Vigne

Millésime Bio ouvre le monde aux vins biologiques


C’est dans un contexte régional tendu que s’ouvrent les deux grands salons internationaux, Vinisud, les vins de la Méditerranée à Montpellier, et Millésime Bio, déplacé à Marseille. Une production en baisse, peu de mouvements dans les contrats d’achats de vin conventionnel, une consommation en berne, inquiètent la profession, sans compter de nouvelles actions de viticulteurs contre la concurrence des vins venus d’Espagne.
Le bio, valeur refuge dans la morosité ? L’association Sudvinbio, organisatrice du salon, l’affirme : « Tous les indicateurs sont au vert ». La culture biologique affiche sa bonne santé. Des surfaces en progression (+ 4%), une production en plein développement, une hausse structurelle du marché en France (+ 17%), un mouvement généralisé dans le monde, l’ascension se poursuit. Des vins élaborés dans le respect de l’environnement, contrôlés, labellisés en Vins biologiques rassurent un consommateur plus attentif à ses choix. Qui plus est, la filière s’avère créatrice d’emplois, d’après une étude inédite de l’INRA et de SupAgro Montpellier. Les domaines viticoles certifiés emploient 1,5 fois plus de salariés que les conventionnels, pour des postes plus permanents et plus qualifiés. « Le bio, c’est bon pour l’emploi » tel pourrait être le slogan de cette 24e édition.
L’Occitanie, forte de son poids (30 % des surfaces françaises), s’y présente en rangs serrés, à l’instar de l’Hérault propulsant ses jeunes appellations. Terrasses du Larzac, Languedoc Grés de Montpellier ou Pézenas, y sont appuyées par des piliers, AOP Faugères, Saint-Chinian et vins de Pays IGP en tête. Auréolée des médailles décernées à Challenge Bio, la région élargie à Midi-Pyrenées, fer de lance de la culture biologique en France, récolte les fruits de sa persévérance, essaime dans une viticulture conventionnelle en mutation pour conquérir de nouveaux adeptes, tant du côté des producteurs que des acheteurs.

Le Palmarès de Challenge Bio
Le 17 janvier, la 10e édition du concours international a réuni à Montpellier plus de 1400 échantillons sous la présidence de Joris Snelten, importateur de vins biologiques néerlandais. 125 médailles d’or, 201 d’argent et 87 de bronze ont été décernées.
Sur 96 médailles d’or françaises, 39 ont été attribuées au Languedoc-Roussillon, Dans ce palmarès bien réparti sur toute la région, équilibré entre vins en IGP (20) et en AOP (19), les Rouges se taillent la part du lion (26). Blancs (10) et Rosés (3) sont tous en IGP.
Il se confirme quelques valeurs sûres dans l’Aude (Châteaux Beaureagrd-Mirouze,, Caraguilhes, Maris, Domaine Bertrand-Bergé et le négociant Gérard Bertrand), comme en pays catalan (Domaine Cazes, Mas Baux).Dans l’Hérault, très représenté avec 21 récompenses en Or, le Domaine Roquemale (2 médailles) à Villeveyrac et le Clos d’Isidore à Murviel-lès-Montpellier poursuivent leur progression, tandis que les négoces Domaines Paul Mas à Montagnac (5 médailles) et Terroirs Vivants à Montpellier (4 médailles) trustent les récompenses. Les lauréats s’appuient sur les cépages-phares du Languedoc : grenache, mourvèdre et syrah, carignan et cinsault en rouge, grenache, muscat à petits grains en blanc.

Florence Monferran

 

Hérault
Abbaye SYLVA PLANA, Le songe de l’abbé 2013, Faugeres AOP, Rouge
Château BOUSQUETTE, Cuvée prestige 2013, Saint‐Chinian AOP, Rouge
Château COUJAN, Bois joli 2014 Saint‐Chinian AOP, Rouge
Château de la LIQUIERE, Cistus 2014, Faugères AOP, Rouge
Château LA ROQUE, La Cupa 2014, Pic Saint Loup AOP, Rouge
Domaine BASSAC, XIV 2014, Cotes de Thongue IGP, Rouge
Domaine de ROQUEMALE, Lema 2014, Languedoc Grés de Montpellier, Rouge
Domaine de ROQUEMALE, Male 2014, Languedoc Grés de Montpellier, Rouge
Domaine du CLOS ROCA, Symbiose 2014, Languedoc Pézenas AOP, Rouge
Domaine Pierre CLAVEL, Bonne pioche 2014, Pic Saint Loup AOP, Rouge
Domaines Paul MAS, Claude Val 2016, Pays d'Oc IGP, Blanc
Domaines Paul MAS, Côté Mas Rosé, Pays d'Oc IGP, Rosé
Domaines Paul MAS, Cuvée secrète, Pays d'Oc IGP, Blanc
Domaines Paul MAS, Les Tannes 2015, Pays d'Oc IGP, Rouge
Domaines Paul MAS, Rural par nature, Pays d'Oc IGP, Blanc
La JASSE CASTEL, Bleu velours 2014, Languedoc Montpeyroux AOP, Rouge
Le CLOS D'ISIDORE, Les sentiers pourpres 2013, Languedoc Terroir Saint-Georges AOP, Rouge
PLAN DE L'HOMME, Alpha 2013, Terrasses du Larzac AOP, Rouge
TERROIRS VIVANTS, Les Terrelles Chardonnay 2016, Pays d'Oc IGP, Blanc
TERROIRS VIVANTS, Réserve naturelle prestige 2015, Pays d'Oc IGP, Blanc
TERROIRS VIVANTS, La Marouette 2016, Pays d'Oc IGP
TERROIRS VIVANTS, Les Terrelles Cinsault 2016, Pays d'Oc IGP

Languedoc-Roussillon
AUBAI MEMA, Lunatico 2013, Gard IGP, Rouge

Château BEAUREGARD MIROUZE, Lauzina 2014, Corbières AOP, Rouge
Château de CARAGUILHES, Solus 2014, Corbieres‐Boutenac AOP Rouge
Château de CARAGUILHES, Domaine de l'Olivette 2015,Aude IGP, Rouge
Château MARIS, Les Planels 2014, Minervois‐La Liviniere AOP, Rouge
Domaine BERTRAND‐BERG, L'Ancestrale 2014, Fitou AOP, Rouge
Domaine CAZES, Cap au Sud 2016, Cotes Catalanes IGP, Blanc
Domaine GAYDA, Chemin de Moscou 2014, Pays d'Oc IGP, Rouge
Domaine PY, Jules 2016, Corbières AOP, Rouge
Domaine VORDY, Alice 2013, Minervois AOP, Rouge
Gérard BERTRAND, Autrement 2016, Pays d'Oc IGP, Rosé
Gérard BERTRAND, Naturalys Grenache Rosé, Pays d'Oc IGP, Rosé
Gérard BERTRAND, Une note de Cabernet Bio, Pays d'Oc IGP, Rouge
Les DOMAINES AURIOL, Montmija 2015, Pays d'Oc IGP Rouge
Mas BAUX, Baux blond 2016, Cotes Catalanes IGP, Blanc
SCEA des Domaines GEORGES ORTOLA, Château Ymys 2016, Languedoc AOP, Rouge
SCEA des Domaines GEORGES ORTOLA, Domaine Ortola 2016, Pays d'Oc IGP Rouge

 

Les vins biologiques en chiffres

24e Edition de Millésime Bio
30 janvier-1er février 2017 Réservé aux professionnels
900 exposants, venant de 15 pays, dont : Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Chili, Argentine, USA
40 % de l’offre française représentée
Que des vins certifiés biologiques (pas de vins en conversion)

Chiffres-clés 2015

68 565 ha en vignes bio (AB et conversions)

  • + 4 % en un an
  • 8,7 % du vignoble français
  • 203 caves coopératives (70 en 2009)


Le poids des Vignerons d’Occitanie

  • 25 000 ha, 800 000 hl
    Soit 30 % des surfaces en vignes bio

Achats de vins biologiques en France

  • + de 1,5 million d’hectolitres sur le marché français
  • 68% en AOP, 25 % en IGP
  • 670 millions d’euros
  • + 17 % en un an
  • 41% des achats en vente directe, 23% en magasins spécialisés bio, 15 en RHD

Une progression généralisée dans le monde
80 % de la production en Europe, sur plus de 281 000 ha

Une cinquantaine de pays ont un vignoble bio

SudvinBio (association Loi 1901, créée en 1991 - Président : Patrick Guiraud) organise Millésime Bio et Challenge Bio et représente 70 % de la production régionale, environ 950 000 hl - www.sudvinbio.com

Quand l’art et vin se rencontrent : célébrations sétoises

Port de Sète, 1934

Ils sont bien là, dans la ville dont son sénateur-maire, François Commeinhes, dit un jour qu’elle compte autant d’artistes que d’habitants. Ils participent à ces fééries sétoises  décrites par le philosophe Michel Onfray[1], dans un port encore imprégné de la fièvre des déchargements, des odeurs de bois brûlé et de vin transbordé, du roulis des barriques chargées sur les quais, ventres ouverts de la tonnellerie et des négoces.
Des artistes entretiennent ce rapport continu avec le vin dans l’Ile singulière, chère à Paul Valéry, mais aussi à Pierre Soulages, André Cervera ou la famille François. Un rapport prolongé dans les lieux même d’expression artistique. L’Ecole des Beaux-Arts n’appartenait-elle pas à une famille de négociants en vin ? Et le Musée International des Arts Modestes (MIAM) fondé en 2000 par Hervé di Rosa n’est-il pas abrité dans un ancien chai ? Il y propose, comme une mise en bouche, une manifestation intitulée Miam Miam Glouglou.
Les arts plastiques ont toujours accompagné le vin, en ont donné une représentation graphique, émotionnelle ou conceptuelle. Un lien continu, intemporel s’est tissé depuis que le breuvage, porté par Dionysos, dieu de la vigne, mais aussi du théâtre et des arts, a servi de vecteur de civilisation dans la conquête romaine.

