Histoire de Montagnac

Le scandale électoral de Montagnac

De tous les départements français, celui de l’Hérault est le plus tristement célèbre par les scandales électoraux. Toute une section du Conseil d’Etat est occupée chaque année pendant plusieurs mois, à examiner les opérations fantaisistes des commissions chargées de la révision des listes électorales et les jugements parfois stupéfiants rendus par les juges de paix. Il s’est produit dimanche à Montagnac le fait le plus violent et le plus révolutionnaire que l’on puisse imaginer et cela sous un ministère qui se dit modéré et respectueux du suffrage universel. Lors des élections du 3 mai, la minorité se voyant en face d’un bureau décidé à faire respecter la loi, a tenté un coup de force qui a réussi, elle a provoqué une émeute et déchiré les listes d’émargement. Il a donc fallu recommencer l’élection dimanche dernier. Instruit par l’expérience, l’énergique président du bureau de vote, M. Jean de Puységur avait pris toutes les mesures pour déjouer une seconde tentative criminelle. Mais une nouvelle fois, nos tristes personnages s’affermirent dans la résolution de faire un nouveau coup. Ce coup ils l’ont tenté et on a vu le triste spectacle de deux républicains, désigné par leurs amis et agréés par le bureau pour surveiller les opérations électorales, les sieurs Guiraud et Journet, se jetant tout à coup sur la liste d’émargement, au milieu du calme général et s’efforçant de la déchirer. Les gendarmes durent mettre la main au collet de ces singuliers surveillants et serrer le cou de l’un d’eux pour l’empêcher d’avaler un morceau de la liste qu’il venait de lacérer. Un moment d’effervescence succéda à cet acte odieux. Mais le capitaine de gendarmerie commandant les 30 gendarmes appelés à maintenir l’ordre, le firent loyalement et le calme se rétablit. M. le Sous préfet paraissait très effrayé pour l’ordre public, mais s’il y avait une grande effervescence à 14 heures, quand on apprit l’acte inqualifiable commis par les sieurs Guiraud et Journet, l’ordre s’était facilement rétabli sur la déclaration que l’élection continuait

C’est alors que la manœuvre aboutit à son terme prévu par l’intervention préfectorale, le sous-préfet de Béziers M. Belleudy accompagné de 50 chasseurs à cheval et du procureur de la République appelé à constater le délit commis par les avaleurs de listes d’émargement partit pour Montagnac et se présenta dans la salle de vote, il était 17h55 minutes, moins dix s’il faut en croire la montre du sous-préfet réglée parait-il sur l’heure nationale !

Alors que l’élection était terminée, que tout était calme dans la salle de vote, que la liste d’émargement avait pu être reconstituée après le criminel attentat des surveillants républicains, et qu’il ne restait plus qu’à opérer le dépouillement, le sous-préfet de Béziers, pénétrant dans la salle revêtu de son écharpe, a sommé le président du bureau d’arrêter les opérations électorales et devant le refus et les protestations du maire, il a donné l’ordre à un commissaire de police de sceller l’urne. Le maire a refusé le sceau de la mairie pour cette opération. Le commissaire s’est emparé de l’urne, l’a scellée et le sous-préfet a donné l’ordre au gendarme de la garder et de faire évacuer la salle.

                          Salle de vote au XIXème siècle                                   Salle de vote au XIXème siècle

 

Voilà ce qui s’est passé à Montagnac à sept heures du soir. Le sous-préfet ceint de son écharpe, invoquant des instructions a violé un bureau électoral. Nous savons que le président du bureau a le soir même, en quittant la salle d’où l’on venait de le faire sortir, adressé une plainte au Procureur de la République contre le sous-préfet de Béziers pour avoir violé contre lui l’art. 11 du décret réglementaire du 2 février 1852. « Le président du collège a seul la police de l’assemblée», et pour avoir ainsi troublé les opérations électorales, enlevé l’urne contenant les suffrages émis et non encore dépouillés, le fait tombe sous le coup de l’art. 46 du décret organique du 2 février 1852. Nous verrons la suite que donnera l’administration judiciaire à cette plainte portée par un président de bureau électoral troublé dans l’exercice de ses fonctions par un agent administratif.

