Beaux Arts

Madlab 2018

3ème édition : « Thau... dans 50 ans »

Ancré au bord de l'étang de Thau, le MADLAB est un lieu de réflexion, de production et de réalisation de projets et d'évènements culturels visant la protection, la valorisation et le développement durable du patrimoine du bassin de Thau, notamment de l’activité conchylicole représentative de ce territoire.

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. - www.madlab.fr
Chemin des domaines - 34340 Marseillan

Changement climatique, urbanisation, pression touristique, pollution des bassins versants, évolution des métiers traditionnels... Le MADLAB appelle les artistes à illustrer leur vision, optimiste ou pessimiste, de l'impact de ces enjeux socio - économiques et environnementaux sur la vulnérabilité du littoral, un demain pas si lointain.

  APPEL À CANDIDATURE
Règlement du concours et inscriptions sur www.madlab.fr

CONDITIONS DE PARTICIPATION :Concours ouvert à tous les arts et à tous les artistes amateurs et professionnels sans limites géographiques , avec l'obligation de :

  • illustrer le thème imposé : « Thau... dans 50 ans », une vision, optimiste ou pessimiste, de l'environnement littoral, maritime ou lagunaire, dans les cinquante ans ou plus à venir ;
  • intégrer, par quelque forme ou transformation que ce soit, un élément de déchet conchylicole.


SÉLECTION : 30 premiers dossiers de candidature complets (détails dans le règlement).

RÉCOMPENSES : 3 Lauréats, 1 Mention spéciale ( œuvre la plus originale au regard de la valorisation des déchets de la conchyliculture ), 1 Coup de cœur du Jury, 1 Prix du public ( œuvre la plus votée par les visiteurs pendant l'exposition ) .
1 er PRIX À GAGNER : résidence de 3 semaines au MADLAB (hébergement hors repas).

DATES ET LIEUX: Inscription jusqu'au 31 /07 – Exposition collective du 11/08 au 16/09 – Cérémonie de remise des prix 07/09 aux caves Richemer -Marseillan -Plage.

 

 

Le street art : des « anonymes » qui fascinent !

Si le vandalisme est un acte condamnable par la loi, l’art urbain (ou street art) doit-il être considéré comme tel ? Derrière ce mouvement se cachent des réalités bien diverses allant du simple graffiti peu travaillé à de véritables chefs d’œuvre. Se pose alors la question de la légalisation de l’art urbain. Néanmoins, n’est-ce pas le caractère illicite du projet qui lui donne une valeur supérieure ? Ces artistes recherchent-ils l’esthétique ou la provocation ? L’art urbain est-il un moyen d’expression ou une simple révolte ? Un peu comme le débat sur la légalisation du cannabis, accepter ouvertement et pleinement l’art urbain conduirait-il à des « dérives » encore plus importantes ? L’art urbain n’est-il pas en réalité un appel de détresse ?


DEIH
- "Are you ready?
rue Ulysse Darracq -Bayonne

http://www.blublu.org/sito/walls/2010/big/021.jpg
Blu et Os Gemeos à Lisbonne
le roi du pétrole aspirant le monde


JR/Marco Berrebi
Editions alternatives

 

Des réalisations prodigieuses

L’art urbain est un art très vaste et varié, en perpétuelle mouvance. Il désigne l’art réalisé dans la rue et existe sous de multiples formes : le graffiti, le pochoir, les stickers, la peinture, la projection vidéo, etc.  Il est parfois à tort ou à raison qualifié de vandalisme, car détériorant un lieu public. Cependant, certaines de ses productions sont véritablement stupéfiantes. À ce propos, le site Widewalls, spécialisé dans l’art et ses dernières tendances, a recensé en 2017 les 55 plus belles œuvres de street art au monde et c’est dans le Pays basque à Bayonne que se trouve la plus plébiscitée d’entre elles. Il s’agit d’une femme portant un casque et un blouson qui semblent être reliés par un tas de fils et connexions et s’insérer directement dans les méninges de celle-ci. La femme tient dans ses mains écartées les extrémités de ce qui raccorderait et alimenterait le circuit entier. Enfin des tuyaux émanant du casque laissent sous-entendre que toutes ces liaisons consumeraient le sujet lui-même. Pour Widewalls, la fresque est une réflexion fabuleuse sur l’importance et le poids de la technologie dans les sociétés occidentales. Si le message est limpide, la technique n’en demeure pas moins soignée ; les couleurs intelligemment assemblées et les jeux d’ombre bien choisis et mis en scène donnent au tableau une force saisissante. L’artiste espagnole Deih à l’origine de cette œuvre intitulée « Are you ready ? » est originaire de Valence et peint depuis une vingtaine d’années dans les rues. Les anonymes de l’art urbain acquièrent alors parfois malgré eux une certaine notoriété. 

