Vigne

La clairette, retour dans la lumière

« Elle porte si bien son nom caractéristique de clairette, avec ses jolies grappes élégantes, à grains transparents, oblongs, blancs ambrés, et ses feuilles blanches au revers, contrastant avec le vert foncé de la page supérieure, ses sarments longs et fins de couleur claire qu’elle a peu ou point de synonymes dans la région ». Henri Marès, 1890

Journalistes, œnologues, sommeliers, à l’exemple de Philippe Cambie ou de Daniel Roche [1],  ne tarissent pas d’éloges sur la clairette, rangée parmi les cépages majeurs pour l’élaboration des grands vins blancs méridionaux. Elle a pourtant connu de longues éclipses, et doit à la ténacité de quelques passionnés d’être toujours cultivée. Coup de projecteur et coup de cœur pour le plus vieux cépage autochtone du Languedoc, qui a donné naissance à sa plus petite AOP, reconnue dès 1948.

Seule, en AOC clairette du Languedoc, de Bellegarde, ou en cépage d’appoint dans la vallée du Rhône et en Provence, elle a été curieusement rendue célèbre par la clairette de Die, vin pétillant et doux composé de … 75 % de muscat à petits grains, cépage avec lequel elle partage une longue histoire. Remontant le fleuve Hérault, elle s’est lovée dans sa moyenne vallée, pour s’épanouir avec vigueur sur des terroirs peu fertiles, calcaires et secs (terrasses du villafranchien,  marnes et schistes). Robuste, peu sensible aux maladies telles que l'oïdium ou la pourriture grise,  la clairette déploie une grande longévité. Baignée de soleil, elle aime les hivers doux, aux rares précipitations, les étés chauds où elle ne craint pas la sécheresse. Paresseuse, - c’est un cépage tardif - elle a besoin de temps pour mûrir correctement. Aussi, les vendanges ne s’achèvent-elles pas avant mi-octobre. Rebelle, il faut alors dompter ses tanins dès le pressurage et la vinification.

L’appellation Clairette du Languedoc s’étend sur 11 communes. L’essentiel de la production se concentre à Aspiran, Paulhan, et Adissan, considéré comme son berceau, Elaborée à partir d'un cépage unique, la clairette blanche à petits grains, elle propose une  palette de vins tranquilles vinifiés sous quatre formes différentes : en sec, moelleux, rancio ou vin de liqueur [2]. Ces vins sont appréciés pour leur absence d’acidité, qui les rend faciles à boire. La variété des productions, des sols, des expositions, des maturations du raisin comme des choix de vinification, donnent de subtiles nuances aux vins. Des arômes reconnaissables de pomme et de pamplemousse, de fleurs blanches dominent les dégustations, avec des notes florales et de fruits exotiques en sec, des arômes de pêche et de coing en moelleux, pour finir sur des accents de miel et de noisette pour les vins les plus évolués.


Carte de Cassini (XVIIIe siècle)
 

