Quand les Alliés bombardèrent la ville d’Agde

par David MALLEN


en arrière plan le Cap d Agde et Fort Brescou

 

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David MALLEN

David Mallen, originaire d’Agde, tient sa passion pour l’histoire régionale en générale et pour la période de la Seconde Guerre Mondiale en particulier, de ses racines familiales.
Son grand-père paternel, Pascal MALLEN, a servi la France pendant cette époque notamment pendant la Campagne de France de 1940. Blessé puis fait prisonnier à Epernay, il fut par la suite interné dans le stalag IXA de Ziegenhain en Allemagne.
Son grand-père maternel, Joaquim FALO, fut aussi un témoin de cette période marquante. En tant que réfugié espagnol, fuyant la dictature de Franco, il fut également interné dans un premier temps au camp d’Argelès puis au camp d’Agde en 1939. Engagé volontaire aux travaux de la ligne Maginot jusqu’à la débâcle puis caché par les FFI à la Grand- Combe dans les Cévennes.
Ces grands témoins de l’histoire vécue ont fait naître en David MALLEN cette passion pour cette période allant de 1939 à 1945, à travers les différents récits qu’ils lui ont racontés dans son adolescence. Ils lui ont donné cette envie d’aller plus loin sur le sujet et de comprendre cette époque dans son contexte historique.

David Mallen a écrit un livre passionnant sur la ville d’Agde sous l’occupation allemande de Novembre 1942 à Août 1944. Cet ouvrage contient de nombreux éléments inédits : photos, documents d’archives de divers pays, interviews, etc.
Il sera publié d’ici la fin de l’année par les “Editions Histoire et Fortifications" et il contribuera à pérenniser l’indispensable devoir de mémoire des jeunes générations pour cette période où la liberté et les valeurs républicaines étaient en jeu.

 

   

En prélude au débarquement de Provence, le 15 août 1944, opération Anvil Dragoon, les Alliés lancent une vaste offensive sur l’ensemble du littoral méditerranéen. En fait, cette attaque à deux objectifs : affaiblir les défenses Allemandes, et les tromper quand au lieu du débarquement. En effet, il faut savoir que les plages languedociennes représentent un point idéal de débarquement, malgré le mur de la Méditerranée « le Südwall » construit par les Allemands. De plus, Sète est un port relativement important, ce qui est nécessaire pour assurer le ravitaillement des troupes débarquées. Les Alliés souhaitent conforter les Allemands dans cette idée. Or, s’ils envoient tous leurs bombardiers sur la Provence pour affaiblir les défenses côtières, l’Etat major allemand en déduira que c’est le lieu du futur débarquement.

Aussi pour tenir secret le lieu du débarquement, tout en affaiblissant les défenses côtières, il est nécessaire de bombarder tout le littoral Méditerranéen. C’est la tâche qui est confiée à l’aviation.

Les bombardements américains des 12 et 13 Août sur les positions d’artillerie allemande de la zone côtière d’Agde, furent effectués par le 55th Bomb Wing (escadre), composé des 460th, 464th, 465th et 485th Bombs Groups ; Ces groupes basés en Italie, Spinazzola pour le 460th, Pantanella pour les 464 et 465th et Venosa pour le 485th, étaient équipés de bombardiers quadrimoteurs B-24 « Libérator ».

Pour les missions sur Agde, ces groupes évoluèrent en deux formations de croisière à partir de leurs bases jusqu’au Point Initial à proximité de l’objectif entre 35 et 40 km défini en latitude et longitude lors de la préparation de la mission pour se scinder alors en quatreformations d’attaque, de 6 à 8 appareils, chacune se dirigeant alors vers l’objectif qui lui était désigné. Ces formations étaient codées des noms donnés aux objectifs : Able, Baker, Charlie et Dog voir Easy pour le 485th BG.

Le 12 Aout 1944 à 11h12, la formation Dog, du 460th Bombs Groups, 6 appareils bombardèrent la position d’artillerie de Saint Martin des Vignes cible R-911096. Ils larguent 15 tonnes de bombes de 500 livres, soit 240 kg. Il s’agit de la bombe de 500lb type M.43 (L : 1,14 m, diamètre 0,41 m) contenant 120 kg d’explosif. Le lendemain, le 13 Août à 13h08 et 13h15, les formations Dog du 460th et 464th Bombs Groups soit 13 appareils larguent 32 tonnes de bombes sur Saint Martin. Les dégâts furent énormes sur la campagne de Saint Martin des vignes, son château et sa chapelle attenante, où réside l’état major Allemand de la 4ième Compagnie de la 101ième  Groupe d’instruction d’artillerie côtière. Ces deux bâtiments furent totalement dévastés par le feu et détruits par les bombes. Les autorités allemandes en place furent appel aux pompiers d’Agde vers les 21h50 car ils n’arrivèrent pas à maîtriser ce feu.

Ce n’est pas la seule position sur Agde qui est bombardée, outre la zone interdite, où  seuls les Allemands et les requis peuvent aller, le 12 Août 1944, à 11h03, la campagne de Baluffe cible 943108 fut la cible du 465th et 485th Bombs Groups de la formation Dog. Un total de 13 appareils largue 33 tonnes de bombes sur les positions de la 1ère Compagnie de la 101ième  Groupe d’instruction d’artillerie côtière Allemande. Le lendemain en début d’après midi à 13h11 et 13h16,  le 465th et le 485th Bombs Groups larguent sur cette même position à l’aide de 14 appareils un total de 32 tonnes de bombes. Sous ce déluge de bombe, le château de Baluffe fut détruit car les Allemands avaient mis leurs cannons en position autour de celui-ci.

On ne peut pas dire que les bombardements furent un grand succès malgré les 112 tonnes de bombes et les dégâts occasionnés aux positions allemandes mais, comme on le sait, ce n’était pas le but de ces deux jours. L’opération était une forme d’intox pouvant laisser croire aux troupes d’occupation que le débarquement du 15 Août pouvait avoir lieu sur ce secteur du Languedoc-Roussillon.

David MALLEN
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vue aérienne sur l'hérault et les bombes qui explosent en bord de mer