Histoire de Bessan

« La Mise au tombeau du Christ » de l'église Saint-Pierre de Bessan…

… De la reconnaissance patrimoniale à la restauration d'un rare décor éphémère religieux de la fin du XVIIe siècle. 

Les campagnes de prospection de la Conservation des Antiquités et Objets d'art de l'Hérault ont permis d'identifier et de protéger par son classement Monument historique, en 1993, une grande peinture sur bois de la fin du XVIIe siècle, conservée dans l'église de Bessan. Propriété de la commune, l’œuvre nécessite aujourd'hui une attention particulière. A l'aide du « plan Objet » initié par la Conservation régionale des Monuments historiques (Drac Occitanie) en partenariat avec la Communauté d'agglomération Hérault-Méditerranée, un financement a été mis en place pour la conservation d'urgence de la peinture ainsi qu'une étude pour sa restauration.

Vue générale de la peinture.

Daté de la fin du XVIIe siècle, ce grand tableau (2,20 m x 1,55 m) représente La Mise au tombeau du Christ entouré de Marie, Joseph d'Arimathie, Nicodème, saint Jean l'Evangéliste et une sainte femme. Cette iconographie était l'un des sujets familiers des maisons religieuses avec la Déposition de Croix, la Déploration sur le Christ mort ou la Vierge de Pitié, des représentations largement diffusées par les ordres mendiants à partir du XIVe siècle, et généralement issues des Révélations de sainte Brigitte dans lesquelles les douleurs de la Vierge font écho à celui du Sauveur.

Vue générale du revers de la peinture.

La singularité du tableau de Bessan se situe dans sa bordure qui épouse les silhouettes des personnages bibliques, une conception originale qui indique qu'il s'agit d'un élément de décors éphémères religieux. Ces derniers, réalisés entre le XVIIe et le début XIXe siècles, illustraient les épisodes de la Passion dans des mises en scène théâtralisées, et étaient installés durant la Semaine sainte dans les églises comme les oratoires de Confréries. Exécutés sur bois ou sur toiles, ils sont localisés traditionnellement en Catalogne, en Ligurie ou en Corse, nommés respectivement « monument », « cartaleme » ou « sepulcru. »

Tombés dans l'oubli, dispersés et en partie détruits suite aux changements de pratiques religieuses au XXe siècle, ces décors éphémères sont redécouverts et étudiés au début des années 2000 et exposés en 2013 dans le cadre prestigieux du Palais ducal de Gênes. A l'appui du tableau de Bessan et des recherches le concernant, il est aujourd'hui possible d'ajouter le Languedoc comme autre centre de production de décors populaires sacrés de la Semaine sainte, appelé également « Monuments » dans notre région.

Détail du tableau.

-Le tableau de Bessan faisait à l'origine parti d'un ensemble plus conséquent, aujourd'hui perdu. L’œuvre se présente en six planches de bois assemblées et maintenues par des traverses clouées au revers. Le panneau est aujourd'hui affaibli par l'attaque d'insectes xylophages et sa structure est très altérée. En témoignent les planches écartées, cassées et fendues. La peinture proprement dite a été retouchée à plusieurs reprises et à des époques différentes ; elle a été aussi revernie comme l'indiquent les coulures sombres sur la main gauche du Christ.

Détail du tableau.

L'opération mise en place concerne le traitement sanitaire de l’œuvre, à savoir la privation d'oxygène (anoxie) afin d'éliminer les insectes et les larves. Le travail indispensable de conservation a été confié par la Drac et l'Agglomération, en accord avec la commune, à la restauratrice Danièle Aroso, spécialiste de peinture sur bois, qui proposera ensuite un protocole de restauration générale assorti d'une proposition pour un nouvel accrochage en sécurité et sûreté. L'ensemble de ces opérations vise à garantir la bonne conservation du tableau, à retrouver sa cohérence technique et esthétique et à présenter au public et aux fidèles un de rares « Monuments » du Languedoc et de l'Hérault dans son lieu d'origine.