Un art engagé

Au-delà des critères artistiques, c’est parfois le message ou l’engagement qui priment sur le côté purement artistique de la réalisation. L’art urbain joue alors le rôle de messager ou de moralisateur. Il vient pour redonner une vision transparente et intelligible à ceux dont le regard et les sens ont été obstrués. L’art ici vise à dénoncer pour faire ouvrir les yeux, prendre conscience de certaines réalités qui devraient être repensées. Il peut ainsi condamner des mesures ou des comportements politiques, des injustices, s’attacher à défendre la condition de minorités exclues, exprimer des difficultés, une colère, etc. Ces œuvres dénoncent les turpitudes des hommes ou peuvent même se montrer visionnaires en alertant la population sur les dangers auxquels nos sociétés pourraient s’exposer. Ainsi à Lisbonne, l'artiste argentin Blu et les jumeaux portugais Os Gemeos , avec l'œuvre ci-contre mettent en exergue les puissantes organisations pétrolières qui « aspirent » le monde. On voit sur l’œuvre en question le globe terrestre qui se dissipe et se réduit considérablement pendant que les rois du pétrole se développent. En outre, il revendique une véritable liberté d’expression, l’engagement est donc double : à la fois par le message qu’il souhaite véhiculer, mais également à travers le moyen de le faire, car selon les pays, s’adonner au street art est passible de sanctions sévères.

Un appel à l’aide

 Mais au-delà de l’esthétisme, au-delà même de l’esprit contestataire, l’art urbain apparait parfois comme étant un appel au secours. En ce sens, il n’est plus une simple dénonciation, il ne traduit plus simplement une aversion, il incarne le désespoir, une détresse profonde, un cri d’alarme ! Les artistes JR et Marco ont ainsi mis en place un vaste projet en 2007 baptisé « Face 2 Face ». Ce dernier consista à coller face à face des photographies gigantesques d’Israéliens et de Palestiniens exerçant le même métier de part et d’autre du mur de séparation. Selon ces artistes, le projet visait à montrer à ces populations qui se déchirent à quel point elles se ressemblent, encourageant la mise en place de solutions pacifistes pour résoudre le conflit. JR et Marco ne sont pas les seuls à s’être insurgés. Depuis la construction du mur en 2002, celui-ci a été l’objet de nombreux graffitis et réalisations mettant en lumière l’affliction des populations et leur désir de liberté. Banksy, pseudonyme d’un artiste aussi énigmatique que talentueux, fait incontestablement partie de ceux qui ont marqué par leur subversivité. Il ouvre un hôtel à Bethléem en Cisjordanie en mars 2017 pour sensibiliser la communauté internationale sur le mur et la réalité des populations : le Walled Off Hotel (l’hôtel séparé par un mur). Banksy souhaite rappeler les conséquences politiques de la déclaration de Balfour en 1917, texte reconnu comme étant un des actes fondateurs de l’État d’Israël, du nom du ministre des affaires étrangères britannique de l’époque marquant la prise de contrôle des Britanniques sur le territoire palestinien. Selon Banksy, c’est une décision « qui a conduit à un siècle de confusion et de conflit ». Le site précise que l’hôtel « accueille chaleureusement les visiteurs venus des deux côtés du conflit et du monde entier. » Les chambrent qui donnent sur le mur de la honte (qualificatif donné par certains en référence au mur de Berlin lui-même recouvert de graffitis, slogans et peintures en tout genre) offrent « la pire vue du monde » selon Banksy.