Femmes réclamant le droit de vote

Monsieur le procureur de la République était présent à Montagnac, mais il a pénétré dans la salle de vote que parce que le sous-préfet lui déclarait que l’élection était terminée et le président a profité de sa présence pour le prendre à témoin de ses protestations contre l’acte du sous-préfet. C’est un acte de pure anarchie. Et cela sous le prétexte de troubles dus à sa seule présence. Il faut absolument, s’il existe encore en France une organisation administrative quelconque, que le sous préfet de Béziers rende compte à la justice régulièrement saisie, de son acte injustifiable. Il faut que le préfet de l’Hérault, son chef hiérarchique soit mis en demeure d’expliquer son incroyable conduite. Quant à l’urne de Montagnac, qui se promène on ne sait où avec son sceau de fantaisie, il faut qu’elle soit régulièrement vidée. Chères lectrices, lecteurs, ne demandez pas à votre voisin s’il est au courant de quelque chose, tous commentaires rapportés lors d’élections récentes, ne seraient que pure coïncidence, ces faits se sont produits le 31 mai 1896.

Bernard Bals

Le casque de nos poilus

Nos soldats avec le képi traditionnel

Guerre de tranchée

Lors des cérémonies, selon la ville ou le village, on peut constater que nos soldats sont présentés avec un képi qui était rouge, mais le plus souvent avec un casque. Sur le monument aux morts de Montagnac, le soldat porte un casque.

Les commémorations du centenaire de la Grande Guerre 14-18 nous permettent de faire un retour en arrière et d’évoquer les transformations qui sont survenues au cours de ce conflit dans le Bulletin des Armées N°169 de 1916. L’une des plus curieuses a été l’adoption d’un casque unique pour nos corps de troupe. La tête, étant la partie du corps la plus exposée dans la guerre des tranchées, est celle que l’on a pensé à protéger en priorité par un couvre-chef plus résistant que le képi traditionnel. Tout d’abord on avait commencé par coiffer nos fantassins d’une calotte sphérique en acier, placé sous la coiffure de drap. Ce mode de protection rudimentaire donna des résultats encourageants, et beaucoup de soldats du front lui doivent la vie. Ce casque modèle 1915, dû à l’intendant Adrian, tout en acier il pèse un peu moins d’un kilogramme. Il est composé d’acier pour le casque, d’aluminium pour le conformateur, la peau de mouton et le drap pour la coiffe, la peau de chèvre pour la jugulaire. Les différentes phases de sa fabrication nécessitent 52 outils ou machines-outils pour chacune des trois dimensions adoptées. De nombreuses usines et un nombreux personnel, féminin pour la plupart, 1000 ouvriers pour 3000 ouvrières ont porté la production à plus de 50.000 casques par jour. Trois millions six cent mille casques ont pu ainsi être livrés en moins de 6 mois à nos armées. Nos ateliers ont, en outre, effectué d’importantes commandes pour nos alliés qui ont su apprécier les avantages du casque français.

Sa fabrication comporte d’abord la confection des éléments en acier, la calotte, la visière, le couvre-nuque et le cimier. Ces éléments sont découpés à l’emporte-pièce dans une tôle d’acier demi-dur d’excellente qualité et épaisse de 1 millimètre. L’attribut, insigne de chaque Arme, est fait en tôle d’acier ou de laiton, d’une épaisseur de moins d’un demi-millimètre. La bombe du casque est d’une seule pièce. On l’obtient par emboutissage à froid d’un disque d’acier ou flan de 30 centimètres de diamètre. On la polit au moyen d’une molette en acier, tournant à grande vitesse, qui enlève les aspérités résultant de l’emboutissage. Le bord est régularisé par détourage. Une autre machine forme la nervure ou jonc sur laquelle seront sertis la visière et le couvre nuque. On découpe ensuite à l’emporte-pièce au sommet de la bombe, la rainure longitudinale servant à l’aération, ainsi que les trous nécessaires pour y poser les 4 rivets d’aluminium du cimier, et les deux brides de laiton qui fixeront l’insigne. Ces opérations s’effectuaient simultanément avec la même machine. Ensuite, la visière et le couvre-nuque, courbés à la forme voulue, sont rivés ensemble et sertis sur le bord du casque. 

Celui-ci subit alors une opération, qui a pour but de l’ovaliser. On le dispose sur un billot en bois et on introduit à l’intérieur une forme, également en bois, qui, en pénétrant par forcement, donne à la calotte sphérique la conformation désirée.