 

Hervé di Rosa,
Sérigraphie, 1988

L’art pictural, de nos jours, n’a de cesse de fleurir dans les caves. Tous les étés, il pousse la porte des caveaux de vente, s’invite sur les murs des chais, appelle à la réflexion ou au voyage. Un rapport plus intime s’est installé à Sète quand Robert Skalli, pionnier des vins de cépages en France, mais aussi mécène d’art contemporain, a collectionné les œuvres, les a exposées dans son chai, et a soutenu la création avec sa marque Fortant. Les IGP Pays d’Oc n’oublient pas son rôle éminent, dans la célébration de leur trentenaire cette année.

     

Joël Bast
présences,2016

Les artistes sétois déploient toutes formes d’expressions pour glisser le divin nectar en support, élément annexe ou central de leurs œuvres. Jusqu’à l’art-textile d’Isabelle Piron brodant des sarments de vigne, ou les Présences de Joël Bast qui ont semé tels des grains ici un vendangeur, là un barman, les contenants du vin, étiquettes, bouteilles, barriques, offrent un écrin précieux à la fois à la création artistique et à leur contenu.

 

Dans la lignée de Philippe de Rothschild qui, considérant dès 1945 que « un grand vin est un art », avait lancé la création d’une étiquette signée par un grand artiste, les peintres se sont prêtés à l’exercice : Soulages, di Rosa, ou récemment encore André Cervera pour un muscat de Frontignan.


Pierre Soulages, 1976,


Hervé di Rosa, 1987,

André Cervera, 2016

(photo: MIAM)

Des peintres, sollicités par Gérard Bru, propriétaire du Château viticole Puech-Haut à Saint-Drézery, alimentent depuis 2000 une collection inaccoutumée, dans laquelle chaque artiste s’acquitte librement d’une figure imposée : habiller une barrique du château réformée. La collection reprend le chemin en sens inverse quand, déclinée sur des Bib’ Art, elle propose du vin à consommer dans ses petites barriques de 5 litres en tôle peinte. 


Barrique et bouteille, Jean-Jacques François, 2016,
Photos: Philippe Fontaine

Dernier en date à se prêter à l’exercice, le sétois Jean-Jacques François en a fait « Le vin dans l’art, l’art du vin. Et le divin dans l’art du vin». Il a d’abord réalisé un projet sur tableau, avant de peindre sur le tonneau. La bouteille de vin elle-même se transforme en œuvre, quand, une fois son contenu bu, sa forme esthétique inspire le peintre. Jean-Jacques François, qui s’intéresse à tous les supports dans son art du détournement,  dit s’amuser à « tout voir, tout oublier, tout recréer ».

Quelques artistes approfondissent ce rapport sur leur terrain, dans les tableaux.

Villes invisibles, Alain Vaissière, 2014
(photo: A.Vaissière)
 

Arrivé à Sète en 2014, Alain Vaissière a quitté sa ville rose et son travail pour se consacrer à son digital Art, dans lequel il mélange ses ingrédients (photo, dessin, dessin numérique). En créant des mosaïques, il invente un nouvel espace que chacun peut s’approprier.
« J’assemble, comme le vin » explique-t-il.  Dégustation , Grand cru  ou  Villes invisibles  s’en inspirent.

Une célébration hédoniste des plaisirs voire des excès du vin, dans la droite ligne des banquets antiques et festins rabelaisiens, s’affirme chez Robert Combas, André Cervera ou Jean-Jacques François encore. Elément d’un prochain tableau, un déjeuner sur l’herbe ludique librement inspiré de Manet, le vin figurera naturellement pour lui, posé dans l’herbe comme un plaisir, dans une convivialité qu’il recherche dans le breuvage.

Vin-Roi, Robert Combas Festin totémique, André Cervera, 1996

Une telle célébration figure chez André Cervera, « électron libre » ainsi qu’il se définit, qui prônait dans sa jeunesse, non loin des transes bacchanales, une transe poétique. Compilant les mythologies,  il rapporte de ses voyages dans le monde ou de son rapport au monde un Festin totémique  ou autre Festin minuscule, peint en résidence d’artiste en Chine, tout comme Bloody cocktail  ou A kind of chinese repas où le vin s’invite à table, même loin de Sète.
Robert Combas, chantre de la figuration libre, célèbre la vie, cherche à saisir la nature, avec tout son talent de coloriste. En décryptant le monde, il y découpe des fenêtres et nous amène dans son aventure. Le vin y est roi, La Bouteille de vin rouge également. Michel Onfray voit dans son travail, en 2012, une dimension dionysiaque, qu’il décrit dans « Transe est connaissance »[2] . Ce à quoi l’artiste répond dans le Figaro : « J'imagine qu'il parle de ma façon de célébrer les choses plus que de mon goût pour le vin. (…) Je dis que l'on peut voir les couleurs avec le nez, sentir avec la bouche. J'aime cette vision décalée des sensations. Si je me joue des stéréotypes, c'est pour mieux souligner la typicité de l'art. Dans ma peinture, le terroir, c'est moi ! ».


La bouteille de vin rouge, R.Combas , 1986 

Bloddy cocktail, A.Cervera
Caveau du Domaine Gaujal à Pinet  

Ces éminents artistes sétois se sont retrouvés ces derniers mois sous les feux de l’actualité, dans des expositions d’ampleur nationale et internationale : Hervé di Rosa à la Maison Rouge à Paris, Robert Combas en Avignon et à Monaco, ou acceptant de s’exprimer dans une émission télé sur France 2 en début d’année.
Loin des lumières, Pierre François tissa sa toile, à part. Jean-Jacques François, son jeune frère, évoque cet homme discret humble, dont peu connaissent le parcours (cinéma, dessin animé scientifique, décors de théâtre à Avignon par exemple). Inspiré par Raoul Dufy, «  son graphisme léger et ses couleurs vives et harmonieuses », décrits par ses amis, ont tracé un lien tant avec la nourriture qu’avec le vin. Un lien qui trouva un lieu, passant sur l’autre rive de l’étang de Thau, à Pinet. Dans le caveau de vente de son ami Ludovic Gaujal, caveau – musée transmis à son fils Laurent, se côtoient œuvres et gammes de vin, collection d’étiquettes et bouteilles. Un lieu à part où Pierre François ouvrait un horizon à des vins encore peu connus, Picpoul de Pinet ou rosés du rivage.

Le vigneron, un artiste lui aussi?

Le travail de quelques grands élaborateurs, leur image d’orfèvres a conduit à oser l’analogie, et à ériger en art la fabrication de quelques flacons rares et chers. Comme l’artiste, le vigneron crée, en un rituel renouvelé chaque année, reproduisant des gestes mêmes aux effets différents. Il mobilise les sens, suscite émotions et expérience esthétique. Comme l’artiste, il travaille la matière, la couleur même, se soumet au jugement d’experts. Soudain, le sang de la vigne se métamorphose en matière première de l’art pour quelques-uns qui vont jusqu’à peindre avec du vin ! Mais l’art transfigure la nature et le réel, quand le vin est œuvre de ses éléments, et le vigneron son simple interprète.  L‘oenotourisme tend actuellement à intégrer la production viticole dans un monde culturel, jouant de ses rapports et ses interactions avec des paysages, une histoire, des patrimoines, des apports culturels multiples.


Photo: Claude Cruells

On connaît le vin sous une autre encre, celle des écrivains, et sous des rapports nouveaux explorés avec les notes de musique, jouée dans les vignes, dans le chai, et sensées accompagner la création du vin à ses différentes étapes : pendant les vendanges, pour la vinification ou l’élevage et même la mise en bouteille.
Les arts, tous les arts, s’unissent avec la ville-île, détachent le vin de ses manifestations contextuelles, estivales ou autres, pour pérenniser un lien intemporel dont ils assurent  la transmission. Ces artistes réécrivent une magie, dans cette ville si singulière, bruyante et colorée, libertaire et provocatrice, une poésie, une féérie même, écrit Michel Onfray dans son dernier ouvrage, inspiré par ses textes antérieurs sur Robert Combas.
Le vin déserte peu à peu celle qui fut sa capitale méridionale, pour le meilleur et pour le pire.  Les quais se vident et les chais des négociants se muent en lieux de tournage télévisuels, prenant une nouvelle vie, artistique elle aussi. Le fil s’en déroule, encore, à Sète.

Florence Monferran


[1] Michel Onfray, Robert Combas et Topolino, Fééries sétoises, Paris, Dans la boîte, 2016, 92 p.