L’importance de la Tuque pour les Bessanais





 

Les Bessanais d’origine le savent, mais les Bessanais d’adoption les plus récemment arrivés se demandent souvent de quoi il s’agit.

Pour les jardiniers et les passionnés de plantes, la tuque est une coloquinte, de la famille des cucurbitacées, nommée aussi gourde pèlerine ou calebasse. Sa forme originale de gourde et sa cuirasse solide la rendaient utile dès le Moyen-Âge aux pèlerins qui l’utilisaient pour y conserver leur eau. Elle est semée en avril (certains anciens disent que c’est possible dès la Saint Joseph), et repiquée à la mi-mai, sur un large espace libre et bien ensoleillé. C’est un légume de décoration dont le fruit prend une couleur noisette, tachetée de brun et de rouille, en séchant dès l’automne ; certains Bessanais la placent bien en évidence chez eux, qu’elle soit  naturelle, vernie ou peinte.  

 

Pour les Bessanais, c’est le sujet d’une légende qui leur est chère : « Un Bessanais un peu badaïre (simplet), Jeantou, qui se promenait au bord de l’Hérault, à l’endroit où se trouve actuellement la Guinguette, entendit un bruit venant d’un buisson. Une espèce de sifflement prolongé, étrange et terrifiant... Pour lui, ce ne pouvait être que l’œuvre du diable ! Effrayé, il courut à toutes jambes vers le village en hurlant de peur, et la population alertée le suivit jusqu’à l’église pour demander l’aide du curé pour faire fuir le diable. Le curé, homme instruit, eut quelque peine à croire à ce que disait Jeantou, mais on ne sait jamais… Il prit la tête des habitants qui maintenant étaient en foule, et se dirigea vers l’Hérault, pour trouver l’origine de ce bruit inquiétant et, peut-être, exorciser le Diable… Arrivant près du buisson « siffleur », les villageois ralentirent prudemment. Le curé s’approcha, et découvrit une tuque trouée dans laquelle le vent s’engouffrait, provoquant ce sifflement. Aucun démon, donc ! Soulagement, rires, retour joyeux au village : cette simple tuque qui, Prenant désormais une initiale majuscule, devint légende !

 Et pour l’histoire : au début du XXe  siècle, Étienne Clapiès s’inspire de cette légende pour écrire «La Canson de la Tuque», interprétée pour la première fois par Gustave Rocoblave dans les années 1920. Son fils Lucien, l’interprète aussi, notamment devant la caméra de Michel Sabatéry en1978, pour son film «La légende de la Tuque» dans lequel les acteurs sont les Bessanais eux-mêmes.

Cette Tuque, devenue l’emblème de Bessan, devient, en l’an 2000, grâce au concours remporté par Patrick Fédérici, le logo de la ville. Légèrement modifié au fil du temps, il continue de s’imprimer sur les courriers ou invitations émis par la municipalité, et donne  une identité particulière et originale à Bessan.

La Tuque, on la voit un peu partout dans Bessan, discrète et sous des formes parfois inattendues : sur le sol de la place de la Fontaine, sur le portillon et dans le jardin intérieur de la maison de retraite, sur les fresques de Fernand Brenas décorant le fond de la salle des fêtes, derrière les fenêtres des maisons, sur les galettes des Rois  et les chocolats « Pastissous » de la pâtisserie Ciliegio. Des associations locales, sportives, solidaires ou musicales l’adoptent aussi : «Les Archers de la Tuque», «Les Aînés de la Tuque», «Les Farfelus de la Tuque». Et tout dernièrement « La Tuque Endiablée » pour le jumelage avec Bessans (Savoie).

Et, on peut rêver, demain un pain ou une bouteille de rosé en forme de Tuque, une œuvre  la mettant à l’honneur à l’entrée du village ? Qui sait ?

 

D’où vient le nom de la rue Barnabo ?


Pietro Bernabo (1808-1886), descendant de Maurice Ange, ami personnel d’Alphonse Thiers, président de la République, et de Lamartine qu’il traduira en italien. Pietro est l’aïeul de Mario Bernado vivant aujourd’hui en Italie et très attaché à Bessan

 

La maison Bernabo, au n°2 de la rue Barnabo, en 2012.