Le périple de la clairette épouse les contours de l’histoire du Languedoc, sa qualité en porte la renommée pendant des siècles. Implantée par les Grecs depuis le port d’Agde, la viticulture s’est installée durablement dans la vallée de l’Hérault, au cœur des grandes voies de communication anciennes. Ce sont les Romains qui font de la clairette « le grand cépage de la Narbonnaise », raconte l’historien et Maire d’Adissan, Philippe Huppé. Pour preuve, deux villae, parmi les plus vastes connues en Languedoc, ont été découvertes au cœur du terroir, à Paulhan et à Aspiran. Des grappes de raisins retrouvées au fond d'un puits gallo-romain proche ont été identifiées comme de la clairette. Le cépage connaît un second essor au Moyen-Age, par la proximité avec les grandes abbayes, dont celle d’Aniane, qui contrôle une partie de son aire de production. Le vin blanc, en particulier doux, est placé tout en haut de la hiérarchie des vins. Il sert une fonction liturgique, et s’offre aux nombreux pèlerins de passage. La renommée de la clairette point au XVe siècle. Le Maître sommelier du Roi Louis XI en acquiert, distinguant le sec (piquardentz) et le moelleux (cleratz). Rabelais, Olivier de Serres, les botanistes la célèbrent, en compagnie des muscats.  Malgré une production restreinte, sa réputation, basée sur la maîtrise de la maturation des raisins par des vendanges très tardives, ne se dément pas. Elle est servie en vin d’honneur dans les grandes réceptions  royales (François 1er en 1533, Louis XIII en 1622). La clairette étend ensuite ses vignobles vers Montpellier et les bords du Rhône. Elle connaît son plus grand déploiement autour de Marseillan, Mèze, Florensac, Pomerols, Pinet, Maraussan, Cazouls les Béziers, délimitant, avec  les piquepouls et les muscats, une vaste zone de prédilection pour les vins blancs en Languedoc au XVIIIe siècle. De plus en plus cotée, la clairette se vend cher, conquiert l’Europe du Nord, prospère sur ses terres d’origine. Puis elle se perd à partir du milieu du XIXe s. dans la fabrication de vermouths, apéritifs très prisés dont elle sert de base, avant que l’arrivée du phylloxera, qui détruit le vignoble héraultais ne lui porte un rude coup, comme à toutes les productions de qualité. Son image de marque ternie,  la pratique tombée en désuétude, la production de clairette se confine au confidentiel au XXe siècle.

  

Quelques vignerons portent l’effort de sa reconnaissance en tant qu’AOP en 1948, mais il ne s’en  plus produit guère plus que 20 hl en 1990. Un an plus tard, à son arrivée à la direction de la cave coopérative d’Adissan, Jean Renaud ose le pari de la remettre en production. « Personne n’y croyait, le nom ne plaisait pas ». Il en vinifie 80 hl à peine en rancio, par curiosité. « Elle était belle, vinifiée à part » confie-t-il. Il s’attaque au moelleux l’année suivante, mais la première vendange conséquente date de 1998, le temps de s’adapter au cépage, à sa vinification, changer le mode  de conduite à la vigne, la taille,  mais aussi retrouver des pratiques perdues. En interrogeant les anciens, il réveille leur mémoire, enfouie, fixe les délimitations géographiques de la production [3]. A l’heure actuelle, il se produit 1000 hl de clairette en moelleux. Le rancio, dont la vinification n’était plus usitée, est commercialisé en bouteille « costaud, stable… comme le vin qu’elle contient », prévu pour vieillir « un temps fou », un siècle peut-être.

  

Le syndicat du cru a porté cette renaissance viticole, depuis M. Souyris, Pierre Nogaret jusqu’à Jean Dardé, son président depuis deux ans. Des hauts et des bas, la clairette en a bien connu, des défis, elle en a beaucoup relevé. Le vin n’est plus au goût du jour, la mode va vers le piquepoul ou les cépages de la mondialisation, chardonnay et sauvignon ?  « C’est un cépage merveilleux pour les gens qui veulent revenir aux sources », répond Jean Dardé, par sa résistance à la sécheresse, son ancienneté dans un air du temps qui s’attache au terroir, à l’histoire locale. Une reprise est amorcée. Un bon bouche à oreille, la fidélité de la clientèle en caveaux, la qualité du produit, des prix raisonnables, une forme de curiosité pour le cépage sonnent comme autant d’atouts. La relance de la production connaît depuis 2014 un coup d’accélérateur économique. Les Domaines Paul Mas, très impliqués dans les terroirs méridionaux, s’intéressent au cépage, doublent leurs achats chaque année, à Adissan et Puilacher. Le vin, en AOP Clairette du Languedoc sec, est destiné à l’export. Jean-Claude Mas offre ainsi des réseaux internationaux et une nouvelle jeunesse au plus régional des cépages. 