Bernard Bals

Le social et la préférence nationale

Non il ne s’agit pas d’extraits d’une quelconque campagne électorale récente ou pas, mais d’une  période de l’histoire de Montagnac. Les faits commencent en 1914 avec la première guerre mondiale.  Avant ce conflit, il n’y avait chez nous que des courants saisonniers de main d’œuvre étrangère, belges, italiens, espagnols. Pendant les hostilités, l’agriculture manque de main d’œuvre,  alors on va faire venir des travailleurs de pays limitrophes. Mais après la guerre, ils y prennent autant de place qu’occupaient avant cette tragique période nos 1.500.000 morts et nos 500.000 mutilés. Après l’armistice en 1918, de gros problèmes sociaux vont survenir, le chômage est important, tous les ouvriers étrangers ne vont pas retourner dans leur pays d’origine. Cela va créer des tensions auprès des combattants qui réintègrent leurs foyers et ne retrouvent pas leur emploi. Dans un rapport sur « La crise agraire » on peut lire : cette affluence de main d’œuvre a pour conséquences une altération de notre caractère national. Ce ne sont pas les meilleurs qui viennent chez nous ! Ainsi les statistiques des condamnations révèlent :

  • 173.000 condamnations de français, soit 0,46% de la population.
  • 30.000  condamnations d’étrangers soit 2% de la population étrangère.

Cette population peut représenter un danger plus tard si des îlots d’allogènes se forment dans notre pays et ne se fondent pas dans le creuset français. Alors elle finirait par élever des revendications difficiles à admettre et à accorder avec nos mœurs et notre droit national. Il faudra donc éviter les concentrations de travailleurs en zone d’influence. Quant à la répartition professionnelle, l’agriculture vient en tête en prenant 40% de l’immigration.
Le 29 janvier  1923,  le commissaire de Police de Montagnac convoque,  patrons, syndicats dans le cabinet de monsieur le maire. Il invite les propriétaires qu’en raison du chômage, ils doivent faire un effort pour embaucher un ouvrier en plus de ceux qu’ils occupent actuellement.
En cas d’impossibilité absolue, les propriétaires pourraient remplacer un ouvrier étranger par un ouvrier français, de façon à manifester un sentiment de reconnaissance à nos nationaux.
Il est de toute logique que la main d’œuvre française ait une priorité sur la main d’œuvre étrangère. Je vous prierai de bien vouloir me faire connaître avant la fin de la semaine, ce qui vous sera personnellement possible de faire pour remédier à cette crise de chômage qui nous intéresse à tous.

Après une période d’euphorie outre atlantique, survient un événement considérable,  le jeudi 24 octobre 1929 un effondrement de la bourse de New-York qui provoque un krach financier. C’est ainsi qu’on appelle cet événement le jeudi noir ou black Thursday. Cette  crise financière va toucher l’économie américaine, puis s’étendre à l’économie mondiale. Elle va provoquer de nombreuses faillites et une élévation importante du taux de chômage. Notre village à travers la viticulture est fortement touché. En octobre 1930, on va établir un tableau de roulement des chômeurs établi pour les propriétaires ayant récolté 900 hectolitres de vin et au-dessus d’après la déclaration de récolte de 1929. Ce tableau concerne le troisième trimestre, il est noté le nom des 30 propriétaires et le nombre d’hectolitres récoltés.
On peut citer Lavagnac avec 13.500 hl qui occupe 2 chômeurs du 6 au 11 octobre. La Conseillère 9.400 hl, 2 également du 13 au 18 octobre, Bessilles 4.773 hl, Rey de Lacroix 4.870 hl, Augé Marie 5.000 hl.
Le plus petit propriétaire du tableau est Nichet avec 930 hl.  En attendant des jours meilleurs, c’est ainsi que l’on a fait partiellement face à une situation qui ne cessera de se dégrader, on assiste à une montée des extrémismes qui conduiront  au second conflit mondial. La préférence nationale ne date pas d’aujourd’hui, ces faits remontent à 94 ans en arrière.

Bernard Bals

Bientôt un Saint de chez nous ?

C’est la question que posait Guy Pargoire, historien local de Saint Pons de Mauchiens à propos du RP d’Alzon. Bien que né au Vigan dans le Gard le 30 août 1810, il décède à Nîmes où il repose, le 21 novembre 1880. Et pourtant nous pouvons dire qu’il est de chez nous car il a passé la plus grande partie de sa jeunesse à Lavagnac, il y viendra souvent rendre visite à sa famille, s’y reposer car il avait une santé fragile et solliciter sa mère pour développer ses œuvres et prendre conseil pour guider et diriger sa vie.