 

On trouve la première mention d’un Bernabo sur un acte notarié passé à Bessan en 1786. Il s’agit de l’achat d’une maison pour 4 000 livres au marquis d’Alphonse et seigneur de Castelsec, par  Dominique Emmanuel Noël Bernabo.

Fils de Maurice Ange Bernabo, né en 1736 à Port Maurice, République ligurienne de Gênes en Italie, qui fait carrière dans le commerce maritime transportant entre autre le vin du Languedoc pour le compte d’un armateur, Dominique est négociant en huile et vins et porte le titre de vice-consul de sa Majesté à Port Maurice.

Il se marie en 1786, à Bessan, avec Marie Daurel, et a 3 enfants, dont Jean Pierre Etienne, né à Bessan en 1788, et 2 autres enfants qui meurent en bas âge. Sentant le vent de la Révolution venir, le couple retourne en Italie, et a en 1792, un dernier enfant, Maurizio. Marie, l’épouse de Dominique y meurt l’an suivant, à l’âge de 27 ans.

Durant la période mouvementée suivant la Révolution de 1789, où les nobles, les bourgeois et les curés sont, aux yeux des révolutionnaires, considérés comme des traîtres, Dominique ravitaille la population de Bessan et de la région en denrées alimentaires grâce à ses bateaux provenant d’Italie. La municipalité de Bessan, de plus en plus sévère, séquestre en juin 1794 les biens de la famille sis à Bessan, tout en incluant la famille et leur servante, Anne Bégou, sur la liste des émigrés. Cet épisode dure peu : en novembre de la même année, la municipalité procède à la restitution des biens. Après cette période trouble, Dominique revient à Bessan avec son fils Jean Pierre Etienne et son père Maurice Ange.

En 1798 un groupe de 142 Bessanais signe une pétition en faveur de Dominique Bernabo, le Génois, afin que son comportement exemplaire pendant la Révolution soit reconnue : Dominique est nommé citoyen d’honneur de Bessan et la rue desservant sa maison porte désormais son nom « rue Barnabo ». Un seul regret pour les descendants, la faute d’orthographe dans leur nom de famille figurant sur la plaque de rue !

D’après l’article écrit par Francis Delmas, en collaboration avec l’association « La Guilde 2 Bessan, Patrimoine et Traditions ».

Histoire et patrimoine : zoom sur l’hôtel de ville de Bessan

Modestes ou triomphantes, anciennes ou dernier cri, les mairies des communes de France ont en commun d’être à la fois un étendard de la République et un trait d’union entre les citoyens et l’Etat. La mairie, présente au cœur de chaque ville et village de France, symbolise ce double pouvoir. A Bessan, il semblerait que la maison commune était auparavant située rue de l’Olivier. Devenue trop petite, elle fut ensuite construite à l’emplacement d’une des tours des remparts et d’une partie des fossés en 1777 (emplacement actuel de l’hôtel de ville).

A cette époque, le seigneur de Bessan en était ravi car le nouveau bâtiment était doté d’une grande salle dans laquelle il pourrait rendre justice, ainsi que d’une prison. Une partie du rez-de-chaussée est alors utilisé comme marché couvert, l’autre située plus à l’arrière servait à priori à débiter les marchandises. En janvier 1791, le procureur de la commune demande l’exécution de la loi concernant l’abolition des marques de féodalité : la plaque de marbre alors posée au-dessus de la porte d’entrée de l’hôtel de ville, et où est gravé le mot « noble » sera « enlevée, brisée et anéantie car elle blesse la vue des amis de la liberté et de l’égalité, et ceux de tous les citoyens ».

En 1847, les élus projettent d’installer une horloge en façade. Mais faute de place pour l’y installer, il sera décidé la construction d’un beffroi en 1850. Toutefois, le poids de cette construction supplémentaire oblige un renforcement de la voûte des halles d’où les arches que l’on connait aujourd’hui. Il est probable que les halles marchandes aient été supprimées et murées à ce moment-là, laissant place à un local qui servira, en 1888, à garer la pompe à incendie.