Tony Toilier

 

MaCO K live Musee a ciel ouvert Sete 2015 BaultLe MaCO à Sète

Si New-York a son MOMA, Shanghai son MOCA, Sète en toute modestie a son Musée à Ciel Ouvert.
Depuis 2008, des artistes phares du mouvement Street-Art se sont succédé, invités par le festival K-LIVE : C215, PHILIPPE BAUDELOCQUE, ROMAIN FROQUET, ALËXONE, MAYE, L’ATLAS, POCH, M.CHAT, EPSYLON POINT, JAN KALAB, CLET, BAULT, STEW, CHANOIR, JONNYSTYLE, PABLITO ZAGO, CLAIRE STREETART, SPOGO, JULIEN SETH MALLAND, KASHINK, MONSIEUR QUI, GODDOG, PEDRO & KAZ, LES MONKEY BIRD, SATONE, CODEX URBANUS, MADEMOISELLE MAURICE, RELLE, SUNRA, QUENTIN DMR, LEVALET. En laissant leurs empreintes dans des lieux en friche, ou sur les murs de la ville, ils ont enrichi le Musée à Ciel Ouvert (Le MaCO de Sète), une balade artistique et pittoresque le long des quais, sur les canaux ou encore dans les ruelles typiques du quartier haut. Un Musée à Ciel Ouvert pour une Ville Galerie ! 

 

 

 

Picasso : « un poète qui a mal tourné » ?

Picasso : « un poète qui a mal tourné » ? Cette citation de l’artiste lui-même nous révèle une facette méconnue de celui qui s’est notamment illustré à travers la peinture, la sculpture et le dessin. Véritable génie des arts, l’œuvre de Picasso et son talent semblent sans limites.


Picasso poète

 

Anticonformiste en tout genre

Si le coup de pinceau de Picasso est reconnaissable de tous, sa plume l’est également ! Le poète est aussi atypique que l’était le peintre. À ce propos, voici la manière dont il s’exprimait concernant sa peinture : « je mets dans mes tableaux tout ce que je veux, tant pis pour les choses. Elles n’ont qu’à s’arranger toutes seules. » Picasso n’obéit à aucune règle. Il s’exprime avec spontanéité et instinct. En cela, ses écrits sont exceptionnels et le style de l’écrivain est facilement identifiable. Le style Picasso est tellement singulier et personnel que ses poèmes n’ont pas besoin de signature pour être reconnus. On ne peut pas déterminer précisément la date à laquelle il commence à écrire, néanmoins on sait qu’il s’agirait d’une période durant laquelle sa vie privée bascule : liaison secrète avec Marie-Thérèse Walter dont il attend un enfant, instance de divorce avec sa femme Olga Kohklova, etc. On suppose qu’il aurait commencé à écrire dans les années 1935.

Un esprit créatif infini

Picasso aurait écrit entre 350 et 400 poèmes. Il a également composé plusieurs pièces de théâtre telles que Le désir attrapé par la queue, Les quatre petites filles ou encore L’enterrement du comte d’Orgaz. Il écrit sur des supports aussi variés que le papier d’Arches (support luxueux) jusqu’au papier hygiénique. Ses productions littéraires ou pittoresques laissent volontairement planer un sentiment d’inachèvement recherché par l’artiste qui s’exprimait ainsi : « Achever un tableau ? Quelle bêtise ! Terminer veut dire en finir avec un objet, le tuer, lui enlever son âme ». Tout chez Picasso que ce soit ses œuvres elles-mêmes, ses procédés ou ce qu’il véhicule poussent à la création, à la réinterprétation et au renouvellement ! Picasso avait de l’aversion pour ce qui est immuable ! C’est peut-être la raison pour laquelle il a déclaré : « Les ordinateurs sont inutiles. Ils ne savent que donner des réponses ».

Derrière l’écrivain, le peintre sommeille

Pour certains détracteurs, l’écriture est chez Picasso un moyen pour faire oublier son incapacité à produire de nouvelles œuvres plastiques. Cependant, l’évolution de son style et la concomitance entre ses productions écrites et plastiques permettent de dissiper les doutes. Poésie et arts plastiques iraient alors de pair. D’ailleurs, on retrouve dans ses ouvrages de nombreuses allusions à la peinture. On devine alors le peintre lorsqu’on lit le poète ! Des objets banals peints sur ses tableaux deviennent des sujets dépeints dans ses écrits : « Les tableaux on les fait toujours comme les princes font leurs enfants : avec des bergères. On ne fait jamais le portrait du Parthénon ; on ne peint jamais un fauteuil Louis XV. On fait des tableaux avec une bicoque du Midi, avec un paquet de tabac, avec une vieille chaise. » Picasso était bien plus qu’un peintre, c’était avant tout un créateur, un architecte des arts.

