Florensac

Zeus contre Chronos à Florensac

En ce début d’Octobre 2018, nous avons eu un magnifique orage sur la ville et, au moment paroxysmique, un formidable éclair déchira le ciel et frappa de plein fouet le clocher de l’église ; certes le campanile métallique était une main tendue à ce déchaînement électrique, mais quand même…

Il est facile de savoir à quel moment précis survint ce drame météorologique, il suffit de regarder l’horloge du clocher, horloge qui s’est arrêtée dans la nuit à 11 heures et 12 minutes, heure fatidique où notre bel édifice fut foudroyé.

Depuis l’angélus et les heures ne sont plus sonnées, peut-être quelques catholiques fervents y verront une intervention satanique, pour ma part, je préfère rêver à notre belle antiquité païenne, époque bénie où les dieux se livraient une bataille Homérique au dessus des humains rampants : cette nuit-là, Zeus, équipé de la foudre, vaincu Chronos privant l’humanité du maître du temps en frappant sans vergogne le clocher de Florensac, stoppant net la course des aiguilles temporelles d’habitude si dociles…

En terme grivois, descendant de l’Olympe, sa résidence douillette, Zeus est venu foutre une rouste à ce prétentieux de Chronos trop admiré par ces humains ingrats.

En attendant, en bons agriculteurs, nous goûtons avec délice à cette manne céleste qu’est la pluie, bienfait tant attendu, et, pour une fois, rendons grâce au grand Zeus.

Dominique

Denis Nepipvoda honoré par Florensac


 

Dimanche 27 août sur la place de Florensac, Vincent Gaudy a remis les médailles de la ville à plusieurs personnalités méritantes. Parmi elles, Sébastien Denaja, ex député de l'Hérault pour son travail et sa présence active dans et pour la région et Denis Nepipvoda, guide conférencier auprès de l'office de tourisme de Pézenas, pour avoir su mettre en valeur et faire aimer le patrimoine de la ville de Florensac. Celui-ci, modeste, affirma "n'être qu'un passeur de connaissances, afin que le public prenne conscience de la beauté de son patrimoine". Que les maires présents se le tiennent pour dit. Vincent Gaudy a su le reconnaître, et lui même a apprécié ces visites guidées qu'il a suivi.

La remise des médailles a été suivie d'une brasucade dans une ambiance conviviale et musicale grâce à la fanfare.

 Florence de Martino

De la marginalité chez les oies sauvages

Un après midi,  dans le ciel de Florensac.

 

Jonathan livingston le goéland

" Mes frères ! s'écria Jonathan. Mille années durant, nous avons joué des ailes et du bec pour ramasser des têtes de poisson, mais désormais nous avons une raison de vivre : apprendre, découvrir, être libres !"Jonathan Livingston n'est pas un goéland comme les autres. Ses parents, les autres membres de son clan, ne voient pas plus loin que le bout de leurs ailes. S'ils volent, c'est uniquement pour se nourrir. Jonathan, lui, vole pour son seul plaisir. Et en volant toujours plus haut, toujours plus vite, il sait qu'il découvrira un sens plus noble à la vie. Effrayés par son audace, ses semblables le rejettent. Mais Jonathan va se faire de nouveaux amis...

Jonathan Livingston le goéland  

   

 Je ne suis pas un naturaliste professionnel, mais, vivant dans la nature en amateur, il m’arrive fréquemment d’avoir le nez en l’air, aujourd’hui, je jardine, c’est une activité paisible qui ne perturbe en rien ma tranquillité d’esprit, ça ne m’empêche pas d’entendre les oiseaux, or il est un chant que je reconnais entre tous, c’est le « crouac » des oie sauvages, quand il retentit, je sursaute, lâche promptement ma pioche et me faufile entre les arbres pour vite observer le passage des oiseaux migrateurs, là, un arrêt est tout à fait justifié …

Allons voir passer les seigneurs de l’azur.

C’est un spectacle fascinant, ces vols parfaitement organisés, ces escadrilles poétiques qui franchissent des espaces immenses, ignorant tout des frontières et autres mesquineries humaines. Guidés par un instinct immuable, ils se décident chaque année, au printemps, à partir en quête d’autres continents où les cieux sont plus à leur goût, satisfaisant au mieux à ce que nous appelons scientifiquement des besoins physiologiques fondamentaux.