       

La persévérance d’un directeur de cave, d’un syndicat, l’arrivée d’un leader en vins du Sud trouvent un prolongement dans la démarche d’une collectivité. Maire depuis 2008, Philippe Huppé montre un attachement naturel à maintenir les traditions, que la Confrérie Saint-Adrien, la Nuit de la Clairette, fête collective et populaire,  font vivre.  Le PLU protège les  bâtiments viticoles, y compris les maisons vigneronnes du 19e s. L’édile place, au centre de ses préoccupations, la pérennité d’une production de niche qui atteint ses limites, à la fois qualitatives - les vins donnent aujourd’hui le meilleur d’eux-mêmes -, mais aussi de potentiel de production. Plus tard, seuls quelques propriétaires, quelques jeunes maintiendront vraisemblablement la viticulture à Adissan. Philippe Huppé entend se servir de l’oenotourisme et de projets artistiques haut de gamme comme leviers économiques. Président du réseau national villes et métiers d’art (VMA), une association d’élus qui ont pris cette compétence, il mène un ambitieux projet, au long cours, tablant que, dans vingt ans, Adissan se sera enrichi par l’apport de ces métiers, au cœur d’un patrimoine vivant, dont la clairette sera l’autre pilier. Grâce à l’installation d’ateliers au sein même du village, à la constitution de structures d’oenotourisme autour des deux pôles, interdépendants (circuits pour bus, visite de la cave, des artistes, restauration, hébergement), le visiteur repartira, empli de toute une histoire : celle de vins et vieux métiers. Car « avec la clairette, c’est toute une histoire que l’on boit ».

Dans cette toile tissée autour du plus ancien cépage languedocien, chaque fil puise dans un retour aux sources, entre connaissance du patrimoine viticole et inventivité, un savoir-faire du vin immuable et sans cesse renouvelé, des accords contemporains. Pour mieux assurer la permanence des vignobles, des pratiques, d’un métier, d’un cépage, comme un retour dans la lumière.

Florence Monferran


[1] Philippe Cambie, œnologue: « un très grand cépage ». Daniel Roche, sommelier « un cépage trop méconnu »
[2] Vin sec : 12° d’alcool minimum - Vin moelleux : 15° d’alcool minimum - Rancio après trois années de vieillissement pour un vin titrant 14° minimum - Vin de liqueur (17°) avec mutage en cours de fermentation (5% minimum et 8% maximum d’alcool à 90°)
[3] en fonction de la présence de mazets et de la distance que pouvait parcourir le cheval

 

La Clairette en chiffres, en 2016
Une centaine d’hectares
4 caves coopératives, : Adissan, Cabrières, Fontès, Puilacher (Paulhan, Aspiran, Péret apporteurs)
5 caves particulières
Production annuelle: 4000 hl en 2015, 4 500hl en 2016 dont 2300 hl à Adissan
En année commune : 60% en moelleux et 40% en sec
Commerce France: 80% (GD) et 20% (vente directe)

Accords culinaires
La clairette peut facilement accompagner un repas entier, de l'apéritif au dessert: les foies gras, les poissons délicats ou même les viandes blanches en sauce ainsi que les fromages, en particulier le roquefort, la tarte au chocolat
Secs : poissons, huîtres chaudes, viandes blanches

Le projet Ville et Métiers d’Art (VMA)de la Mairie d’Adissan
Sur une friche industrielle de 2500 m2 dans le village
Avec Hérault Habitat
Thématique retenue : autour de l’espace public, l’améliorer, ou le qualifier
Budget : 4 millions d’euros
16 professionnels, disposant d’un atelier et d’un logement
Pour moitié : ouvert à des jeunes, renouvelés tous les 3 ans
Pour moitié : ouvert à un groupe qui restera et transmettra son expérience.
Critère de choix des professionnels : « qu’ils soient les meilleurs dans leur catégorie. Nous visons l’excellence »
Des atouts: à proximité d’une sortie d’autoroute ; Adissan sur un axe du réseau VMA qui passe par Agde, Pézenas, Lodève, et Gignac

Embellie d'automne

La rentrée  viticole prend divers chemins : une rentrée soucieuse, sous le signe d’une baisse de récolte et des craintes pour les marchés vrac, une rentrée studieuse pour les vignerons et œnologues qui s’affairent aux vinifications, une rentrée radieuse pour les vins du Languedoc AOC et IGP qui se voient déjà décerner bons points, ou plutôt étoiles, et récompenses.