Tony Toilier

 

Evelyne Tschirhart

Peintures, photographies, littérature


Née à Paris, Evelyne Tschirhart vit dans le département de l'Hérault depuis 14 ans.
Peintre de formation et professeur d'arts plastiques, Evelyne Tschirhart a aussi enseigné le français dans un Institut de langues étrangères à Pékin, pendant deux ans et demi, avant d'exercer de nombreuses années dans un collège de la région parisienne.
Artiste aux talents multiples, elle a à son actif de nombreuses expositions en région parisienne et en Languedoc.  Elle est aussi l'auteure de nombreux livres dont plusieurs, publiés dans de grandes maisons d'édition, ont été remarqués et faits l'objet de critiques élogieuses.

 


Paysage de Montagnac – huile sur panneau 2010
  
Domaine à Servian        Cirque de Mourèze     Portraits de Rose         Pezenas - (huile sur toile 2008)
 

"Ma peinture (à l'huile) est figurative et s'exerce dans les domaines du paysage, de la nature morte et du portrait. La peinture est exigeante, elle demande travail, discipline et modestie. Si elle se soumet au réel, à l'objet présent, elle essaie de révéler une intériorité, une vie qui l'arrache au temps. La photographie me permet de saisir le réel pour lui donner une dimension onirique grâce au mixage avec la peinture, la gravure ou des matériaux comme le plastique. Au cours de promenades ou de voyages, le photographe sélectionne ce qui l'attire et en fait son miel. Ce qu'il dérobe au réel est ensuite retravaillé, remis en perspective pour aboutir à un univers parfois insolite mais où la recherche de la beauté est toujours présente. C'est dans cet esprit que s'inscrivent les travaux mixtes." - Evelyne Tschirhart

 

Passionnée par les paysages de l’Hérault qu’elle arpente avec son appareil photo, E. Tschirhart a conçu l’idée de réaliser une série sur les ceps de vigne qui présentent des formes intéressantes, parfois insolites, souvent torturées et riches en textures et matière. Les photos en noir et blanc ont été détournées de leur sens anecdotique pour être intégrées dans un champ différent où la couleur et les effets de matière exaltent leurs formes et les transforment en personnages fantasmagoriques.

Série les ceps de vigne (photo/peinture)

E. Tschirhart aime travailler par séries car la répétition permet de jouer infiniment sur un sujet et de le multiplier sans qu’il ne soit jamais identique, comme dans les Portraits chinois ou les Médée où la même statue revêt différentes apparences.

Série les Médée (photomontage sur papier)

Portraits chinois photo/peinture

La série des architectures à Singapour a donné lieu à un travail de transformation de la couleur, de solarisation de recadrages visant à rendre ces architectures énigmatiques.


Singapour la Sublime (exposition 2016)

Celle des « transparences » est un travail particulier sur le verre quand il est exposé à la lumière.  "Ces transparences ont le verre épais des bouteilles dans la lumière du matin. Elles laissent entrevoir des paysages incertains où minéraux et végétaux semblent habiter un monde fermé, bombé, souterrain, tantôt lumineux, tantôt obscur. La photographie invite à l’exploration de cet univers où l’imagination se condense et se fixe comme des perles d’eau et fait surgir des visions étranges d’eaux dormantes sur des lits caillouteux.


Transparences (2015)

Livres

  • Deuxième retour de Chine (en collaboration avec Jacques et Claudie Broyelle) Le Seuil 1979
  • L’école à la dérive, éditions de Paris Max Chaleil 2004
  • Des élèves malades de l’école, éditions de Paris Max Chaleil 2012
  • Le tranchant de la lumière (roman) éditions Terra Cotta 2013
  • L’école dans les séries TV françaises –Miroir de notre décadence, éditions Tatamis 2014

Livres de photos:

  • Les parapluies de Lodève éditions Flam 2012
  • Serres et plastiques, éditions Flam 2013
  • Transparences, éditions Flam 2014
  • Les platanes, éditions Flam 2014
  • Singapour la Sublime, éditions Flam 2015
  • Sido et autres histoires de chats, éditions Flam 2017

LE BODY ART : LE CORPS DE LA LOI, LE CORPS HORS LA LOI

Orlan : American Indian self-hybridization 5
Le Body Art constitue une réflexion sur l'homme en tant que corps. Les modalités du genre rompent avec la vision hegelienne de l'art et les nus idéalement beaux de la Renaissance. Il met l'accent sur ce qui était considéré jusque là comme esthétiquement laid ou moralement condamnable: à savoir le corps banal, rompu, désindividualisé, blessé et révélateur d'oppressions et de sévices. En ce sens il pénétre de ses brèches l'intact et la prétendue perfection. Faisant abstraction d'un objet médiateur il passe enfin directement par le corps de l'artiste. Sa propre chair est parfois mutilée sans souci de ce que la culture classique occidentale pourrait nommer le « péché contre nature » si l'on entend par nature la préservation du corps tel qu'il est donné.