 

Beaucoup ont peut-être oublié ou ignorent le nom du Père Emmanuel d’Alzon et son œuvre.
De 1816 à 1823, il passe son enfance à Lavagnac. Son précepteur est l’abbé Bonnet. Ensuite, il va poursuivre ses études à Paris où la famille s’est installée suite à l’élection du vicomte Henri Daudé d’Alzon. En 1929, toute la famille retourne à Lavagnac, mais déjà il pense à sa vocation et sa mère n’y est guère favorable. En 1832 sur les conseils de l’abbé Vernières il entre au séminaire. Nommé prêtre à Rome le 26 décembre 1834, il va exercer son ministère dans le diocèse de Nîmes et sera nommé vicaire général dès le 8 novembre 1835 et il le restera jusqu’au 30 septembre 1878. Il sillonnera le diocèse avec une affection particulière pour la partie cévenole et la ville du Vigan où il installera ses religieuses.

Mais pourquoi serait-il canonisé ?
C’est un homme que seule la maladie stoppait. L’enseignement sera l’affaire de sa vie, il achètera sur ses deniers personnels un collège, puis ouvrira une école à Montagnac. Il va fonder deux ordres religieux, en 1850 les Augustins de l’Assomption dont la Maison Mère est à Rome et en 1865 les Oblates de l’Assomption. Il fondera la maison d’édition La Bonne Presse. Il a créé Le Pèlerin en 1877 et il est à l’origine du journal La Croix en 1880, ainsi que la Revue de l’enseignement catholique.
Avec le docteur Privat fondateur des thermes de Lamalou ils vont construire une chapelle, puis une autre à l’Espérou suite à un vœu sur la maladie des vers à soie.
A Noël 1850, dans la chapelle du collège il prononce ses vœux publics : « Certes sa fortune y trouve son tombeau, mais sa vie y trouve son unité et son sens ».
Il sera appelé par le Pape Pie IX lors du Concile Vatican I, non pour représenter le diocèse de Nîmes mais pour assurer la liaison entre les différents courants de l’Eglise. Il siégera au Comité chargé de construire le Sacré Cœur de Montmartre.
Son œuvre se perpétue, l’Institut d’Alzon à Nîmes compte plus de 5.000 élèves. A la rentrée 2017, c’est à Chengdu en Chine que l’Institut ouvrira un établissement scolaire.
Le chemin vers la reconnaissance est parfois long, il y a l’instruction du procès.

Le 21 novembre 1991, Emmanuel d’Alzon a été déclaré vénérable.
Tout cela nous permet d’espérer pouvoir un jour prochain avoir un saint bien de chez nous. C’est dans cette attente que chaque année, les différents membres de la famille de l’Assomption viennent découvrir les lieux marqués par la présence et l’action d’Emmanuel d’Alzon à Lavagnac, Roquemengarde, et prochainement Montmau, Saint Pons de Mauchiens, Le Pouget.
Les prochains pèlerinages se dérouleront en juin pour le régional et en juillet pour le national.

Bernard Bals

Pèlerinage-Père-Alzon

Les foudres de Lavagnac

On achève bien les tonneaux !


Le triste état d’un domaine qui tombe en ruine

Que reste t-il de cette cave de Lavagnac dont la construction débute dans les années 1870 et qui n’a cessé de se moderniser au fil du temps. Elle avait été construite sur l’emplacement des écuries pour les chevaux et l’étable des bœufs. C’est Jean de Puységur qui va développer la viticulture et faire construire les cuves en béton. Elle fut jadis la fierté du comte Henri d’Aulan, tous ses hôtes s’émerveillaient devant les foudres dont les fonds étaient passés à l’huile de lin, les robinets en laiton au Miror, les tirefonds peints en noir. C’est en 1986 qu’auront lieu les dernières vendanges. Depuis on a tout laissé à l’abandon, on n’a même pas fermé les portes et portails laissant libre accès aux voleurs de métaux et autres vandales. Les toits n’ont subi aucun entretien sur tout le domaine.
Alors on peut se poser la question de savoir si c’est une manœuvre volontaire pour s’affranchir des contraintes des sites classés, et une fois tout par terre, reconstruire à sa guise ? En attendant, ces lieux ressemblent plus à Alep ou Mossoul en Syrie qu’à un projet en cours de développement.