Le Languedoc tutoie les étoiles dans la revue des Vins de France
Au milieu des foires aux vins dans les grandes surfaces et des rendez-vous chez les cavistes, le palmarès de la prestigieuse Revue des Vins de France (RVF) sert de repère et de référence au consommateur. Le classement distingue l’excellence du vignoble français (3 étoiles), les très grands domaines (2 étoiles), et ceux en devenir, de bon niveau (1 étoile), en fonction « du potentiel du terroir, de la faculté du vigneron à l’exploiter et de l’homogénéité de sa production sur les derniers millésimes ».
Dans sa 21e édition, le guide entérine que « le Languedoc est bel et bien entré dans la cour des grands et  le niveau des meilleurs vignerons tutoie désormais l’excellence ». Le jury récompense des années de travail sur des terroirs en octroyant « 3 étoiles » à deux  domaines, Peyre Rose à Saint­Pargoire (AOC Languedoc), de la pionnière Marlène Soria et Les Aurelles à Nizas (AOC Languedoc et AOC Languedoc­Pézenas) de Basile et Caroline Saint-Germain, qui viennent rejoindre au firmament Olivier Jullien, du Mas Jullien (AOC Languedoc et AOC Terrasses du Larzac).Outre ces domaines, artisans « de la renaissance d’une viticulture rigoureuse dans la région », la RVF promeut le Mas des Brousses (AOC Terrasses du Larzac) au rang des 2 étoiles (parmi neuf domaines en Languedoc),  Clos Maïa (AOC Terrasses du Larzac) et Mas d’Alezon –Domaine de  Clovallon (AOC Faugères) au rang d’une étoile (23 en Languedoc).
Les terroirs du Languedoc, des Terrasses du Larzac et  Pic- Saint Loup récemment promus en AOP, à Pézenas et Saint-Georges d’Orques, qui y prétendent, sont plébiscités.

Concours Top 100 des vins du Languedoc-Roussillon Sud de France  à Londres


Initié en 2012 par le Comité Interprofessionnel des vins du Languedoc et Sud de France Développement, le concours est un dispositif piloté par la Maison de la Région à Londres, qui aide les entreprises viticoles régionales à conquérir le marché britannique. Le Royaume-Uni, 2e importateur mondial de vin, est un marché très concurrentiel. Le Languedoc-Roussillon y exporte plus de 300 000 hl, pour un chiffre d’affaires de 82 millions d’euros, son 3e marché export en valeur. En quatre ans, le concours est devenu une véritable référence. Le jury décerne, parmi les 100 vins primés, ses coups de cœur. Les voici dévoilés pour 2016, récompensant vins en IGP (Identité Géographique Protégée) Pays d'Oc et AOP (Appellation d'Origine Protégée)

 

Le rendez-vous d’arrière-saison des vins de l’AOC Languedoc

La rentrée viticole aussi joue les prolongations avec l’été. Les AOC Languedoc proposent une nouvelle initiative, les Estivales d’Hiver, et donnent rendez-vous aux amateurs pour déguster une fois par mois verres de vin et produits régionaux au Mas de Saporta. Au programme : deux appellations ou dénominations mises à l’honneur chaque soirée, dans une ambiance festive et musicale dont les AOC sont coutumières.

Une façon de faire découvrir le meilleur des vins du Languedoc et de ses terroirs, tout auréolés de leurs succès estivaux, leurs cartables déjà emplis de récompenses, symbole de la reconnaissance des professionnels et des consommateurs.