Sous ses différentes formes le Body Art a réinventé toute une stratégie de la monstration du corps, de sa banale monstruosité en posant les questions des limites entre intériorité et extériorité, proximité et de distance. Devenant son propre œuvre l'artiste dans ce type d'approche ne cesse lui-même de se remettre en cause à l'image d'Orlan par exemple. On se souvient combien le public et la critique réagirent de manière négative à ses atteintes portées à son corps. L'artiste fut taxée de troubles mentaux et son œuvre fut le symptôme rattaché à divers types de pathologies : exhibitionnisme, masochisme, perversion, narcissisme, mégalomanie. Tout cela bien sûr avant que l'oeuvre ne jouisse de la reconnaissance institutionnelle et muséale.

L'artiste eut l'occasion et surtout l'audace, à côté d'une Cindy Sherman, de mettre en scène un corps extrême. Elle amena à interroger les frontières entre la perversion et la sublimation, le rôle civilisateur de l'art ou son utilisation commerciale. De même que le trivial et le tragique, le respect ou le mépris, le sérieux ou la dérision, l'altérité ou la déshumanisation. Une telle auto-brutalité physique ouvrit à une violence conceptuelle qui eut un impact sur les atteintes au corps comme sur la conception et la représentation sociales.

Pionnier du genre l'actionnisme viennois procéda à une approche autodestructrice voire avilissante d'un corps censé symboliser et stigmatiser les tabous dictés par une société considérée comme répressive. Il donna lieu à des performances aux scenario où s'entremêlaient le cas échéant matières fécales, sang et animaux sacrifiés, le tout dans une « ambiance » implicitement ou explicitement sexuelle qui ne faisait que renforcer la part d'interdit qui pesait sur elles. En lacérant leurs parties génitales, en buvant leur urine, en égorgeant des animaux, les actionnistes viennois illustraient à leur manière la fraîcheur dévastatrice de macérations d'un nouveau type et la forme contondante d'une iconoplastie inconnue dans le registre de l'art.

Soudain l'art est sorti d'un espace exemplaire de la sublimation définie comme ce qui échappe à la tyrannie du corps. Selon Freud cette sublimation était la « capacité d'échanger le but sexuel originaire contre un autre but. (…) Sublimer, c'est être capable d'abandonner l'expression direct du corps et de ses désirs pour opérer un transfert de libido sur des objets sociaux valorisés. Cette opération valeureuse demande du renoncement, du contrôle, de l'idéalisation, le respect de formes supérieures de conscience ». Le Body-Art s'inscrit donc en faux contre le nécessaire détournement des pulsions dont parlait le père de la psychanalyse. Ou plutôt ses approches proposent une détournement autre. Il implique tout un long processus de transformation voire d'idéalisation néanmoins très difficilement perceptible dans la mise en spectacle d'atteintes corporelles au sein de performances.

Elles sont d'autant dérangeantes que, par effet de miroir, celui qui les regarde s'y voit interloqué de la manière la plus pressante puisque son corps lui-même est sollicité. Lorsque Gina Pane est allongée sur une grille sous laquelle sont brûlent des bougies ou lorsque Ana Mendieta s'entaille le corps avec une lame de rasoir et avale son sang, par leur corps dolent elles cherchent à partager un rite avec le public. Il n'a de sens que par sa présence. La démarche est construite en vue de susciter une réaction épidermique voire traumatique chez un spectateur qui n'y est pas forcément préparé. D'autant qu'il ne possède pas la conscience des étapes de la préparation de l'oeuvre ni des commentaires qui lui permettraient en direct d'appréhender un tel sacrifice.

Ces divers types d'auto-agression par effet-psyché deviennent une agression volontaire du spectateur loin de tout effet de métaphore cher généralement à l'art. Du moins tel qu'on le concevait jusque là. Emergèrent dans les années 70 du siècle dernier les premiers exemples de déconstruction systématique des cadres mentaux et physiques qui délimitaient traditionnellement les frontières de l'art. Il y eut effraction stratégique, passage à l'acte dont la conservation de la mémoire de l'événement put avoir (chez Ana Mendiata par exemple) divers types d'enregistrements.