C’était pourtant une des plus belle cave privée de la région avec sa partie souterraine. Sa capacité de stockage était de 14.750 hectolitres. Ce qui faisait l’attraction de ces lieux, c’était ses 27 foudres dont les deux ovales qui se faisaient face. Leur capacité variait entre 35 et 350 hectolitres, certains étaient centenaires.
Ces foudres sont onéreux à l’achat car il faut une main d’œuvre importante et spécialisée. Il faut marquer les douelles et cercles, démonter l’ensemble, le transporter et le remonter dans la cave de destination, cette opération est aussi bien valable pour les foudres neufs que d’occasions. L’entretien n’est pas aisé, pour le lavage, le détartrage il faut entrer par la porte à condition d’avoir une taille mannequin.
Pour éviter les moisissures et autres, il fallait allumer 6 mèches de souffre en moyenne et refermer porte et trappe. Avant les vendanges, lorsqu’on ouvrait plusieurs foudres à la fois, on devait quitter les lieux très vite car l’atmosphère devenait vite irrespirable.
Le dernier foudre d’occasion a été mis en place en 1965 par le foudrier Madaule. Les cépages méditerranéens sont appropriés au stockage en foudre qui leur délivre des arômes. Leur disparition dans les caves récentes est due à leur prix et à la disparition du métier de foudrier.

Aujourd’hui les bruits familiers se sont tus à jamais, fini les odeurs de vendanges et de la fermentation, le silence qui règne est pesant, parfois entrecoupé par une tuile qui dégringole ou une poutre qui lâche prise, c’est le chaos. Dans une indifférence totale, le travail de plusieurs générations s’est trouvé anéanti. Le projet qui devait, selon les promoteurs, donner une nouvelle vie au domaine et au château a pour le moment provoqué l’inverse. Aujourd’hui, régisseur, chef de cave, ouvriers nous ont quittés. Espérons que le paradis leur sera aussi agréable que la douceur qui régnait jadis en ces lieux.

Bernard Bals

Le pont de Montagnac



 

Combien d’automobilistes ont franchi cet ouvrage sans même se poser la question de savoir ce qu’il y avait en dessous, obsédés par la limitation de vitesse à 70 km/h et la circulation souvent dense, ajouté à cela la présence de nombreux convois hors gabarit.
Vieux pont sur le fleuve Hérault entre les communes de Montagnac et Pézenas, situé sur la RN 113 devenue D 613, son histoire n’est pas un long fleuve tranquille !
La date du premier pont en bois n’est pas certaine, pourtant des documents attestent qu’en 1288 un péage existe et que des droits sont acquittés pour l’acheminement des marchandises et des animaux.
Ce pont en pierres a été bâti en 1627 sous Louis XIII.
A partir de 1659, en assemblée de sénéchaussée de Carcassonne on s’inquiète, ce fleuve ayant tendance à quitter son lit au pont de Montagnac et il faut y remédier au plus vite. Elle demande à Monsieur de Périquet, vicaire général de l’Evêque d’Agde qu’il fasse procéder à des vérifications au plus tôt avec les consuls de Pézenas et de Montaniac.
En 1660, on ordonne les travaux, mais la sénéchaussée de Carcassonne se disant surchargée d’impôts, demande au diocèse d’Agde de faire avancer par son receveur le 1er paiement à rembourser sur les impôts de 1661.
Les travaux seront réceptionnés par l’évêque de Lodève, le baron de Rieux, les sieurs grand vicaire de Carcassonne, les consuls de Carcassonne, Albi, Castres et Mirepoix, le sieur Roux syndic général et Guilleminet greffier des Etats, c’est dire l’importance que l’on donne à cet ouvrage.
En octobre 1680, on autorise un emprunt afin de rendre le chemin libre dans le temps des inondations du fleuve Hérault.
En 1685, on s’inquiète du retard pris par les troupes du Roy qui ont du faire étape et dont le coût s’élève à 5 ou 6.000 livres en un an. Ajouté à cela les foires de Pézenas et Montagnac qui sont les plus considérables de la province après celle de Beaucaire. Elles ont souffert un si grand préjudice par le retardement des marchandises et des personnes qui fréquentent les foires qu’il y aurait danger de voir transférer le commerce en d’autres endroits.
Rien que pour les chaussées, on parle de 100.000 livres. Il sera fait fond par imposition dans le départ des dettes et affaires du pays de la somme de 200.000 livres par an, et ce pendant 5 ans à commencer de 1686.
Les modifications vont inclure des parapets à angle saillants pour la défense de l’ouvrage, ils serviront de longues années comme refuge pour les piétons, car il était étroit et à une seule voie.
En 1934, l’Association des Riverains de l’Hérault pour la Défense et contre les inondations demande entre autres la réfection de ce pont. Cette réfection devrait prendre en compte une décision ministérielle demandant la suppression des piles afin d’améliorer les conditions d’écoulement des eaux, elle ne sera jamais prise en compte. Il sera classé par un arrêté du 16.10.1944.
Il ne subira des modifications qu’après la deuxième guerre mondiale.
Long de 115 mètres, le tablier repose sur 5 arches. De part et d’autre, il comprend 77 travées de décharge. La circulation hippomobile et automobile fut à l’origine de nombreux conflits de priorité, c’est celui qui avait fait le moins de distance sur la chaussée qui devait reculer. Les incidents et le développement de la circulation nécessiteront son élargissement à deux voies.
En 2003, il a fait l’objet de travaux importants de consolidation des piles déchaussées par les inondations au fil du temps. Il est à noter que la pile du pont a été dégagée en septembre 2016.
A ce jour tout est à refaire d’où la pertinence de la décision ministérielle de supprimer les arches.
Le pont en fer qui se trouve au sud du tablier a été posé autour de 1870 pour le passage du train que l’on appelait l’Intérêt local.

