris part au vote ou ont voté pour des candidats faisant de la figuration.

Avec l'appui d'un électeur inscrit sur dix, le FN reste très minoritaire. Il  est néanmoins le symptôme le plus apparent de la perte de confiance des français dans la politique. Il témoigne du sentiment partagé par beaucoup que nous sommes sur un bateau en perdition.

Cette perte de confiance a des raisons objectives comme la situation économique désastreuse du pays. Elle est aussi due aux médias qui plutôt que de contribuer à l'analyse des problèmes nous enfoncent encore davantage en dégradant constamment l'image de la politique par leur recherche du sensationnalisme. L'espace médiatique se remplie des rumeurs et des faits divers de la politique. Le débat d'idées est inexistant. L'accessoire remplace l'essentiel.

Pour finir les sondages, dont la France est championne du monde, manipulent en permanence l'opinion avec leurs questions démagogiques sur tout et n'importe quoi.

Certes, certains hommes politiques sont méprisables ou inspirent le sourire, mais la politique elle-même est noble et conditionne notre futur. Ce n'est pas parce qu'une dizaine de petits chefs politiciens caricaturaux tournent en rond avec les vedettes de la télé et donnent une image déplorable que nous devons rejeter la politique.

Sur le terrain, beaucoup de militants et d'élus se dévouent à la cause publique. Ceux là méritent notre soutien et notre reconnaissance. Ils tentent avec peu de moyens de colmater les brèches ouvertes par des "élites" déconsidérées.

Pour  prendre en compte les réelles attentes des citoyens, il est urgent de rebattre les cartes et de donner le pouvoir à ceux qui sur le terrain ont notre confiance 

La confiance est le socle de la démocratie. Si cette confiance vient à disparaître, la démocratie fait place à ce que Montesqieu avait déjà décrit dans "L'esprit des lois" : le despotisme ou l'anarchie.

Jacques Carles