Au fil du temps, les besoins évoluent et en 1970, les élus souhaitent supprimer la prison pour construire à la place un bureau pour les gardes. Une fois n’est pas coutume, les lieux devenant particulièrement étroits, il sera acheté, en 1978, la maison voisine située à l’angle de la rue de l’Olivier, puis en 1991, le premier étage de la Caisse d’Epargne d’alors, côté Grand’rue, puis en 1999, le rez-de-chaussée. C’est durant les municipalités de Robert Raluy que le bâtiment s’adapte aux nouvelles technologies et à l’informatisation de tous les services. La croissance démographique continue de la commune nécessite des bureaux mieux adaptés pour les services administratifs. La police municipale est transférée à quelques dizaines de mètres, d’abord rue de la République puis place de la Promenade.

Cela ne suffit pas et un nouveau bâtiment est construit en continuité de celui d’origine. Il est inauguré par le sous-préfet de Béziers en 2012. Deux nouvelles arches permettent de parfaitement s’intégrer, tandis que l’ancienne maison voisine est conservée pour y intégrer, à terme, les archives municipales. Le parvis créé prend le nom de parvis de la Citoyenneté en 2015 suite aux terribles attentats de Paris. On le constate, la mairie s’est toujours adaptée afin de rendre le meilleur service public. Climatisation et informatisation sont venues compléter le confort des agents. Avec toujours le souci, pour toutes les municipalités, de conserver l’hôtel de ville en centre-ville, à son emplacement désormais devenu historique. 

 
Images anciennes de la mairie bessanaise avec les arcades caractéristiques du bâtiment datant de 1777.

L’hôtel de ville a vu sa principale modernisation en 2012 avec son agrandissement et la création d’un bâtiment secondaire.

Le beffroi de la mairie a été créé en 1850 pour loger le système de l’horloge qui trône depuis sur le fronton.

Le Moulin Bladier et sa longue histoire

Le Moulin Bladier, situé en rive droite du fleuve Hérault, est un élément du patrimoine bessanais.

Ses travaux de construction, commandité par l’Evêque d’Agde, Tédisio Balbi, dit « Thédise », seigneur de Bessan, ont probablement débuté à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle. Aucun renseignement n’apparaît concernant le maître d’œuvre et les maçons, bien que la qualité de l’édifice induise une main d’œuvre hautement qualifiée.

Le moulin, inféodé en même temps que la seigneurie, reste dans le manse (domaine) épiscopal jusqu’au début du XIIIe siècle. A cette époque, arrive du Nord une armée venue en croisade vaincre l’Hérésie cathare. L’Evêque d’Agde, placé par les croisés, signe avec eux en 1219 un accord visant à consolider ses possessions en Agathée, moyennant la reconnaissance de droits sur différentes terres.

A partir de cette date, le moulin appartient au seigneur de Bessan et d’Avias (Vias), formant une seule et même seigneurie. Puis, au hasard des mariages et des successions, il passe dans le patrimoine de grandes familles comme les Montfort,  les Lévis, les Vendome,  les Lestang, les Dailhon ou encore les Cruzol d’Uzès.

Le moulin sert à moudre le blé et autres céréales des habitants d’Avias et de Bessan qui, à cause du droit de Banalité en vigueur (décrétant le monopole de certains fours, moulins ou pressoirs), encourent de fortes sanctions s’ils se rendent ailleurs. Au milieu du XVe siècle, la charte de Bessan définit un accord entre les seigneurs de Bessan et de Vias précisant que les habitants ont le choix de moudre leurs grains où bon leur semble.

Au XVIIIe, le moulin est donné à un habitant de Florensac. A l’époque révolutionnaire, il fait partie de la vente des biens nationaux de seconde origine et est estimé à 63 000 livres. En 1795, il appartient  à Louis Vézian, un fermier de Bessan, puis en 1802 à un nommé Malibran, et en 1846 à Pierre Grand, conseiller de la cour impériale de Metz.