[2] « Les encyclopédies et les histoires de l’art associent son nom à la « Figuration Libre ». Mais, au-delà de l’étiquette, on peut aussi le voir comme un baroque lyrique, autrement dit : un peintre compagnon de route et de fortune de Dionysos, le dieu des vignes, du vin, de l’ivresse, de la fermentation, de la danse, de la folie, de la transe, des substances vitales (sang, sperme, sève, lait), des animaux puissants (taureaux, boucs, béliers), de l’extase, de la végétation luxuriante, de la musique percussive, mais également l’inventeur de la tragédie et de la comédie, donc du verbe sculpté. Comme Dionysos, il chevauche le tigre et prend donc chaque jour le risque de se faire dévorer par son art. Sa peinture est l’une des plus dionysiaques de l’histoire de la discipline. »

Bonne année! Viticolement vôtre


Etude pour une vendange, Frédéric Bazille, 1869

Décembre, janvier… le calendrier vigneron ralentit la marche de ses travaux. La nature s’est endormie sous de belles gelées. La vigne, privée de sève nourricière, s’abandonne à la taille pied à pied, parcelle après parcelle.
Après les fêtes, pic intense pour la vente des vins, vient le temps rituel des vœux, pour une nouvelle année emplie de bonnes résolutions et d’espoirs formulés. De grands rendez-vous attendent la viticulture languedocienne qui, après ceux des AOC en 2015, fêtera les trente ans des vins de Pays d’Oc-IGP. Trente ans, un bel âge, de jeunesse et de maturation, de grandes idées mises en pratiques pour bouleverser les structures, la qualité et l’image des vins du Midi. Vinisud et Millésime Bio, même déplacé à Marseille, offriront la plus belle des vitrines dès la fin du mois de janvier à une culture florissante, en particulier en vins biologiques, sans oblitérer les questions cruciales pour la pérennité de la pratique viticole. Comment le plus vaste vignoble d’un seul tenant au monde évoluera-t-il  face aux changements climatiques, quels cépages résistants aux maladies et au réchauffement faudra-t-il planter, comment le Languedoc-Roussillon s’intègrera-t-il dans les nouvelles dispositions de plantations de vignes qui entrent en vigueur en Europe, quelle place, quels moyens seront accordés aux jeunes pour s’installer, comment réagira la profession à la nouvelle Organisation Commerciale du Marché (OCM) qui menace les vins de Pays? La région possède des atouts uniques face à ces lourds enjeux. Elle se tourne notamment vers l’oenotourisme, conçu comme un levier économique, créé des routes des vins, multiplie ses offres en packages, autour de ses produits. Elle s’appuie, pour valoriser la filière viticole, sur son histoire deux fois millénaire, son patrimoine, ses paysages façonnés par le travail des hommes à la vigne.
Alors oui, souhaitons le meilleur à la viticulture languedocienne, à ses vins, à ses acteurs pour que vive cette filière économique majeure, porteuse d’une culture et d’une douceur de vivre. Alors, oui, que 2017 soit pour vous, touristes de passage ou natifs anciens du lieu, une année emplie de découvertes, de terroirs et de crus surprenants, d’hommes et de femmes passionnés, de cépages emblématiques de ce berceau du vin en France.

Florence Monferran

Jacques Gravegeal dresse les défis pour les vins de pays d’Oc

   


Jacques Gravegeal

   

Regroupés en 1987, et commercialisés pour la première fois par le négociant sétois Robert Skalli, les vins de pays d’Oc ont fait émerger le concept de cépage, rivalisant avec le Nouveau monde et anticipant sur de nouveaux modes de consommation.
30 ans plus tard, leur Président, Jacques Gravegeal, le rappelle, chiffres à l’appui : « Nous avons connu une résurrection, et une résurrection qualitative avec les Pays d’Oc. Peu d’IGP, voire d’AOP ont autant de rayonnement »

Le poids économique des Pays d’Oc IGP

En 2015 :
23 bouteilles d’IGP pays d’Oc vendues chaque seconde dans le monde
120 000 ha de vignoble (sur 236 000 ha) en Languedoc-Roussillon
58 cépages autorisés sur les trois couleurs
5,5 millions d’hectolitres mis sur le marché chaque année
76% des vins produits en IGP en France et 9 bouteilles sur 10 sont des Pays d’Oc IGP
1,8 million d’hectolitres de vin est vendu en Pays d’Oc IGP en grande distribution
1er exportateur français de vins tranquilles en volume avec 2,5 millions d’hectolitres, dans 170 pays
5e exportateur mondial de vins de cépages

Mais la situation viticole actuelle vient assombrir le tableau d’une très belle réussite. A l’occasion de l’assemblée générale du syndicat des producteurs de Vin de Pays d’Oc, Jacques Gravegeal dresse devant la presse bilan et enjeux pour la filière, aborde sans ambages quelques sujets sensibles et prône le dialogue entre professions.
Le syndicat fait face à une forte interpellation des producteurs, devant une récolte en baisse, en IGP Oc, dans la région, en France, et partout dans le monde. Des sorties de chais atones et des négociations de prix inférieures à l’an passé renforcent l’inquiétude. Pour la première fois, les Vins de Pays d’Oc IGP affrontent une baisse de leur valeur ajoutée. « Nous sommes aujourd’hui menacés ».
Dans ce contexte, leur président choisit l’ouverture, en proposant d’entamer des discussions avec le négoce et la grande distribution. En guise de premier sujet, les vins de Pays d’Oc ne peuvent pas lutter contre la concurrence des vins espagnols sans IG vendus à des prix très inférieurs sur les linéaires des supermarchés, ce qui a conduit cette année à des opérations spectaculaires de déversement de citernes ou de cuves dans l’Aude et à Sète. « Nous voulons que le consommateur puisse identifier l’origine du produit, que ce soit écrit sur le BIB de vins espagnols, et que ce soit clair », déclare Jacques Gravegeal, qui note par ailleurs que ce sont les vins sud-africains les moins chers à l’heure actuelle sur ces marchés. Une discussion s’avère nécessaire avec les metteurs en marché et la grande distribution sur la question des rétributions de chacun.
Entre soutien aux grandes marques (privées ou coopératives) qui véhiculent leur image, et soutien aux vignerons, afin qu’ils ne lâchent pas leurs prix de vente, Jacques Gravegeal concède une marge de manœuvre étroite pour les vins de Pays d’Oc. D’où l’idée de sécuriser l’amont par des contrats triennaux. 88% des volumes produits sont commercialises en vrac au négoce. « L’enjeu majeur pour les Pays d’Oc, c’est de pérenniser à moyen terme la relation production négoce qui sont deux volets indissociables » explique Florence Barthès, directrice générale des IGP Oc. La recherche d’une régulation (comme autrefois avec la distillation) est envisagée. Jacques Gravegeal propose de « gérer tous ensemble, et de chercher aussi une solution pour les vins sans IG. Une lourde charge pèse sur nos épaules, il faut que nous la partagions tous ». Et de conclure : « Il faut un Plan Marshall pour donner de l’élan à ceux qui veulent rejoindre notre filière »
L’ouverture prônée par Jacques Gravegeal s’applique aux autres IGP. Une synergie avec l’IGP Carcassonne, ville joyau de l’UNESCO, est en perspective. « Nous ne pouvons pas rester dans une tour d’ivoire. Nous avons besoin de tout le monde ». Non pour obtenir des volumes supplémentaires, mais pour tendre vers une unité de vue. « Notre stratégie est d’intégrer des filières qualitatives qui vont participer à un entrainement général. »
Les vins de Pays d’Oc s’ouvrent à de nouveaux cépages, qui complètent la palette des 58 autorisés. Deux cépages principaux entrent dans le cahier des charges : le Caladoc et l’Albarino. Le Carignan, emblématique du Languedoc-Roussillon où il s’épanouit depuis le XIIe siècle, et où il peut vivre plus de cent ans, va voyager à l’export comme sur le marché français, en 100 % cépage Pays d’Oc Rouge, bi-cépages, ou assemblages.
Autre défi majeur, développer et maintenir le foncier viticole passe par un renouvellement de génération qui fait défaut. La suppression des droits de plantation, dans la nouvelle OCM, prive les jeunes agriculteurs de droits gratuits (sur 6 ha). Les Vins de Pays d’Oc ont décidé de mettre la main à la poche pour les jeunes, en créant une ligne budgétaire qui paye collectivement pour les aider. Jacques Gravegeal voit un enjeu économique global dans ces deux défis majeurs: gérer tous ensemble, aider les jeunes : « En soutenant la filière, nous donnons de l’espoir aux jeunes ».
Le label IGP , signe de qualité, commel’image des vins de Pays d’Oc sont entretenus par la communication. « Nous allons améliorer la lisibilité de OC entant qu’origine sur le packaging. » annonce Jacques Gravegeal. Un nouveau Club, après celui des marques et des enseignes, est mis sur pied : le Club des CHR (cavistes, hôtels, restaurants), qui vise à gagner en notoriété. Par exemple, les « Pays d’oc IGP Collection 2016 » iront en CHR. Ces cuvées ambassadrices retenues par un jury international de professionnels expriment la créativité du label Pays d’Oc IGP.
Seul point que ce tour d’horizon empreint de gravité n’a pu évoquer : les cépages résistants, aux maladies mais aussi aux changements climatiques. Un autre défi, et non des moindres pour la viticulture régionale et les vins de cépage.

