Les foudres de Lavagnac

On achève bien les tonneaux !


Le triste état d’un domaine qui tombe en ruine

Que reste t-il de cette cave de Lavagnac dont la construction débute dans les années 1870 et qui n’a cessé de se moderniser au fil du temps. Elle avait été construite sur l’emplacement des écuries pour les chevaux et l’étable des bœufs. C’est Jean de Puységur qui va développer la viticulture et faire construire les cuves en béton. Elle fut jadis la fierté du comte Henri d’Aulan, tous ses hôtes s’émerveillaient devant les foudres dont les fonds étaient passés à l’huile de lin, les robinets en laiton au Miror, les tirefonds peints en noir. C’est en 1986 qu’auront lieu les dernières vendanges. Depuis on a tout laissé à l’abandon, on n’a même pas fermé les portes et portails laissant libre accès aux voleurs de métaux et autres vandales. Les toits n’ont subi aucun entretien sur tout le domaine.
Alors on peut se poser la question de savoir si c’est une manœuvre volontaire pour s’affranchir des contraintes des sites classés, et une fois tout par terre, reconstruire à sa guise ? En attendant, ces lieux ressemblent plus à Alep ou Mossoul en Syrie qu’à un projet en cours de développement.

C’était pourtant une des plus belle cave privée de la région avec sa partie souterraine. Sa capacité de stockage était de 14.750 hectolitres. Ce qui faisait l’attraction de ces lieux, c’était ses 27 foudres dont les deux ovales qui se faisaient face. Leur capacité variait entre 35 et 350 hectolitres, certains étaient centenaires.
Ces foudres sont onéreux à l’achat car il faut une main d’œuvre importante et spécialisée. Il faut marquer les douelles et cercles, démonter l’ensemble, le transporter et le remonter dans la cave de destination, cette opération est aussi bien valable pour les foudres neufs que d’occasions. L’entretien n’est pas aisé, pour le lavage, le détartrage il faut entrer par la porte à condition d’avoir une taille mannequin.
Pour éviter les moisissures et autres, il fallait allumer 6 mèches de souffre en moyenne et refermer porte et trappe. Avant les vendanges, lorsqu’on ouvrait plusieurs foudres à la fois, on devait quitter les lieux très vite car l’atmosphère devenait vite irrespirable.
Le dernier foudre d’occasion a été mis en place en 1965 par le foudrier Madaule. Les cépages méditerranéens sont appropriés au stockage en foudre qui leur délivre des arômes. Leur disparition dans les caves récentes est due à leur prix et à la disparition du métier de foudrier.

Aujourd’hui les bruits familiers se sont tus à jamais, fini les odeurs de vendanges et de la fermentation, le silence qui règne est pesant, parfois entrecoupé par une tuile qui dégringole ou une poutre qui lâche prise, c’est le chaos. Dans une indifférence totale, le travail de plusieurs générations s’est trouvé anéanti. Le projet qui devait, selon les promoteurs, donner une nouvelle vie au domaine et au château a pour le moment provoqué l’inverse. Aujourd’hui, régisseur, chef de cave, ouvriers nous ont quittés. Espérons que le paradis leur sera aussi agréable que la douceur qui régnait jadis en ces lieux.

Bernard Bals