 Nous, humains ébahis, les pieds collés au sol, les voyons passer sans y comprendre rien. Pour nous rassurer, nous donnons à ce phénomène un nom, emprunté à la platitude de notre vocabulaire : « passage d’oiseaux migrateurs ».

Une fois passés, nous replongeons nos regards vers nos fébriles activités : gratter le sol, gratter le papier, en quête d’un bête confort matériel.

Ainsi, il nous arrive fortuitement que notre attention soit attirée par le bruit insolite et discret du frôlement de leurs ailes affûtées, qui fendent l’air en douceur, d’autres espèces plus démonstratives accompagnent leur vol de quelques manifestations bruyantes, sortes de signes conventionnels que les aviateurs imitent dans leur radio de bord en ces termes : « pilote à co-pilote ; comment me recevez-vous ? Parlez ». Traduisez en langage d’oies sauvages, plus concis : « crouac ! ».

 

Mais, ce qui nous subjugue le plus, c’est la parfaite organisation de ces vols. Ces formations en V, impeccables, où chaque individu se place en léger décalage par rapport à celui qui le précède, trouvant ainsi une trajectoire économique en énergie, ce qui donne à l’ensemble une cohésion aérodynamique, dont le rendement est supérieur à la somme des énergies individuelles… Le tout se déplace au mieux, en ondulant, au fil des fluctuations atmosphériques …   Superbe !

Chez nous, les humains, ce phénomène est exploité, par exemple chez les coureurs cyclistes, qui économisent leurs efforts musculaires en restant dans le sillage décalé de ceux qui les précèdent, et, comme le font les oies sauvages, en bons équipiers, relayent les hommes de tête.

Tout cela est magnifique, quasi-parfait, mais, il y a un « mais ».

Là ! Je vous attendais au tournant : depuis de très nombreuses années de vie terrestre, confronté aux phénomènes merveilleux que nous offre la nature, et donc l’observation des passages des oiseaux migrateurs, il est un détail surprenant qui me frappe à chaque fois : en queue de ces fascinantes escadrilles, à quelque distance de ces groupes sociaux disciplinés, immanquablement apparaît un individu original hors formation, à la remorque, battant laborieusement des ailes, suivant une trajectoire hésitante, visiblement moins préoccupé par la bonne marche du groupe que par une quête de valeurs plus personnelles. Un marginal, en quelque sorte.

Je dois l’avouer, cet être original a toujours éveillé en moi un sentiment de sympathie, et à chaque fois que passent oies cendrées, cigognes, canards ou tourterelles, je cherche en queue de peloton l’hurluberlu, l’espiègle, le facétieux, le non-conformiste, l’original, celui qui, tant bien que mal, suit à distance cette belle société. Société en forme de fer de lance, sûre, efficace, rassurante ; il est là, se débattant, s’épuisant, il doit penser à toute autre chose qu’à l’axe Sud-Nord, et, pourquoi pas, peut-être, le soir venu, rejoignant ses congénères au bivouac, essoufflé, il leur confie le résultat de ses recherches personnelles : « dites, les gars, je crois que j’ai trouvé un truc intéressant : il semblerait que le carré de l’hypoténuse soit égal à la somme des carrés des deux autres côtés … ».

Alors, soit le groupe est arrivé à un stade de développement suffisant, et accueille ce nouveau précepte pour faire avancer leur civilisation propre, comme chez nous Pythagore dans l’Antiquité, soit le groupe réunit des êtres frustres, auquel cas il lui sera répliqué : « Ta gueule, connard, ton triangle-rectangle, on n’en a rien à foutre ». Voir Galilée au Moyen Age ! Et lui de retourner dans son isolement en maugréant : « Et pourtant, elle tourne ! ».

Ce soir, comme d’habitude, il ira manger froid, mais, demain, en se baignant dans l’Etang de Thau, il verra bien si le poids de son corps est égal au poids du volume d’eau salée que son corps aura déplacé.

Voyez l’importance du marginal dans une société.