L'artiste cubaine trouva un moyen de refuser les circuits d'expression classique par ces choix de mises en scène. Elles présentaient toutes les apparences de la pulsion mais permirent à l'artiste de sublimer sa démarche et la dimension poltique de son travail. Altérer le corps est donc toute sauf une absence de pensée. Celui-ci est considéré comme seul support. Le « produit » artistique n'est plus distinct du corps de l'artiste. Le spectateur ne fut pas indemne. Sa notion de plaisir y fut quelque peu contrarié ( et c'est un euphémisme). Révélant le plus intime du corps le choc de Body-Art fut violent. Il était d'ailleurs voulu comme un dialogue capable de viser l'inconscient par ses images « trauma ».

Face à des corps impurs, souffrants, troubles, inquiétants les pouvoirs (politique, économique, idéologique, moral, religieux) crièrent d'abord au scandale. Les artistes incriminés firent désignés comme des complices de toutes les transgressions. Néanmoins la permissivité institutionnelle accepta relativement vite ces pratiques sulpiciennes. Si bien, que les artistes poussèrent plus loin leur « actionnisme » pour repousser les frontières de l'acceptable, détruire les canons de l'esthétique, remplacer le couple de l'art et du beau par celui de du monstre et de la réalité. Néanmoins et en dépit de leur dimension contestataire, de telles œuvres ont acquis un statut socialement valorisé par l'entremise des galeries et des musées qui ne voulurent par rester à la traîne. Dans le contexte d'un marché de l'art ce contre-exemple fut récupéré et commercialisé sous forme de spectacle ou de produits dérivés (enregistrement vidéos, photos par exemple). Bref il rentra dans le circuit.

D'autant qu'en prenant le corps pour objet d'effraction l'art se rapprocha des techniques d'imagerie médicale qui surgirent à la même époque. Dans les deux cas il fut possible d'assister à une forme de décontexualisation voire de désacralisation. On peut d'ailleurs le constater de manière « molle » jusque dans les séries télévisées populaires. Avec les « Experts », « NCIS » ou autres « Bones » l'enveloppe du corps s'ouvre pour laisser place aux autopsies de cadavres,. Dans le même temps avec les maquettes graphiques de l'imagerie médicale, il devient possible de décomposer le corps hors mise en scène comme c'était le cas dans les premières planches anatomiques. Le corps y était disséqué dans un décor ou en diverses postures. Désormais la représentation du corps humain se détache de son sujet. Sous l'aspect spectaculaire de la représentation, l'intérieur du corps humain laisse place à des corps neutres, neutralisé, dé-visagé. Il devient sinon transparent du moins translucide et quasi un objet d'exposition publique.

Néanmoins cette neutralisation et cette désacralisation pour les artistes du Body-Art sont le signe de la libération physique ainsi que d'un mépris des tabous des représentations et des savoirs. En faisant du corps humain un objet d'art et la matière première du geste esthétique le corps sacré, reflet de l'âme, fait place à un corps dont l'individu se sent non « dépris » mais propriétaire. L'artiste entend en faire usage pour enrayer les circuits et les schèmes des images admises.

Un tel art redéfinit par ailleurs le droit de la propriété littéraire et artistique. Jusqu'ici il a traité le body-art via les débats sur la possibilité de protéger le droit de propriété performance. N'en demeure pas moins ouverte la question relatives à la dignité et à la non-commercialisation. du corps humain.

La question est loin d'être réglée. En questionnant l'identité et l'intégrité du corps, le Body Art expose et met en scène, les questions de la délimitation du corps et des conditions de l'atteinte à son intégrité. Dans ce cadre le body-art teste les limites de la loi et de l'éthique et pose notamment l'articulation de différents droits de l'homme attachés au corps vivant ainsi que celui du droit à l'intégrité et le droit à l'autonomie.

Le Code Civil français prévoit que « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie. Toutefois la Cour européenne des droits de l'homme a précisé que la faculté pour chacun de mener sa vie comme il l'entend peut également inclure la possibilité de s'adonner à des activités perçues « comme étant d'une nature physiquement ou moralement dommageable ou dangereuse pour sa personne ». Tout reste donc ouvert.