Dans une lettre de 1853, ce dernier s’insurge contre l’élévation de la digue d’Agde, qui crée des remous préjudiciables au fonctionnement de son moulin, et fait part de son inquiétude face à son manque d’activité. L’année suivante, l’oïdium envahit les vignes : le moulin est alors utilisé pour la triture du soufre importé de Sicile. Mais ce sursaut d’activité est court, et sur l’annuaire du département de l’Hérault, daté de 1891, il est stipulé que le moulin a cessé totalement son activité.

Au XIXe, d’importantes modifications sont apportées à l’édifice : les deux bâtiments sont reliés et englobés dans un seul et même ensemble. Les crénelages sont obturés et une toiture est apposée.

Un arrêté du 15 septembre 1954 inscrit le Moulin sur la liste supplémentaire des monuments historiques. Paul Azéma réalisera en 1968 une céramique sur lave apposée sur une table basse qu’il offre à la municipalité. Le 5 septembre 1973, le moulin, signalé à l’état de ruines, a pour propriétaire M de Pesquidou. En 1977, une partie du moulin s’écroule, emportée par une crue de l’Hérault. Il est complètement défiguré en 1994 lorsque le syndicat d’adduction d’eau des communes du Bas Languedoc et la station de pompage André-Filliol de Florensac construisent un barrage permettant d’alimenter en eau potable une grande partie du département.

Malgré cela, il reste cher aux Bessanais et suscite encore l’intérêt : en 2015, il fait l’objet d’une étude architecturale menée par Amata Montella, une jeune diplômée de l’université de Naples.

Le moulin Bladier va prochainement être cédé, pour l’euro symbolique.

Maison Ancelin, 33, rue de la République

la maison Ancelin.

 
Armoiries de la famille Ancelin.


tombe des Azema de Montgravier au cimetière de Bessan.
 

Présents à Bessan depuis 1506, les Ancelin en sont l’une des plus anciennes familles ; on en compte au moins quatre en 1567, dont un François Ancelin à qui  l’on doit probablement les initiales « FA » figurant sur la clé de voute de la porte ; un autre François Ancelin est consul de Bessan en 1664.

Clé de voute de la porte, datée de 1614, portant l’équerre
et le compas (signe d’un compagnon maçon

On trouve ce nom sous plusieurs orthographes : Ancelin, Ancellin et Ancelys ; cette dernière nous est restée avec le tènement des Ancelys qui confronte le domaine d’Hortes. Avec les armoiries de la ville de Bessan, c’est la seule famille à porter un blason ; ce dernier figure dans l’Armorial Général de France de d’Hozier de 1696 : « d’argent à 3 fleurs de lys au naturel, mouvant d’une terrasse de sinople » (le lys étant un clin d'œil à son nom Ance-lys-).

En 1699, cette maison de la rue de la République appartient à Antoine Ancelin, bourgeois, et troisième plus gros propriétaire foncier de Bessan. (*)  

En 1824, la maison appartient à Jean Auguste Azéma de Montgravier, gros propriétaire foncier possédant aussi des vignes, des pâtures et trois maisons. Né en 1779 à Argeliers (Aude), il épouse Hyppolite Claire Gleyzes, née en 1786 à Bessan, fille de Marie Elizabeth Cellarier et de François Gleyzes, notaire royal.  Il est inhumé au cimetière de Bessan ou le tombeau de la famille existe toujours.

Jean Auguste Azéma de Montgravier et son épouse ont un fils, Michel Auguste Martin Agénor Azéma (1805-1863), qui aura une brillante carrière : École Polytechnique (1825), lieutenant, capitaine, chef d’escadron, officier des affaires arabes en Algérie (1832-1851), sous-directeur de l'artillerie de la place de Montpellier (1853). Passionné par les antiquités, il est un des pionniers de l'archéologie romaine en Afrique du Nord, et est élu membre de l’Académie des Inscriptions en 1850. Nommé officier de la Légion d'honneur en 1862, il effectue, à la fin de sa vie, des fouilles sur le site des ruines romaines de Murviel-lès-Montpellier.

La porte d’entrée, menuiserie et heurtoir du XVIIIe  siècle.