Ceux qui, comme moi, ont lu le roman initiatique de Richard Bach : « Jonathan Livingston le Goéland » auront été sensibles à l’évocation de ce drôle d’oiseau, qui cherche à dépasser sa condition d’être ordinaire, à ajouter un plus aux simples besoins élémentaires : manger, boire, dormir et se reproduire. Voilà, voilà …

Maintenant, je dois vous confier une de mes dernières aventures saisonnières : comme chaque année, ce printemps encore, ponctuelles, les oies sont passées, « crouac, crouac, nous voilà ».

Dans le ciel, un V parfait, avec les deux branches presque égales, l’angle idéal de 67° parfaitement maintenu dans une harmonie irréfutable, digne des pentes parfaites du Mont Fuji. Je m’extasie, goûtant cette bouffée de poésie pure, mais, guidé par mon travers personnel, et selon mon habitude, je cherche le marginal, le « Jonathan Livingston » de service, et je constatais le ciel désespérément vide, y aurait-il une exception à cette règle sociologique ? Où est-il donc, ce bougre ? Bientôt à l’horizon va disparaître ce beau vol d’oies cendrées. Déçu, perplexe, je renonce, quand soudain un nouveau « crouac » m’extrait de mon labeur de terrien ordinaire. Le voilà ! Il est là, enfin, esseulé, poursuivant sa route approximative, battant des ailes, celui que j’attendais, le marginal du Vol 114 du 9 Mars 2017, à 18 H 34 à la verticale de Florensac, en provenance d’un Sud cardinal, pour un Nord impérieux. Ouf !

Rassurante nature, je rentrerai ce soir serein, heureux de partager avec ces êtres sublimes ma poétique biosphère.

Dominique Coëchon

 

Sylvie la boulangère

Aujourd’hui, je vais braquer mon projecteur sur un être hors du commun, quelqu’un qui cultive l’art de faire plus que le quotidien normal, je veux dire « le manger, le boire et le dormir ». Il s’agit de Sylvie la boulangère de la rue de la République ; toujours avenante et joviale, et qui n’est pas blasée par l’abondance de la clientèle, qui d’habitude lasse les gens trop sollicités. Et en plus, cela dure depuis plusieurs années, mais son apanage, son point d’orgue, ce qui la différencie du commun des mortels, c’est le panneau qu’elle a placé devant sa boutique pour y inscrire au quotidien et à la craie une formule philosophique ou une fête à souhaiter. Elle puise ses citations dans le recueil des 2300 citations du monde entier de Karl Petit, comme par exemple pour la vantardise : « en France, tout le monde est un peu de Tarascon ». Aujourd’hui, c’est plus succinct, on fête les Monique. Mais je me permets de citer une grand-mère qui lui a dit : « Il faut que je te l’avoue, j’achète chez toi tous les jours une demie baguette, pourtant je ne mange pas de pain. C’est juste pour le plaisir de te voir ». Vous en connaissez beaucoup, vous, des boutiquières qui vous suggèrent la pensée du jour devant leur porte ?
Personnellement, reconnaissant ses qualités humaines, je l’embrasse comme le bon pain. Ce qui, chez elle, est de circonstance, et, bien que mauvais client (je fais mon pain moi-même), je déguste avec délectation la chouquette qu’elle me donne au passage. Merci, Sylvie, merci d’exister.

Dominique Coërchon

Les joies de la géologie.

La géologie ou science de la terre, n’est pas un monument de rigueur ; sans rivaliser avec Gilles Lapouge, le poète géographe, on peut l’appréhender d’une manière plaisante. Par ses aspects spectaculaires, on peut même passionner un auditoire, ce fut le cas pour les 40 personnes venus écouter Dominique Coërchon sur ce thème ce vendredi 8 avril à la médiathèque de Florensac..

 Parmi les faits marquants, il y a par exemple un magnifique modèle d’inversion de relief à St Thibéry : le volcan Ramus qui sommeille depuis 650 000 ans a eu des moments de folie au cours desquels il répandit sa lave dans un vallon, et comme le basalte solidifié est très résistant, les collines environnantes se sont érodées plus vite et maintenant, ce qui était une vallée est devenue une colline, aujourd’hui de magnifiques orgues basaltiques dominent le village. Cet exemple local d’inversion de relief est commun dans les zones volcaniques, ce n’est pas un auvergnat comme moi qui dirait le contraire.