Bernard Bals

 

Etat du Languedoc - Délibération en assemblée de sénéchaussée: Carcassonne (19 novembre 1659)

L'Hérault ayant tendance à quitter son lit au pont de Montagnac, la sénéchaussée de Carcassonne ordonne au sieur de Roux d'écrire au vicaire général d'Agde pour qu'il vérifie au plus tôt, avec les consuls de Pézenas et de Montagnac, les travaux à faire...Il faut y remédier au plus vite sous peine de constituer la sénéchaussée de Carcassonne en de grands frais.

N.B. En 1661,  Montaniac , écrit un temps Montaigniac, deviendra Montagnac.

 

Les glacières de Montagnac




 

Sur le domaine de Lavagnac subsiste encore deux glacières. 
L’une près de la bergerie, semi-enterrée avec une structure voutée et l’autre au Sud du domaine, de forme cylindrique et enterrée. 
Les premières ont été construites il y a plus de 3.000 ans en Perse. En Occident il faudra attendre le XVIème siècle pour qu’elles se développent. A partir du XVIIème, leur nombre va augmenter considérablement. Elles étaient destinées à stocker la glace ou la neige hivernale. Elles servaient à conserver les aliments, les boissons au frais, mais la glace servait aussi fin XIXème à soigner les malades. Elles sont généralement enterrées, mais Versailles fait exception, et comme un défi, elles sortent de terre pour montrer que même le soleil n’affectera pas le plaisir du Roi. 
C’est une industrie qui va se construire autour de ces édifices. Il y a la construction, elles se trouvent en hauteur afin que les eaux de fonte puissent s’évacuer. Pour les cylindriques, leur diamètre variait de 4 à 5 mètres, et leur hauteur de 6 à 10 mètres. Une dalle sur le dessus fermait le tout, elle était recouverte de terre pour assurer l’étanchéité. Pour introduire ou retirer les produits, un passage, une porte se situait sur la paroi face au Nord pour réduire l’entrée d’air chaud. Ensuite vient la préparation, il faut mettre des branchages au fond, puis de la paille avant de commencer le chargement en glace ou en neige. La glace pouvait être récupérée sur place, mais aussi descendre des monts de l’Espinouse. Le transport se faisait dans des charrettes tirées par des chevaux que l’on remplaçait dans des relais. Plus tard on utilisera le Canal du Midi et le chemin de fer. La glace ou la neige compactée était protégée avec des bâches et de la paille. On construira par la suite des cylindres métalliques pour éviter une fonte prématurée. Ces convois s’effectuaient de nuit. La société des Glacières de Paris avait acheté une concession à Chamonix pour exploiter la glace du Glacier des Bossons.
Le chargement était un moment très important qui nécessitait beaucoup de main d’œuvre. Il fallait transporter l’or blanc à dos d’homme ou dans une brouette, ensuite on pilait la glace avant de la compacter par couche. 

Les glacières cessèrent de fonctionner autour de 1910. Celle qui se trouve près de la bergerie sera en partie transformée en réservoir d’eau qui alimentait la source de la coquille qui se trouve sur la grande terrasse. En France, bon nombre ont été sauvées après restauration. La plus importante se trouve à Chantilly, une autre dans Paris à l’hôtel Matignon, à Versailles. 
Les glacières de Lavagnac pourraient être encore sauvées, mais lorsqu’on observe l’état du château où des personnes ont allumé récemment des feux à l’intérieur, l’optimisme n’est pas de rigueur.

Bernard Bals.