Florence Monferran

 

Il ressort de leur dégustation une belle unité en rouge autour du fruit (fruits rouges et noirs) et des blancs très aromatiques. Coups de cœur personnels : le « Beauvignac » Chardonnay 2015 des Costières de Pomerols, fin, frais et complexe, aux notes de fleurs blanches, et un « Elixir » 2014, du Domaine de la Condamine Bertrand à Paulhan.

cliquez ici voir la liste des cuvées ambassadrices

 

Les Grés de Montpellier

une AOC Languedoc qui affirme son identité

Inauguration du Salon par J-M Sevestre, O. Durand et J-B Cavalier

La jeune AOP Languedoc-Grés de Montpellier tenait pour la première fois salon en ville les 10 et 11 décembre à l’Hôtel Saint-Côme, siège de la Chambre de commerce et d’industrie. Vaste et jeune appellation, créée en 2002, elle couvre quarante-six communes, rassemble une cinquantaine de producteurs, et des terroirs comme autant de trésors. Protégés des vents du nord par les Cévennes et nourris d’influence maritime, ils ont en commun les sols pauvres de leurs collines, enserrant la métropole en un vaste amphithéâtre. Dans ces grés, cailloux en occitan, l’appellation puise son nom.
Elle a d’abord cherché à dégager une typicité de ses vins, une identité gustative autour de ses cépages, grenache, syrah, mourvèdre, qui respirent le Languedoc viticole actuel. Une trame s’est construite autour d’une finesse, d’une fraicheur et d’une élégance reconnues. De son hétérogénéité, l’AOP a su tirer une force : renforcer la cohésion d’un groupe, créer « une bande de copains » se plaît à dire Philippe Peytavi, du Clos de l’Amandaie. C’était tout le sens du discours d’Olivier Durand, président de l’AOP, à l’inauguration du salon. Elle en a tiré une diversité enthousiasmante qui se révèle autour des tables: de jeunes vins et des vins de garde (ah ! le mourvèdre de vieilles vignes du Château Saint-Martin de la Garrigue fait pour vieillir quinze ans ! ), des châteaux emblématiques, Flaugergues ou Claud Bellevue en tête, comme une relève tout sourire au Chai d’Emilien, ou au Domaine de Saint-Jean l’Arbousier. Des Commanderies templières ou des chais en attente de permis de construire, des hébergements en château jusqu’aux cabanes dans les bois, les domaines viticoles offrent tous les visages. Venus des confins de l’AOC, comme de son cœur, venus en nombre d’Assas ou d’Aumelas, de Montagnac, avec deux des plus beaux domaines du Languedoc, tous expriment une qualité de vins, un souci cultural. Jean-Marie Sevestre, vice-président de la CCI, le souligne : « Les vignerons de l’AOC Languedoc-Grés de Montpellier sont animés par une exigence de qualité : les cépages sont sélectionnés avec soin et le travail de la vigne s’effectue dans le respect de l’environnement. Cette AOC dynamique a opéré sa conversion en Bio pour près de 50% des domaines». Les vignerons présents se déclarent satisfaits de ce coup d’essai, à l’image du Clos Sorian, dont Robert Neff, commercial dit son « plaisir d’être là. Il règne dans les grés de Montpellier, depuis 13 ans, une bonne ambiance, une bonne dynamique. Ce salon est une finalité, et l’opportunité d’avancer tous ensemble. Il est très prometteur pour la suite.


Hall d'accueil Hôtel Saint-Côme,©jackie Clapié, CCI

La jeune AOP affirme tout autant une identité singulière, ancrée dans un patrimoine paysager, rural et métropolitain à la fois. Lors de sa balade annuelle dans Montpellier, de ses dégustations professionnelles, comme au Château d’Assas au son des clavecins anciens, elle entretient un rapport aigu avec son histoire vers lequel tous, vignerons et institutionnels, convergent. En tenant ce premier salon à l’Hôtel Saint-Côme, l’appellation manifeste son attachement à la ville, constitutive de son nom, initiatrice de son renom. C’est d’ailleurs la métropole qui soutient la bouteille syndicale des Grés de Montpellier rappelle Oliver Durand. Pour Jean-Marie Sevestre, le choix de l’Hôtel Saint-Côme n’est pas un hasard : « Nous renouons avec l’histoire. Le vin y est inscrit dans l’ADN du bâtiment », son fameux vitrail du hall d’accueil, ses gypseries qui évoquent les vendanges et ses ferronneries d’art aux grappes de raisin. Installés ici depuis 1801, les membres de la CCI ont misé sur l’économie viticole, signant de nombreux traités de commerce, organisant la cotation des vins jusqu’en 2008. « L’émotion historique est là, il faut la cultiver » appuie Jean-Benoît Cavalier, président des AOC Languedoc, rappelant « la dimension culturelle importante du vin ». Une dimension que les visites œnologiques au Musée Fabre, mêlant art et vin, ou la conférence sur l’histoire des Grés tenue par Jean Clavel, fondateur des AOC Languedoc, initiateur du renouveau des terroirs languedociens, sont venues conforter au cours de ces deux journées.
La manifestation s’inscrit également dans le projet de Route des vins, du patrimoine et des métiers d’art mené depuis 5 ans par la CCI. L’objectif est de promouvoir le patrimoine héraultais au sens large (architecture, accueil, productions, activités) mais aussi de vérifier l’offre oenotouristique, créer des événements dans les domaines viticoles, ou participer à des festivals gastronomiques, comme les Toqués d’Oc. En filigrane, s’inscrit la volonté de valoriser la destination, de conforter une filière et de développer l’économie du département. Jean-Benoît Cavalier le dit avec force : « Le vin est né autour de la Méditerranée. Encore aujourd’hui, notre région est la plus importante de tout le bassin en termes de production ».
Au cœur de la CCIT, départementalisée à partir du 15 décembre, le vin, point d’entrée du territoire vers les produits de son terroir, ses paysages, ses hébergements, son histoire, un art de vivre, résonne comme porteur de courants commerciaux et d’échanges culturels, vecteur et source d’espoir d’une nouvelle économie, une oenoculture dans laquelle les Grés de Montpellier font entendre leur identité.

Florence Monferran

 

Au cœur de l’Ecusson : l’Hôtel Saint-Côme

L’Hôtel Saint-Côme a été élevé de 1751 à 1757 par l’architecte Jean-Antoine Giral avec les fonds légués par François Gigot de Lapeyronie pour servir l’amphithéâtre au collège de chirurgie.
Lapeyronie, chirurgien parti à la capitale en tant que barbier du roi, anobli en 1721, crée l’académie de chirurgie. Il lègue par testament en 1757 100 000 livres aux chirurgiens de Montpellier pour l’édification d’un bâtiment, sur le modèle de l’amphithéâtre Saint-Côme à Paris. Deux corps séparés par une cour, le composent. L’un, de forme octogonale à l’extérieur, renferme l’amphithéâtre destiné aux démonstrations d’anatomie, et l’autre abrite les salles destinées aux assemblées des chirurgiens.
Une leçon inaugurale est donnée le 25 avril 1757. L’école de chirurgie est supprimée en 1792, et le bâtiment vendu au profit de la Nation. Le 2 janvier 1801 la Bourse de commerce de la commune de Montpellier s’y installe. La Chambre de Commerce et d’Industrie l’occupe depuis 1920.

La Chambre de Commerce

Le 15 janvier 1704, un arrêt du conseil du Roi "ordonne de quelle manière sera fait l’établissement de la Chambre particulière de Commerce dans la ville de Montpellier". Le roi Louis XIV a 61 ans. Le Languedoc s’étend alors de Toulouse à Viviers et compte environ 1,3 million habitants. L’économie du Bas Languedoc est représentée par le vin, le commerce, la draperie, les tanneries, la soie et la chimie. La Révolution supprime temporairement les Chambres, qui sont rétablies par le consulat de Bonaparte, époque à laquelle l’hôtel Saint-Côme sera destiné à un rôle consulaire.
Le statut moderne des Chambres de Commerce date de la loi Boucher du 9 avril 1898 qui en fait des établissements publics administratifs. Elle compte aujourd’hui 32000 entreprises réunies en son sein.

 

 

Fête des vignes: impressions d'un soir

A Montpellier, douceur de l’automne finissant, premières illuminations de Noël lancées sur la Place de la Comédie proche, l’inauguration de la 13e Fête des vignes célébrait, vendredi 25 novembre, un art de vivre, une harmonie joyeuse des sens. 
Images sur le vif, sur l’Espanade Charles de Gaulle

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Les Muscats de l’Hérault à la lumière du 18ème siècle

«Je vous demande aujourd’hui une autre grâce, elle est un peu plus considérable : c’est de me conserver la vie en m’envoyant un petit quartaut du meilleur vin de Frontignan (…) Ce sera pour moi une petite extrême-onction que vous aurez la bonté de me donner. (…) Si vous me refusez, je suis homme à venir chercher moi-même du vin Muscat à Marseille, car je ne puis plus tenir aux neiges du Mont Jura »
Voltaire, lettre à un fournisseur marseillais, 19 décembre 1774

La notoriété acquise depuis le Moyen-Age par les muscats de Frontignan, Mireval ou Lunel, leur poids économique, mesurable dès les premières estimes et compoix au XVIe siècle, ne se démentent plus. Point d’orgue de ce rayonnement, le XVIIIe siècle sonne comme une apothéose. Voltaire et Encyclopédistes, grands médecins et voyageurs, grands de ce monde, premiers ampélographes, tous célèbrent le muscat, ce vin de luxe aux vertus médicinales qui trône sur la table des Cours européennes. Dans des conditions de production toujours aussi dures, dénuées de matériels, la vigne résiste à tout : aux aléas climatiques et guerres, aux épidémies et maladies inconnues qui ont cours dans ce siècle traversé par un refroidissement climatique qu’incarne le grand hiver de 1709 [1] . Poser un coup de projecteur sur les muscats, c’est examiner, à un moment où foisonnent les sources, ce vent d’excellence, bouillonnant d’imagination et de découvertes. Un âge d’or qui porte en germes une révolution économique : « La poussée viticole est fille du commerce plutôt que du climat » observe un Intendant du Languedoc. La frénésie de plantations, sans souci de qualité, pointe les travers dans lesquels s’engouffre une viticulture de masse et de rapport rapide. Quelle place pour l’exigence de qualité portée par des hommes sur les terroirs de prédilection du muscat ? C’est tout l’enjeu du XVIIIe siècle pour ce territoire qui devient, en 1790, le département de l’Hérault.

