L’importance de la Tuque pour les Bessanais





 

Les Bessanais d’origine le savent, mais les Bessanais d’adoption les plus récemment arrivés se demandent souvent de quoi il s’agit.

Pour les jardiniers et les passionnés de plantes, la tuque est une coloquinte, de la famille des cucurbitacées, nommée aussi gourde pèlerine ou calebasse. Sa forme originale de gourde et sa cuirasse solide la rendaient utile dès le Moyen-Âge aux pèlerins qui l’utilisaient pour y conserver leur eau. Elle est semée en avril (certains anciens disent que c’est possible dès la Saint Joseph), et repiquée à la mi-mai, sur un large espace libre et bien ensoleillé. C’est un légume de décoration dont le fruit prend une couleur noisette, tachetée de brun et de rouille, en séchant dès l’automne ; certains Bessanais la placent bien en évidence chez eux, qu’elle soit  naturelle, vernie ou peinte.  

 

Pour les Bessanais, c’est le sujet d’une légende qui leur est chère : « Un Bessanais un peu badaïre (simplet), Jeantou, qui se promenait au bord de l’Hérault, à l’endroit où se trouve actuellement la Guinguette, entendit un bruit venant d’un buisson. Une espèce de sifflement prolongé, étrange et terrifiant... Pour lui, ce ne pouvait être que l’œuvre du diable ! Effrayé, il courut à toutes jambes vers le village en hurlant de peur, et la population alertée le suivit jusqu’à l’église pour demander l’aide du curé pour faire fuir le diable. Le curé, homme instruit, eut quelque peine à croire à ce que disait Jeantou, mais on ne sait jamais… Il prit la tête des habitants qui maintenant étaient en foule, et se dirigea vers l’Hérault, pour trouver l’origine de ce bruit inquiétant et, peut-être, exorciser le Diable… Arrivant près du buisson « siffleur », les villageois ralentirent prudemment. Le curé s’approcha, et découvrit une tuque trouée dans laquelle le vent s’engouffrait, provoquant ce sifflement. Aucun démon, donc ! Soulagement, rires, retour joyeux au village : cette simple tuque qui, Prenant désormais une initiale majuscule, devint légende !

 Et pour l’histoire : au début du XXe  siècle, Étienne Clapiès s’inspire de cette légende pour écrire «La Canson de la Tuque», interprétée pour la première fois par Gustave Rocoblave dans les années 1920. Son fils Lucien, l’interprète aussi, notamment devant la caméra de Michel Sabatéry en1978, pour son film «La légende de la Tuque» dans lequel les acteurs sont les Bessanais eux-mêmes.

Cette Tuque, devenue l’emblème de Bessan, devient, en l’an 2000, grâce au concours remporté par Patrick Fédérici, le logo de la ville. Légèrement modifié au fil du temps, il continue de s’imprimer sur les courriers ou invitations émis par la municipalité, et donne  une identité particulière et originale à Bessan.

La Tuque, on la voit un peu partout dans Bessan, discrète et sous des formes parfois inattendues : sur le sol de la place de la Fontaine, sur le portillon et dans le jardin intérieur de la maison de retraite, sur les fresques de Fernand Brenas décorant le fond de la salle des fêtes, derrière les fenêtres des maisons, sur les galettes des Rois  et les chocolats « Pastissous » de la pâtisserie Ciliegio. Des associations locales, sportives, solidaires ou musicales l’adoptent aussi : «Les Archers de la Tuque», «Les Aînés de la Tuque», «Les Farfelus de la Tuque». Et tout dernièrement « La Tuque Endiablée » pour le jumelage avec Bessans (Savoie).

Et, on peut rêver, demain un pain ou une bouteille de rosé en forme de Tuque, une œuvre  la mettant à l’honneur à l’entrée du village ? Qui sait ?