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(*) Avec 125 livres d’allivrement annuels, c’est l’un des plus gros propriétaires fonciers de Bessan, derrière noble Bérard de Vestric (345 livres), noble Louis d’Alphonse (210 livres) noble Louis de Bérard de Vestric (156 livres), et devant noble René de Guinard (79 livres).

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 Recherches de Francis Delmas

A la découverte des grangeots des vignes

Qui se soucie de ces vieilles cabanes de pierre perdues au milieu des vignes ? Les grangeots font pourtant partie de l’identité bessanaise. Ces constructions modestes, parfois minuscules, ont joué un rôle fondamental dans le développement du vignoble.

 

A l’origine, servant d’abri au travailleur voire parfois même de logement temporaire, elles ont été construites loin du village, permettant de ranger quelques outils, de mettre à l’abri le cheval, de stocker le fourrage, et de s’abriter par mauvais temps ou pour une pause. Parfois équipées d’une cheminée, il était possible d’y faire du feu pour se réchauffer en hiver ou encore de réchauffer le repas de midi.
Il est difficile de dire à quelle date ces constructions ont été réalisées, car on ne trouve nulle trace d’elles sur l’ancien cadastre ou dans les actes notariés. Le mouvement de construction aurait commencé avant l’arrivée du phylloxéra pour se poursuivre jusqu’à la grande guerre.
Bon nombre de ces cabanes sont encore visibles. Elles incarnent un temps ancien bien qu’elles aient perdu peu à peu leur utilité. Très rares sont celles qui n’ont d’ailleurs pas été abandonnées. Elles sont toutefois des points de repère dans le paysage de la plaine ou des garrigues. Si on les enlevait, les vignes n’auraient plus le même attrait...
Mais la mécanisation, le remplacement du cheval par le tracteur, les trajets plus rapides entre la maison et la vigne grâce aux véhicules, ont rendu ces constructions moins utiles, d’où cet abandon progressif. 
Plus de 95 grangeots ont été recensés sur le territoire de Bessan, simple abri de 5 m² comportant trois murs et un toit, grangette de 50 m² avec son portail pour le passage de la charrette, ou  maisonnette à un étage servant d’habitation.
La plus forte concentration, près de 31 %, se trouve dans la plaine des Mègeries Nouvelles (les Arens, le Lévrier) ; viennent ensuite les Garrigues à l’ouest du territoire (22 %), la plaine du Nord-Est bordant l’Hérault, le Moulin, la Chaussée (18 %), les Mègeries Hautes (17 %) et le Causse et les Monts (13 %).
Véritables éléments du patrimoine rural local, certains artistes locaux, tel Yvon Brunet, les ont même croqués sur leurs toile.

D’après Francis Delmas.

Ancienne histoire de Bessan


Le pont suspendu


La salle d'Asile


La gare

 

 

Voici quelques anecdotes qui se sont produites dans le passé et que beaucoup de Bessanais ne connaissent pas, ou ont oubliées.

En novembre 1863 la municipalité de monsieur Prosper Aubin vote une somme pour terminer de financer l’aménagement de la place de la Promenade qui avait été réalisé en hâte, en vue de la bénédiction de constructions importantes pour le village, dont, fait du hasard, aucune  n’est encore en fonction quelques 155 ans plus tard.

En effet, cet aménagement de la place permet, lors de la fête de la Saint Laurent en 1863, d’inaugurer le pont suspendu récemment construit, mais également la salle d’asile, à l’emplacement de la salle des fêtes, et la gare ferroviaire qui marque l’avènement du chemin de fer à Bessan.

La construction du pont suspendu est commencée en 1861 et terminée l’année suivante. L’ouverture au public, le 12 octobre 1862, permet enfin aux Bessanais de franchir le fleuve plus aisément.

L’édification de la salle d’asile débute en 1860 au fond de la place du Jeu de Ballon, et se termine seulement trois ans plus tard car la construction est arrêtée pendant deux ans, son implantation se trouvant sur une variante du tracé de la ligne de chemin de fer. La gare est même prévue en partie à l’endroit de cette salle. Mais ce projet n’est pas retenu, et Bessan peut prolonger sa Grand Rue et étendre son territoire au-delà de la route principale.