Une apogée économique


Planches Duhamel de Monceau, Redouté, 1768

Muscats disséminés parmi les autres cépages, vignes complantées avec blé et oliviers, ou petits grains omniprésents dans le paysage autour de Frontignan [2], la culture de muscat se répand dans toutes les directions, vers l’intérieur des terres, à l’est comme l’ouest. Outre des poches qualitatives (Clermont l’Hérault, Maraussan, Montbazin), l’extension produit des muscats ordinaires dans la plaine biterroise [3]. La production s’élève en continu sur le siècle, malgré des récoltes irrégulières et des rendements faibles, entre 10 et15 hl/ha. Les terroirs historiques, exception économique où il se produit plus de grains que de vins depuis le XVIe siècle, comptent plus de 100 ha en muscat à Vic, passent de 31 à 155 ha à Frontignan, même si la production stagne à Mireval et reste limitée à Lunel. La vigne, cultivée par tous, est partie prenante de l ‘économie domestique. Micro-parcelles, petits propriétaires cohabitent avec les grands domaines, repris en mains par l’élite bourgeoise qui, depuis le Moyen-Age, n’a cessé d’investir dans les campagnes.
Les pratiques d’excellence, à l’exemple de la recherche de la surmaturation des raisins, attestée par l’agronome Olivier de Serres (1590), perdurent sur les terroirs historiques. Les sources démontrent un souci de qualité et de progrès à tous les stades du travail à la vigne et en cave. Vendanges à l’assiette, tri sélectif à la parcelle, souci d’hygiène, fûts tenus pleins, élevage sur lie raffiné à la colle de poisson, les exemples abondent [4]. Un muscat fouetté dans l’hiver, buvable à partir d’avril, des vins de garde, et une autre production d’excellence, le muscat rouge [5], sont décrits par plusieurs sources.

Production de muscats de renom au XVIIIème siècle.

Date,
source

Frontignan

Vic

Mireval

Lunel

XVIIe
Compoix

31ha en muscat

241 ha vigne,
284 ha avec les complants
42 ha muscat

33 ha muscat

20 ha de muscat environ

372 hl

Vers 1700

     

30 ha muscat
Lunel-Viel et Montels

1701-1751
Compoix

120 ha vignes en muscat

250 ha vignes
700 cultivés
112 ha en muscats

64 ha en muscat

6 ha environ à Lunel
45 % des cultures en vigne

Vers 1770

     

70 ha en muscat
Lunel-Viel et Montels

1787
Jefferson

155 ha vignes en muscat

     

600 pièces soit 1400 hl

AN XIII
(1805)

17 313 hl de vin

4446 hl de vin

4294 hl de vin

 

1812-1824
Préfet

464 ha vignes
126 ha en muscat
228 ha cultivés

 

177 ha vignes
pas de mention de muscat

70 ha à Lunel
18 % du vignoble planté en muscat à Lunel-Viel, seul producteur

Parallèlement à l’extension du vignoble, le prix de vente du muscat fait plus que doubler en un siècle et demi, confortant son assise de produit exceptionnel très prisé. [6] Les muscats de Frontignan et de Lunel se vendent cinq fois plus cher que les bons vins rouges. De 120 à 200 livres la pièce pour un vin nouveau, le prix peut monter jusqu’à 350 voire 400 livres après une faible récolte à Frontignan.
Leur diffusion est appuyée par un développement commercial sans précédent sous Louis XIV, grâce à la baisse des taxes extérieures (droits de sortie et de fret) et aux infrastructures créées par Colbert. Port et ville de Sète (1661) et Canal du Midi (1680), puis Canal des Etangs (1718) et grands chemins royaux offrent des débouchés aux vins du Languedoc, le rapprochent des grands centres de consommation du Nord de l’Europe. « La vente des Muscats de Frontignan et de Lunel, et de picardan est un Pérou pour le Bas Languedoc » constatent les mémoires des chambres de commerce. Il s’embarque en année commune à Cette 9 à 10 000 muids de vin, 30 000 pièces pour le seul muscat en 1787 [7].

Un rayonnement

Les témoignages contemporains hissent les muscats tout en haut de la hiérarchie des vins régionaux[8]. La reconnaissance est économique, mais aussi culturelle, politique, scientifique. Une place de choix est accordée aux muscats dans les travaux qui font souffler un vent d’expérimentations (Chaptal, Bertholon, Mourgues). Des Encyclopédistes à l’Abbé Rozier, en passant par M. Fournier, dont le Mémoire sur le vin muscat (1740) détaille la pratique viticole, les scientifiques multiplient découvertes et publications, à la Société Royale des Sciences de Montpellier dès 1706, ou dans les premières Sociétés d’Agricultures (1761). Un rayonnement marketing, dirions-nous aujourd’hui, porte la bouteille de muscat jusqu’à Bordeaux, qui la baptise « frontignane ». A usage de la table dès le XVIe siècle, elle est devenue contenant de transport, fabriquée par les verreries dans l’Hérault à partir de 1760.

La notoriété des Muscats s’accompagne d’un usage et d’une reconnaissance politique. Gouverneurs, évêques et grandes dames profitent de larges offrandes des vignerons de Frontignan bien relayés par leurs consuls. Frontignan et Lunel voient défiler dans leurs murs têtes couronnées, princes ottomans et hôtes prestigieux. Les louanges pleuvent, des Etats-Unis à la Prusse.Le nectar s’auréole encore des références littéraires les plus prestigieuses, qui lui apportent une publicité glorieuse. Les philosophes des Lumières, qui parcourent l’Europe, tracent la voie d’amateurs éclairés, mus en ambassadeurs des muscats. Locke, Rousseau, Voltaire, qui en fait son élixir de vie, manifestent un intérêt pour « les grands vins universels comme ceux du Muscat ». Les premiers gastronomes, à l’instar de Grimod de la Reynière qui séjourne un temps à Béziers, les ouvrages savants plus méconnus, les témoignages précieux d’inspections royales comme celle de Monsieur de Gensanne, en 1775, ou des récits d’illustres voyageurs, complètent le panorama, de Laurence Sterne (1760) Arthur Young (1787) jusqu’à l’ambassadeur des Etats-Unis Thomas Jefferson (1780, puis 1787), lui-même courtier en vins.
Les muscats culminent au sommet de l’art de faire du vin et de la renommée. Mais un point de basculement est franchi dans le siècle, quand une production de masse, et de vins rouges s’installe dans les mentalités, puis dans les faits.

Le difficile chemin de la qualité

Mémoire sur le vin Muscat, Fournier, 1740, ADH

 


« La fureur de planter », selon l’expression des contemporains, conduit à des défrichements massifs, y compris dans les zones humides (palus de Vic), qui bravent les interdictions royales et les amendes. La vigne progresse partout, et avec elle l’étendue des muscats. L’argent facile issu du développement à l’export incline aux fraudes, qui nuisent à la qualité et à la réputation du Languedoc à l’étranger. La concurrence, à l’intérieur, des Blanquettes et Clairettes, mais aussi de nouvelles productions, en Champagne et Sauternes, entrainent des réflexes de défense de son cru, y compris contre ses proches voisins. La protection de sa qualité et de sa renommée, embryon d’une démarche de délimitation géographique et qualitative, s’installe dans les mentalités des villes réputées (Frontignan, Montpellier, St Georges d’Orques, Roquemaure et les Cotes du Rhône). Aux privilèges et droits médiévaux d’entrée dans les villes s’ajoutent le contrôle par des inspecteurs aux limites des communes, chez l’habitant (caves et celliers), le marquage des tonneaux pour bien identifier la provenance du vin, le recours aux garde-terres contre les vols, jusqu’à la surveillance des stocks.
« Un nouveau Languedoc viticole se dessine, plus diversifié » [9], avec 2 millions d’hl produits dans toute la province fin XVIIIe siècle, et une hiérarchie des vins aux résonnances actuelles, en différentes catégories : vins de renom, désignés par des noms de terroir, tels les Muscats et Cotes du Rhône, vins de cépages, comme le picardan , vins produits de distillation, liqueurs et vins parfumés.
Le classement d’André Jullien en 1816 confirme le tableau qualitatif des muscats de l’Hérault. Mais les sources nous montrent un vignoble qui cherche sa voie [10]. La monoculture viticole s’installe pas à pas, dotée de moyens techniques (procédés et appareils de distillation et de vinification d’Adam, Chaptal), de moyens humains par l’essor démographique qui fournit des bras à une production très consommatrice en main d’œuvre, et dotée d’une nouvelle classe dirigeante. Détenant le pouvoir économique, elle prend les commandes politiques avec la révolution, à l’exemple de Lapierre, Artignan, Cazalis-Allut sur les terroirs historiques du muscat. En 1805, on produit 4 500 hl de vin à Vic, 4 300 hl à Mireval, plus de 17 000 hl à Frontignan : c’est plus qu’aujourd’hui. Comme le remarque le Préfet Creuzé de Lesser dans sa grande statistique agricole de 1824, « La viticulture industrielle affûte ses méthodes » [11], produit des copies, des muscats d’imitation, et entraine mévente et chute des prix à Frontignan.

