Au fil de l'eau, au fil du temps…

         

Nous n'avons pas vu le "bas quartier de bohémiens" dont parle la chanson, mais à Béziers, sitôt passé le pont-canal au-dessus de l'Orb, les écluses de Fonséranes (membre des sites d'exception)  étaient bien là, escalier d'eau majestueux. Nous n'étions pas non plus au mois d'août, mais avec les températures caniculaires de ce début juin, la balade sur le canal du Midi proposée par Filo-Mer, le 11 juin, était la bienvenue.

A bord du Santa Maria, de la flotte des Bateaux du Soleil, une bonne vingtaine de "filomériens" et quelques représentants d'un groupe d'Allemands occupaient les meilleures places…à l'ombre du velum. Car le canal du Midi n'est plus ce qu'il était depuis que nombre de platanes qui le bordent ont été atteints (2006) par le chancre coloré (maladie mortelle due à un champignon américain). Sur des pans entiers de berges, les souches énormes de ces arbres séculaires témoignent des ravages de cette maladie. Au "récantou", point de retournement du bateau, l'échappée sur le reste du canal permet de constater que l'on replante (micocouliers, tilleuls…). Le pilote du bateau-promenade nous l'a dit et évoqua l'exploit technique réalisé à l'époque (XVIIème). Abri du bateau, chapeaux et casquettes étaient donc nécessaires. Mais il y avait aussi la fraîcheur de l'eau, la douceur du vent et les passages dans l'ombre de la ripisylve, parfois dense, qui agrémente encore bien des secteurs du canal.

Au ras de l'eau d'abord, des iris, encore en fleurs, que Pierre Paul Riquet fit planter pour consolider les berges et auxquels les roseaux disputent la place. Près du pont-canal, ce sont des poteaux de bois qui ont été enfoncés, que l'on peut supposer être en châtaignier. Des buissons, parfois des bambous, forment une strate intermédiaire. Et puis de grands arbres, pas seulement les platanes, mais des frênes, des saules formant une canopée assez sombre abritant nombre d'oiseaux quasi invisibles. Dans l'eau opaque, on ne voit pas non plus d'animaux, sauf les serpents d'eau qui traversent en surface. Pourtant, le canal est poissonneux et les pêcheurs  nombreux sous les arbres. Ils prennent des tanches, des carpes…et même des silures. Et, tout au long du canal, à proximité des zones habitées, nagent des familles de canard colvert (avec canetons en ce moment!). Nous avons passé et repassé le Malpas, tunnel creusé dans les grès et tufs de la colline d'Ensérune. Et nous avons fait une halte repas ombragée.  Préparée par le cuistot du bord, la paëlla était délicieuse, abondante pour les affamés et, après la salade de fruit, le repas se termina par des chansons soutenues par la mandoline de Mme Atta et une guitare. O sole mio…

Bien sûr, le clou de la promenade était les huit écluses de Fonsérannes. Un véritable spectacle, différent à l'aller et au retour, mais tout aussi impressionnant. Bouillonnement et gerbes d'écume de l'eau de remplissage des bassins. Baisse vertigineuse du niveau de l'eau dans chaque pallier au retour. Et ces immenses portes métalliques, austères au point que certains ont entonné le "pénitencier", chanson qui ne méritait pas de terminer une aussi bonne promenade.

Roselyne Le Blanche