L’arrivée du chemin de fer, synonyme de déplacements et d’échanges de marchandises facilités, a apporté ses heures de gloire au vin régional, et bessanais en particulier, son transport permettant une diffusion sur tout le territoire national. Le rosé de Bessan est alors exporté en masse et les voyageurs peuvent emprunter le « rauba-faïsse » pour se déplacer, passant au préalable par les guichets de la gare. Un nouveau quartier naît à Bessan : le quartier de la gare.

Et puis, et puis…. le pont suspendu sera remplacé, la salle d’asile agrandie puis démolie au profit d’une salle des fêtes, et la gare désaffectée pour devenir une simple maison d’habitation.

Mais tout cela est maintenant de l’histoire ancienne !

Sources : documents d’archives bessanaises.

La chapelle St Laurent de Touroulle

 

La chapelle Saint Laurent de Touroulle, aquarelle d’André Fernandez.

Nota : les parties plus poétiques de l'histoire de cette chapelle aujourd'hui en ruines, joliment écrites par André Fernandez et toujours très exactes, sont à l’origine de cet article. Pour le compléter sans le dénaturer, les textes ajoutés sont inscrits en caractères italiques.

La chapelle Saint-Laurent fait partie, au Moyen âge, de l'ancien village de Touroulle, situé entre Bessan et Vias. La présence de deux très gros blocs de basalte laisse penser qu'il y avait là, à l'origine, un temple païen.

 Allongée sur un petit promontoire affleurant une rive de l’Ardaillon, un des bras du delta de l’Hérault, la Chapelle St Laurent de Touroulle veille sur un territoire au riche passé remontant à la nuit des temps, occupé tour à tour par les Ibères, les Celtes, les Romains et la civilisation médiévale.

Construite au XIe siècle, sur l'emplacement d'une ancienne villa romaine, mais aussi en bordure d'une voie antique, appelée route Mercadale, qui reliait l'oppidum de la Monadière au port dit du Canalet, situé entre la plage de Portiragnes et celle de Vias, elle est bâtie selon les caractéristiques et la symbolique des édifices religieux romans languedociens :

- Chœur orienté vers le Levant, vers la lumière, symbole du Christ : « Je suis la lumière du monde, (Jean VIII, 12) ».

- Porte d’entrée, au Sud, face au soleil dans sa gloire, abritée du vent du nord. Porte plein cintre, aux montants en pierre de taille, elle prie pour les âmes oubliées.

- Deux petites fenêtres romanes, l’une au sud, l’autre au nord, éclairant son chœur.

Transformée, semble-t-il au XIIe ou XIIIe siècle, la chapelle Saint-Laurent est probablement abandonnée, en même temps que le reste du village, au moment des guerres de Religion, elle perd son chevet roman dont il ne reste aujourd’hui que l’arc plein cintre visible à l’intérieur de la chapelle et quelques fondations dans son prolongement.

Enigmatique, elle livre un à un ses secrets. Lors de fouilles effectuées par l'abbé Thomas en 1938, deux petites urnes funéraires, un sarcophage mérovingien (qui sera transporté dans le jardin du presbytère de Bessan où il est encore),  ainsi qu’un puits de l’époque romaine, ont été retrouvés à l’emplacement du maître autel.

Vigie solitaire, elle porte les stigmates du temps et les blessures des hommes.

Gardienne fidèle, elle veille imperturbable sur cette terre chargée des peines et des joies de tout un village à jamais disparu, espérant que vienne le jour d’une possible rénovation, d’une renaissance.

André Fernandez, 2016.

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La chapelle a évité la destruction lors du passage de la voie rapide reliant le péage de l'autoroute au Cap d'Agde, mais une partie de son cimetière wisigothique est détruite.* Elle devra subir un autre outrage en 2001, dû cette fois à des pilleurs de pierres.

*A noter qu'il existe de nombreuses autres chapelles sur le territoire de Bessan : Affrie, Saint-Claude, Pénitents gris, Saint-Martin de Caillan, Grange des Pères, chapelle du château de Brignac