Pourtant, des hommes tracent le sillon d’une autre viticulture, maintenue dans une production et des pratiques exigeantes, qui conduit à un repli qualitatif, sur les coteaux de la Gardiole par exemple, et à la limitation volontaire à de petits rendements. La double voie d’une viticulture de masse / viticulture hautement qualitative, mais aussi d’une viticulture en rouge/ viticulture en blanc est tracée. Avec un attachement d’hommes et de femmes au muscat à petits grains, guidé par un intérêt économique mais aussi par la recherche obstinée d’un chemin d’excellence dans l’Hérault.

Florence Monferran

  1. Grand gel de 1709 : « On n'a jamais vu de mémoire d'homme une année plus cruelle ni plus malheureuse que l'année 1709 », Livre de raison du professeur Jean-Henri Hagueno
  2. « De Montpellier à Gigean, les vignes se mêlent aux labours ; mais de Cette et Frontignan jusqu'au-dessus de Vic, il n'y a rien que des vignobles fort bien entretenus. De nouveau, dans la plaine entre Montpellier, Mauguio et Lunel, on revoit d'excellentes terres labourables entremêlées de vignobles », M. de Gensanne (1775)
  3. « Ce sont les muscats qui font la richesse de la ville et du diocèze de Béziers » Chambre de commerce, ADH série C 2683
  4. cf : Jefferson, livres de raison de bourgeois locaux, Abbé Bouquet à Lunel, articles de Diderot et d’Alembert dans l’Encyclopédie
  5. « Il est très recherché et présente de l’analogie avec le vin de Constance » en Afrique du sud, note M. Fournier en 1740 (ADH série D 184) Jefferson en observe la production à Lunel en 1787, la quasi disparition à Frontignan. Mais V. Rendu en 1857 et le Dr Guyot en 1868 en confirment l’existence à Lunel, Frontignan et Maraussan.
  6. « La demande est suffisante pour que la récolte soit toute vendue la première année « écrit Jefferson.
  7. Les contenances varient d’un village à l’autre. A Frontignan : muid de 685l. et pièce (barrique) de 228 l.
  8. Les mémoires de l‘Intendance du Languedoc, des Chambres de Commerce abondent en témoignages. « Le Bas-Languedoc produit des muscats dont on connaît la bonté », Ballainvilliers, Intendant du Languedoc, 1788, « Nos vins les plus recherchés et les plus chers sont ceux de la côte du Rhône. (…) Nos vins muscats ne sont pas moins recherchés. On en recueille à frontignan, à Lunel, à Montbazin, à Béziers » Mémoire sur le commerce des vins et des eaux de vie, 1768, ADH série C 2683
  9. Cité par Statistiques Préfet Creuzé de Lesser1824, ADH série 6M [10] Notes Lunel, Statistiques Préfet Creuzé de Lesser1824, ADH série 6M [11] Il décrit la production en grand dans la région de Béziers de muscats de bas étage « servant à dédoubler le muscat de Frontignan »
  10. Notes Lunel, Statistiques Préfet Creuzé de Lesser1824, ADH série 6M
  11. Il décrit la production en grand dans la région de Béziers de muscats de bas étage « servant à dédoubler le muscat de Frontignan »

Saint-Chinian

Les vins de l’AOC prennent un envol… transatlantique

 

 
L'AOP Saint-Chinian

Partagé en deux par les rivières de l’Orb et du Vernazobres, le vignoble de Saint-Chinian s’étend sur vingt villages, protégés par un microclimat exceptionnel qui permet de voir fleurir mimosas et orangers.  Il est dominé au nord par les schistes, qui produisent des vins soyeux et élégants, et au sud par de petits plateaux calcaires, dont sont issus des vins corsés, et fruités.
 Ses vins rouges sont en AOP (Appellation d’Origine Protégée) depuis 1982, ses vins blancs depuis 2004. 

 Chiffres clefs
3 300 hectares
100 caves particulières
8 caves coopératives 
Production moyenne : 135 000 hl en volume (4ème appellation du Languedoc)
Répartition par couleur : 89% de vins rouges, 10% de vins rosés, 1% de vin blanc
Cépages principaux : syrah, grenache noir et mourvèdre, le plus souvent associés au carignan pour les vins rouges et au cinsault  pour les vins rosés.

Syndicat AOP Saint-Chinian
Rue de la Promenade,  34360 Saint-Chinian
04 67 38 11 69 - www.saint-chinian.com

Photos : Vins AOC Saint-Chinian

   

A la conquête des Etats-Unis, la dégustation annuelle des Virtuoses de l’AOC Saint-Chinian s’est tenue pour la première fois à New York, le 17 octobre dernier. Une trentaine de journalistes et professionnels influents (restaurateurs, sommeliers et acheteurs) américains ont pu goûter à 183 vins parmi les meilleurs de l’appellation languedocienne. Après Londres et Paris, c’est la Maison Occitanie de New York qui a organisé la manifestation, présidée par Lauren Buzzeo, directrice au magazine Wine Enthusiast. Initiée en 2011, la dégustation vise à « casser certaines idées reçues et à démontrer que les grands terroirs de notre appellation rivalisent avec les plus grands vignobles », explique Henri Miquel, le président de l’AOC Saint-Chinian.
Lors de ce concours à l’aveugle entre les plus grands vins rouges et blancs, le style des vins et la régularité entre les millésimes sont pris en compte. Chaque cuvée était présentée sur trois millésimes différents choisis par le vigneron. Le palmarès final en distingue 47.
La rencontre affiche la volonté de renforcer les exportations, qui n’assurent encore que 18 % des débouchés, en particulier sur le marché américain (5 % des volumes de vente). L’appellation Saint-Chinian veut profiter des véritables perspectives qu’offre ce pays et surfer sur la vague portante pour l’ensemble des vins de la région. Le Languedoc ne vient-il pas d’être désigné comme le vignoble mondial le plus prometteur pour les années à venir par le Wine Trade Monitor, enquête annuelle de l’agence internationale en communication et marketing SOPEXA ?

 

Top 10 des vins ayant obtenu plus de 17/20 au palmarès 2017

  • Domaine La Linquière - La Sentenelle 310
  • Domaine Cathala - Absolu
  • Les Eminades - Vieilles Canailles
  • Clos Bagatelle - La Terre de mon Père
  • Les Coteaux de Berlou - Terre de loups. Les Terrasses Royales
  • Cave de Roquebrun - Golden Vines
  • Château Milhau Lacugue - Les Truffières
  • Mas Champart - Causse du Bousquet
  • Château Fonsalade - Félix Culpa
  • Mas d’Albo - Or Brun
  • Château La Dournie - Élise
  • Domaine du Sacré Cœur - Jean Madoré

Valflaunès, Festa de la Vendemia

» Cliquez ici pour voir le reportage
Vidéo du studio MCV





 

 Valflaunès doit compter près de 800 habitants. Dimanche 13 novembre, cette commune de la Communauté de Communes du Grand Pic Saint Loup en a vu défiler bien plus. Car Valflaunès célébrait la 9ème Vendemia (fête des vendanges) de son histoire récente. Ce fut, dans le contexte particulier de cet automne 2016, un moment festif bien propre à égayer un public varié.

Valflaunès ? C'est au nord de Montpellier, après les Matelles et Saint Mathieu de Tréviers. C'est une très ancienne communauté attestée dès avant 923, lorsqu'elle faisait partie du "Consulat du val de Montferrand" qui comprenait 9 communes, de Saint Mathieu de Tréviers à Combaillaux. L'appellation latine (figulina, atelier du potier et le suffixe -ensem) a évolué pour donner au XIIème siècle Vallefeneira, puis Valleflaunesia au XVIème siècle et enfin Valflaunès. La communauté, érigée en commune en 1792, est la plus proche du Pic Saint Loup, là où la roche des garrigues se dresse face au ciel. Environné de vignes (AOP ou AOC), le village célèbre la fin des vendanges selon le calendrier révolutionnaire, du 22 septembre au 21 octobre. Mais il pleut souvent en octobre et mieux vaut repousser la fête début novembre. La récolte est rentrée. On estime le degré, la quantité. Et l'on espère l'assistance nombreuse car le bénéfice de la manifestation permettra d'aider les viticulteurs fort éprouvés par "l'alerte rouge" de la fin du mois d'août quand les grêlons ont blanchi la garrigue et dévasté les vignes.