 Un autre aspect pittoresque de l’hydrographie peut s’illustrer avec notre facétieux fleuve Hérault ; depuis des millénaires ce capricieux cours d’eau a serpenté entre Pézenas et Florensac, il a ainsi laissé derrière lui des bras morts, le domaine de l’Ile qui ne l’est plus et, très récemment, cette formidable crue de 1996 reste gravée dans nos mémoires, cette année-là, à St Joseph et à Caillan, la nature a montré son horreur de l’angle droit ; cette fois-là le fleuve, faisant fi des digues qu’on lui avait imposées, est allé tout droit, ravageant tout ; l’homme avec ses gros moyens techniques et sa rancune tenace l’a méchamment remis dans son lit, solidement bordé ! Rendez-vous à la prochaine crue…

Dans la catégorie perturbations hydrographiques graves, il fut bien sûr question du méandre recoupé de la Vis, qui donna l’imposant Cirque de Navacelles. Plus au Nord, la pauvre Meuse qui perdit ses affluents principaux l’Aire et la Moselle, à cause de la Meurthe et l’Aisne qui coulaient gentiment parallèlement et en contrebas, d’innocents ruisseaux qui, comme toute rivière, subissent la loi géologique du recul de source, sont allés capturer la Moselle et l’Aire, sans que la Meuse endormeuse n’eût rien à y redire. Au seuil de Toul, on en parle encore, pauvre Meuse !

Inversion de relief, méandres recoupés, captures de rivière, la géologie ne manque pas d’exemples spectaculaires, c’est une science qui n’est pas impressionnée par les millions d’années. Elle peut donner à l’homme quelques leçons de philosophie, il pourrait se demander ce qui restera de lui, de sa belle civilisation, de ses cathédrales médiévales dont il est si fier, ses pyramides d’Egypte qu’il croit défier le temps, rien ? une strate dans les dépôts alluvionnaires ?…  et personne pour les voir, dans les années futures, y aura-t-il un géologue pour les analyser ? …

Dominique Coërchon

 

Florensac : la centrale photovoltaïque et le lézard ocellé.

Dans le discours du Maire pour les vœux aux florensacois, il y avait une annonce extraordinaire mais assez succincte pour passer inaperçue (ou inouïe, puisqu’en la circonstance il s’agissait du sens de l’ouïe). Il fut un bref instant question du lézard ocellé qui empêcherait l’édification d’une centrale photovoltaïque dans les garrigues de Florensac ! Puis on passa vite aux bienfaits que notre belle commune a su mettre en place pour le bonheur de ses administrés …

Cette affaire de lézard ocellé m’était restée en travers, d’habitude on dit, lorsqu’une affaire tourne bien : « Y’a pas de lézard », ici, il semblerait que si.

Je vous sens curieux d’en savoir davantage. Vous imaginez déjà un combat entre deux factions d’écologistes, l’une défendant les énergies douces avec le généreux soleil comme générateur, et une autre, plus terre-à-terre, défenderesse du bonheur des lézards ocellés à parcourir quiètement nos garrigues surchauffées sans l’ombre d’un panneau solaire. C’est dans sa nature, cet animal magnifique aime lézarder sous le soleil brûlant en toute tranquillité !

Vous vous dites : si maintenant les écologistes s’affrontent par nature interposée, c’est le serpent qui se mord la queue. Où va-t-on ? Pour le savoir, je vais pour vous à la mairie de Florensac, où l’on m’a affirmé que rien n’était encore décidé et que tout était aux mains des hautes autorités de l’état, donc du ministère de l’environnement. Toutefois, on me fit remarquer qu’il serait dommage que notre commune se prive d’une manne financière que le soleil pourrait répandre dans sa colossale générosité.

Il demeure étonnant que cette lutte fratricide entre les partisans du lézard et les partisans des panneaux solaires se passe sans tenir compte des écologistes locaux, serait-ce une manifestation du parisianisme ambiant ? Et ne serait-il pas concevable de laisser cohabiter les lézards et les panneaux dans notre environnement à nous ? Et les cigales ? Qu’en pensent-elles ? Et les outardes, il paraîtrait qu’elles aient leur mot à dire…

Affaire à suivre, la vie est passionnante.

                                                                                          Dominique Coërchon