On peut toutefois s'interroger sur les limites d'un tel mécanisme et sur les débordements éventuels d'artistes qui pourraient sans parler de forcément de symptômes psychopathologiques être débordés par leur œuvre. Les questions « Où s'arrête le droit à l'autonomie ? », « Où s'arrête le droit d'auteur ? », « À partir de quel stade le droit devrait protéger l'individu contre lui-même » ne sont pas vaines mais le Body Art aura eu – entre autres – le mérite de poser la question de cette limite depuis près de cinquante ans

A ce titre le « Shoot » de Chris Burden est significative. Dans un centre d'art en Californie, en 1971, Burden reçut une balle tirée par un ami dans le bras gauche. Il voulait par cette action comprendre pour et par lui-même les forces qui président à nos mouvements : « Je voulais que ces choses soient réellement là pour qu'il soit impossible de se faire des illusions à leur sujet ». Burden chercha aussi à rendre le réel par l'horreur banalisée, à démystifier certains choix et le romantisme de certains symboles,.

Burden était bien sûr consentant. Néanmoins certains se demandèrent si le droit ne devait pas interdire ces démarches même si elles étaient faites au nom de l'autonomie et de la liberté artistique. Pour des juristes le consentement de la victime d'une infraction pénale même dans le cadre d'une démarche artistique, ne devrait pas protéger son auteur de toute sanction. Le droit à la liberté individuelle ne devrait pas abriter les comportements portant atteinte au corps humain de façon aussi violente

D'autant que parfois le public qui prend part à l'acte de violence. Lors de ses Happening Marina Abramovic livre son corps au public en annonçant : « Faites de moi ce que vous voulez », mettant à sa disposition des outils de torture (couteaux, haches, seringues, fouets), mais aussi des fleurs. Elle fut parfois maltraitée, ses vêtements arrachés, on braqua même sur elle un pistolet chargé.

L'intention de blesser est manifeste dans cette performance. Mais il existe aussi d'autres atteintes à l'intégrité du corps plus troublantes encore troublante. Que penser du chirurgien qui a implanté une troisième oreille sur l'avant bras de l'artiste Sterbak ? Une telle opération contrevient aux dispositions du Code civil, selon lequel il ne peut être porté atteinte à l'intégrité du corps humain qu'en cas de nécessité médicale. Si Stelarc est parfaitement libre de désirer modifier son apparence corporelle, son chirurgien bénéficie-t-il d'une protection par écho du fait de la nature artistique et expérimentale de son « patient » ?

C'est bien là tout le problème généré par body art. Et ce même dans des actes plus anodins dont il n'est qu'une modalité plus symbolique que physique. C'est le cas de la bulle de savon soyeuse et brillante de l'artiste mexicaine Teresa Margolles exposée au musée d'art moderne de Francfort en 2004 avant qu'elle n'explose au nez des visiteurs. Une telle bulle n'était pas un rond de savon ordinaire. L'eau dont elle était constituée provenait d'une morgue, plus précisément, de la douche dans laquelle les cadavres sont lavés. Le morbide, se heurte là à un des derniers tabous en art : la mort entre écoeurement et de fascination. Un tel acte seraient répréhensible dans n'importe quel lieu public, il devient parfaitement acceptés – qui plus est valorisés comme une démarche créatrice – lorsqu'il a lieu dans un tel musée

La performance ou le happening arracherait la violence de l'acte réel par effet de jeu et de re-présentation.. Il le soustrairait aux menaces du Code pénal. Même si cela ne règle pas tout. Néanmoins le Body art a le mérite de désacraliser le corps de la loi, la loi par le corps. L'art prouverait donc que le droit à l'autonomie présenterait une condition « spatiale » et un caractère relatif. L'art corporel met ainsi en lumière la nature contingente des dispositions relatives à l'autonomie personnelle quels que soient les risques inhérents à ses « jeux »..

Il oblige à reconsidérer notre conception du corps et de la liberté et sape les fondations traditionnelles du droit. Au moment où de tous côtés le droit de la personne est de plus en plus érigés en garant des libertés l'avancée artistique ouvre des séquences instables. Le Body Art, aussi choquant qu'il soit reste à ce titre l'exemple de ce que l'art a de plus sublime et louable. Le choc qu'il propose en est la preuve irréfutable mais dans la seule mesure où comme chez Mendiata, Pane ou Orlan, il ne se réduit pas à la gesticulation mais à un rituel.

Jean-Paul Gavard-Perret.