Et le public emplissait la place de la mairie et la pente de la rue de l'Eglise, sensible aux sons, couleurs et images. Il y en avait pour tous les goûts. Place de la mairie, au son des guitares électriques, on pouvait être tenté par des pâtisseries, du savon au lait d'ânesse ou la dégustation d'huîtres de Bouzigues. Rue de l'Eglise, au son d'un jazz-band, des stands proposaient des huiles essentielles d'une abbaye de Haute Provence, olives du terroir et tapenades, objets de bois flotté. Et quand le soleil se montrait, il lustrait les tissus des produits "Alouane". Ces textiles issus de fibres d'agave, tissés au Maroc, aux couleurs vives et nettes, propres à illuminer un intérieur ou à figurer sur des scènes de théâtre. Mais l'aire du Pic Saint Loup est célèbre pour son vin. Alors on pouvait évoquer le passé : visiter une ancienne cave avec son pressoir et ses foudres de bois. Une très riche exposition retraçait la grande révolte vigneronne de 1907 : Argeliers, Marcellin Albert, la manifestation monstre à Montpellier, la crosse en l'air des conscrits du 17ème et les victimes de Narbonne. La geste vigneronne est aujourd'hui moins dramatique, même si les temps sont difficiles. Les stands de dégustation ne désemplissaient pas et certains crus plus souples, un peu moins chauds connaissaient un franc succès.

On pouvait même faire connaissance avec les cépages, tels cette "roussanne" typiquement languedocienne. La Vendemia était à l'image de toute une culture, vécue autour de la vigne. La vigne qui était, ne l'oublions pas, l'attribut d'un dieu de l'Olympe.

Hervé Le Blanche

rreportage vidéo de Valérie et Michel Campion (studio MCV, partenaire de Agde-infos)

Wines's forum : Joël Julien, élu manager de l’année

La première édition de la Tribune Wine’s Forum a eu lieu ce mercredi 9 Novembre 2016 au Palais des Congrès de Perpignan, en présence de 130 participants. Lors de cet événement co-organisé par La Tribune Toulouse et Objectif Languedoc-Roussillon, plusieurs entreprises de la filière viti-vinicole ont été récompensées. Outre le prix spécial du jury,  des prix ont été attribués dans  les catégories  inovation, international, jeune talent et manager. Dans cette dernière catégorie, Joël Julien, Directeur Général des Costières de Pomérols, a été désigné Manager de l’année.


Carole Delga et Joël Julien

 

Ce prix honore l’esprit d’initiative concertée du directeur au sein d’une mission collective : la Cave Coopérative. Il reconnait la stratégie de Joël Julien qui a contribué à la commercialisation en France et dans le Monde de la marque phare Beauvignac.

Ce dernier est distingué grâce à la réussite parfaite du rapprochement des trois caves Pomérols, Castelnau de Guers et Mèze, en suggérant une démarche visant la qualité, la compétence et la régularité. Ses qualités de visionnaire ont été gratifiées. Il a pensé, avec son Président et son Conseil d’Administration, à investir dans la création d’une nouvelle chaine d’embouteillage, installé cette année, sous la bannière de l’innovation. Il a, avec ses vignerons coopérateurs, toujours su s’adapter aux nouvelles contraintes d’un marché mondial.

C’est pour toutes ces qualités que Joël Julien a été élu « Manager de l’Année ».

Ce prix remis par Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie, rend non seulement hommage à Joël Julien, mais aussi honore le dynamisme de toute l’entreprise, le professionnalisme et le savoir-faire des 350 vignerons, des œnologues et des salariés des Costières de Pomérols.

En tout cinq entreprises et personnalités de la filière viti-vinicole de la Région Occitanie – Pyrénées Méditerranée ont été récompensées à l’occasion de cet événement organisé par la Tribune Toulouse et par Objectif Languedoc Roussillon et cinq lauréats ont été distingués dans les catégories innovation, jeune vigneron, international, prix spécial du jury et Manager de l’année.

Grand angle sur la viticulture biologique

avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio

Episodes climatiques de sécheresse et de grêle ont occupé les esprits pendant les vendanges et les vinifications. Aujourd’hui, un millésime se dessine en caves. Quelle part y prend la culture biologique? Comment se sont comportées les vignes ? Quel est l’état de la récolte? Nous vous proposons un tour d’horizon de la production en vins biologiques, occasion de faire un point complet avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio, qui apporte son éclairage sur une autre vision de la viticulture. 

 

 Patrick Guiraud

Vigneron à Aimargues, en IGP Sables de Camargue, et IGP Oc, œnologue, Patrick Guiraud a été réélu le 5 juillet dernier pour un 4e mandat à la tête de SudvinBio, où il a succédé à Thierry Julien. Au cours de cette assemblée générale extraordinaire, faisant entrer deux adhérents de Midi-Pyrénées dans son conseil d’administration (un du Gers, un de Fronton), SudvinBio est devenue la première association interprofessionnelle représentant l’ensemble de la nouvelle région Occitanie.

   

La production

 

70.000 ha de vignes biologiques en France aujourd’hui. L'Occitanie est la 1ere région française, avec 21 000 ha en Languedoc-Roussillon et 3 000 ha en Midi-Pyrénées, viennent ensuite PACA, (14.000 ha) puis l'Aquitaine (8 000 ha). La production occitane a été multipliée par 5 : 5 000 ha en 2005, 24.000 ha en 2016. En France elle a été multiplié par 3.
« Le bio s’est étendu partout en France, mais c’est dans notre région qu’il a explosé, dans les dix dernières années. Le fief de la viticulture biologique, c’est le bord de la Méditerranée, et le sud. »

 

F.M : Comment s’est déroulée la récolte ?

P. Guiraud:
Nous connaissons une baisse de 11 % de la production dans la région[1]. La récolte a été quasiment parfaite, avec un état sanitaire très bon. C’est une année difficile pour tous. Nos vignes se portent bien, le végétal n’a pas été touché, le feuillage ne s’est pas desséché, mais la récolte a été impactée par la sécheresse.
Nos rendements sont en général inférieurs à ceux en agriculture conventionnelle. Nous sommes beaucoup plus tributaires des maladies, avec lesquelles nous apprenons à travailler.  Si une maladie nous impacte, nous allons la subir, nous n’allons pas surtraiter. Ces contraintes font partie de notre métier. Il est très important d’avoir cette vision là, vis-à-vis des aléas climatiques.

F.M : La culture biologique peut-elle apporter des réponses en elle-même aux changements climatiques ?

P. Guiraud: 
Nos vignes résistent un peu mieux que les vignes conventionnelles à la sécheresse, car nous  travaillons les sols, ce qui engendre moins de capillarité, et donc moins d’évaporation. Mais nous n’avons pas de moyens, ou d’outils propres au bio par rapport à la sécheresse. La solution technique, comme en conventionnel, reste l’arrosage. Sur du long terme, nous serons moins sensibles à la sécheresse sur des années répétées : en travaillent le sol, les racines radiculaires vont descendre. Quant aux évolutions climatiques, c’est un grand débat. Nous venons d’avoir une année sèche, après une année humide. N’extrapolons pas. Précoces ou tardifs, les cépages ont souffert. En bio, nous sommes des gens de terroir, attachés à notre terre, à nos cultures. Nous laissons une large part à la nature, en évoluant dans un système plutôt qualitatif que quantitatif. Pragmatiques, nous savons qu’une année sans rendement peut arriver.

F.M : Un profil du futur millésime peut-il être dressé?

P. Guiraud: 
Ce sera un millésime très qualitatif parce que la qualité des raisins était très bonne. Nous pensons que ce sera un millésime quasiment exceptionnel, expressif, tout petit en quantité. Nous observons un bel équilibre des vins, très stables, sur les trois couleurs. Ce sera une bonne année !

 La consommation

 
  • 15 % au niveau national

Ventes :

  • 700 millions d’euros sur le marché français,
  • 300 millions d’euros sur le marché export.

Soit un poids total de la filière viticole biologique d’1 milliard d’euros. 60 % en France, 40 % à l’export. Les tendances se sont inversées il y a 2-3 ans, l'export représentait 60 %.
Répartition entre cavistes (augmentent, 18%), magasins spécialisés (explosent, 20-22%), grandes surfaces (stagnent autour de 19 %)
La viticulture représente 20 %  du marché global en agriculture biologique

 

 

F.M:  On parle de forte hausse de la consommation en vins biologiques. Confirmez-vous cette tendance ?

P. Guiraud: 
Le marché se porte relativement bien. Notre but est qu’il soit stable.

L’acte de consommer bio, c’est avoir une sécurité alimentaire, protéger l’environnement, économiser les ressources en eau, puisque l’agriculture biologique est la plus favorable au maintien des nappes phréatiques, mais aussi favoriser développement de l’emploi[2].
D’un point de vue de sécurité alimentaire, le bio est très qualitatif pour notre bien-être et notre santé. D’un point de vue de qualité des vins, nous avons le même taux de médailles que les conventionnels au Concours général agricole de Paris par exemple[3]. La qualité est liée au travail du vigneron. Le rôle de l’achat du produit est donc double pour le consommateur: avoir du plaisir avec un vin, comme en conventionnel, mais aussi préserver la nature. Il achète tout cet environnement qui va avec la bio, avec toutes les garanties de l’élaboration du produit. La certification répond à ce besoin de traçabilité, de garantie par rapport à son acte d’achat.
La réussite de la bio, liée à ces garanties, est explosive au niveau du vin.  Le taux de progression de la consommation stagnait à 2 %. Dès que les volumes de production ont augmenté, la consommation a  commencé à exploser, nous sommes rapidement passé à un taux de progression à deux chiffres.

F.M : Le bio a-t-il un prix?

P. Guiraud
J’entends souvent « le bio, c’est cher et c’est élitiste ». Je ne suis pas persuadé que le bio soit cher. Travailler avec des méthodes respectueuses de l’environnement a un coût, une valeur. Le consommateur qui achète notre produit fait un acte militant.  C’est plutôt un achat qualitatif  dans l’éthique du consommateur bio, qui englobe une refonte de comportement: gaspiller moins, manger mieux, voire moins. En faisant attention à votre consommation, votre gaspillage, acheter bio ne vous coûtera pas beaucoup plus cher.  A un moment donné, il faut faire des choix. Si l’alimentation est une priorité de votre vie, le bio n’est pas cher. Consommer bio, ce n’est pas consommer plus cher, c’est consommer mieux, différemment.

F.M : Ressentez-vous l’obligation de garantir une production derrière cet achat?

P. Guiraud: 
Il y a une production si la nature est favorable. On ne peut pas garantir chaque année les mêmes produits, les mêmes récoltes, sinon, ce n’est pas bio, on passe à un système industriel.  Nous essayons de préserver les rentabilités, d’être de plus en plus percutants et performants, mais notre premier objectif est de respecter nos engagements sous le label vins biologiques.

F.M : Que pensez-vous de la production biologique en grande distribution ?

P. Guiraud:
Ce n’est pas le lieu où les producteurs biologiques sont le plus présents. La part de la grande distribution représente 19 % et ne progresse  pas. L’essor même de la bio est de pouvoir être représenté partout, nous avons besoin de ces réseaux, mais la grande distribution n’est pas le meilleur porteur pour notre image. Un metteur en marché expliquait que l’acte d’achat doit être communicatif, le consommateur a besoin d’avoir des informations sur le produit bio. L’intérêt des magasins spécialisés et des cavistes, c’est qu’ils peuvent être le relais du message. La grande distribution offre un linéaire, sans conseil, dans une recherche de prix, de promotion, ce qui ne correspond pas à l’éthique de la bio. Le bio en low cost, ce n’est plus du bio. La vente en grande distribution représente  un volume, autour de 200 millions d’euros, ce qui n’est pas négligeable. Mais il faut rester sur une politique qualitative. La consommation passe  aussi par des moyennes surfaces et des commerces de proximité, des circuits courts. Les modes de consommation vont se restructurer.

F.M: Comment situez-vous les vins natures ou en biodynamie ?

P. Guiraud:
La bio est aujourd’hui un mouvement porteur, qui a acquis ses lettres de noblesse, basées sur une image très crédible. C’est le seul mode de conduite avec des règles européennes bien définies, avec une certification, contrôlée chez les vignerons, des contraintes. La biodynamie est une autre façon d’aborder les choses, avec les astres, des produits, une réflexion plus empirique, mais structurée, qui peut être justifiée. C’est très intéressant. Avant tout, en biodynamie, il faut déjà être certifié en vins biologiques. Les vins natures jouent sur le terme de « nature » évocateur, sur la similitude avec la bio ou la biodynamie, mais sans certification ni contrainte. La seule crédibilité, c’est la parole du vigneron. Cela me gêne. Si les vins nature étaient d’abord biologiques, cela ne me poserait pas de problème, mais la législation ne le leur impose pas. Il n’y a aucune garantie pour le consommateur que ce vin ne contient pas de pesticides. Des vignerons en vins natures qui sont déjà certifiés bio essaient de se défendre pour ne pas être usurpés par de structures qui apposent nature en faisant croire que c’est du bio. Pour le consommateur, l’amalgame est complet. Il faut être très strict sur les termes.

F.M : Quel avenir pour le bio en viticulture ?

P. Guiraud: 
Ca fait 25 ans que je suis bio.  Les producteurs « ancestraux » ont fait leur travail, suivis par des conversions massives entre 2005 et 2015.  Les vins biologiques entrent aujourd’hui dans les concepts environnementaux, COP 21, COP22, ambition 2017 bio du Ministère. Ils ont un avenir certain. Le consommateur plébiscite nos productions. Nous devons résoudre quelques problématiques techniques pour pérenniser nos cultures. La production va devenir déficitaire par rapport à la consommation.
Les gens qui ne passent pas au bio ont quelques craintes par rapport aux risques climatiques, phytosanitaires, ou de ne pas savoir affronter ces problématiques. La culture biologique demande beaucoup de connaissances, des compétences, savoir peser les risques. Elle demande en permanence une recherche pour continuer à se développer. Des formations sont assurées à Sud vin bio par deux ingénieurs agronomes qui travaillent sur l’accompagnement des vignerons.

F.M: Sur quels terrains se déroulent vos recherches?

P. Guiraud: 
Nous travaillons sur toutes les maladies (black-rot, flavescence dorée), l’enherbement, les économies d’énergies, les tracteurs électriques, des  méthodes de plus en plus respectueuses de l’environnement. Nous travaillons surtout sur la prophylaxie : la bio c’est toujours une connaissance, une identification des problèmes, et un travail en préventif. Nous avons très peu de moyens curatifs. Il faut être très attentif pour intervenir bien avant que la maladie soit en place. Le profil des agriculteurs biologiques est un profil jeune, (une dizaine d’années de moins que les conventionnels), de formation Bac + 2.
Le bio n’est pas statique, nous ne sommes pas parfaits en bio, mais nous travaillons pour  trouver des solutions pour pouvoir être de plus en plus respectueux de l’environnement. La bio dans dix ans ne sera plus la même. Nous aurons trouvé des moyens physiques à substituer à tous les autres moyens. 

F.M : Des Moyens physiques ? C’est à dire pas de produits ?

P. Guiraud: 
Du travail, de la prophylaxie, des méthodes culturales. Par exemple, pour la flavescence dorée,  nous travaillons sur des aspirateurs de cicadelles, vecteur de la maladie, au lieu de les tuer avec des pyrèthres naturels. De nombreuses techniques évoluent, pour aller plus près de la nature. La recherche demande de gros moyens financiers. Le consommateur nous donne ces moyens en achetant le produit le juste prix, en nous permettant de travailler différemment.
Le bio, ça fonctionne !

Entretien réalisé par Florence Monferran


[1] NDLR :  - 10% en agriculture conventionnelle.
[2] NDLR : La viticulture  biologique crée 50% d'emplois en plus que le vignoble classique selon l’étude de l’INRA-Sup Agro de Montpellier, en raison de tâches moins mécanisées. Elle emploie en moyenne 1,8 personne, contre 1,2 dans une exploitation classique.
[3] Lors de l'édition 2016 du Concours Général Agricole, 301 vins bio ont remporté des médailles (133 médailles d’or, 119 médailles d’argent et 49 médailles de bronze). Les vins biologiques sont régulièrement primés dans les différents concours français (Challenge International du vin, Concours des caves particulières, Concours national des vignerons indépendants)

 

Challenge Bio et Millésime Bio,
Concours et salon spécifiques  à la culture biologique

Millésime Bio 30 janvier-1er février 2017 à Marseille, Parc Chanot
24e Edition - 900 exposants
300 exposants de la région Occitanie
40 % de la production nationale en vins et spiritueux,
toutes appellations sont présentes
200 exposants étrangers - 16 pays
2016 : environ 4500 visiteurs professionnels

Le 17 janvier, le concours rassemblera 400 producteurs et 1400 échantillons. Le nombre croissant de participants au concours montre un intérêt réel pour le label du Challenge.
A sa suite, le salon mondial Millésime Bio viendra promouvoir les lauréats. Organisé par les vignerons d’Occitanie, il a été créé à Montpellier en 1993, avec une vingtaine d’exposants. Il a depuis beaucoup grossi, déménagé souvent.  En 2017, il se tiendra  à Marseille, suite à une problématique avec le salon conventionnel Vinisud sur les dates. "Il n’y avait pas de synergie avec Vinisud, les façons de travailler sont bien différentes", explique Patrick Guiraud. Il poursuit: 
« Nous sommes un salon 100% bio, les exposants ne peuvent exposer que des vins certifiés Bio, toutes les tables  sont similaires. On est là pour  exposer et faire connaître des produits, pour que  les gens fassent des affaires. Millésime Bio est organisé des professionnels, la marque leur appartient, et tout l’argent est réinvesti dans la communication. Nous limitons le nombre d’exposants (une centaine en liste d’attente), pour avoir un ratio exposants/visiteurs cohérent. Nous  essayons de gérer la croissance du salon en fonction du nombre de visites.
Au Parc Chanot, les vignerons seront regroupés dans un seul hall, de 14 000 m2,  un hall de 10 000 m2 accueillant la restauration et la vinothèque. Quasiment tous les vignerons du Languedoc-Roussillon partiront à Marseille. Les professionnels viennent pour créer leur linéaire, leur réseau commercial, ou leur base spécialisée bio.  Notre panel d’exposants est très hétéroclite, du tout petit producteur au super négociant. Tous sont mélangés, sans classification. Le seul lien entre nous, c’est l’agriculture biologique, notre lien et notre ciment ».

Sudvinbio : ZAC Tournezy - 2, bâtiment A8, rue S. Signoret 34070 Montpellier
04 99 06 08 41 - www.sudvinbio.com