Florence Monferran

Les vignerons de Pézenas sur le chemin de l’obtention du Cru

L’Hôtel de Peyrat, qui abrite l’Office de tourisme de Pézenas Val d’Hérault, servait d’écrin, le 2 septembre, à la présentation de la cuvée Côté Mas, Pézenas, terroir fusionnel.  Dans la salle de la cheminée, ornée de tableaux en exposition, les producteurs de l’appellation Languedoc-Pézenas faisaient découvrir lemillésime 2015 de ce vin collectif, porteur du terroir. La cuvée en effet est issue, à l’initiative de Jean-Claude Mas, négociant-vigneron, de raisins d’adhérents volontaires pour cette démarche, sélectionnés pour leur typicité représentative de la dénomination Pézenas. A cette occasion, une sélection des anciens millésimes était offerte à la dégustation, avant une dernière soirée des Estivales entièrement consacrée aux vins en AOP Languedoc.
La Dénomination Pézenas a été reconnue dans le cadre de la hiérarchisation des AOC Languedoc en 2007. Une mosaïque de sols  la composent : cailloutis, schistes, calcaire et grès, liés entre eux par une coulée de basalte. C’est elle qui confère à ce terroir sa spécificité et un paysage caractéristique, dans une succession de petites vallées et de plateaux, traversés par plusieurs cours d’eau, sous influence du climat méditerranéen. Les vins qui en sont issus s’appuient sur des cépages anciens (carignan, cinsault et grenache) et plus récents (syrah et mourvèdre).
Les vignerons souhaitent aller plus loin et oeuvrent à l’obtention du cru AOP Pézenas, à l’instar des terroirs des Terrasses du Larzac ou de la Clape. Rassemblés autour d’une terre commune, ils viennent de tous horizons. Installés depuis plusieurs générations ou nouveaux venus issus de différents univers (chef d’entreprises, journalistes, professions libérales) le projet commun d’accéder au statut de Cru les réunit.
Cette étape supplémentaire dans la reconnaissance de la typicité de ses vins exige des identifications, puis des délimitations parcellaires, ainsi que des cahiers des charges rigoureux. Stéphane Martin, trésorier du syndicat, explique que « les vignerons pensent parvenir au bout de la démarche avec l’Institut National des Appellation d’Origine d’ici deux ans pour les vins rouges. Le travail  portera ensuite sur les blancs et les rosés. Le conseil technique syndical est déjà au travail ».
L’obtention du cru doit démontrer la spécificité et la typicité du terroir en question Jean-Claude Mas, implanté dans le vignoble et fortement impliqué dans la démarche, joue un rôle moteur, à l’exemple de sa proposition de cuvée « fusionnelle ». Un opérateur puissant qui joue le rôle de locomotive, un oenotourisme fort, avec des démarches syndicales structurées (Vins,Vignes et Terroirs au printemps, Estivales, des partenariats avec les cavistes, hôtels et restaurants), l’AOP Languedoc-Pézenas s’appuie sur de nombreux atouts dans son cheminement vers l’obtention du Cru.

 

Côté dégustation
A la dégustation, les vins présentent une couleur relativement soutenue, du grenat au pourpre, sans excès. La palette aromatique décline surtout des arômes épicés comme le poivre blanc, la cannelle, la figue, accompagnés de quelques notes de garrigue et de petits fruits rouges  out de mûre. Le profil en bouche est très caractéristique de par sa structure tannique très fine et élégante, fondue. Les millésimes présentés, de 2007 (année de création) à 2015,  confirment que ces types de vins s’épanouissent au bout d’un an minimum, d’où la nécessité d‘un élevage qui dure entre 12 et 24 mois. Sur le conseil de Frédéric Ducros, sommelier, ces vins rouges se dégustent sur de belles viandes rouges grillées (côte de boeuf ou de toro), sur une daube provençale ou de toro, un civet de lièvre. 

Présent, Guy Cazalis de Fontdouce, vigneron à la Font des Ormes à Caux, se réjouit de la qualité du millésime 2015 mis en dégustation. « Caux, Fontès et Nizas forment un triangle d’or du Languedoc, directement sur une coulée de basalte. La qualité, des vins de garde, le Languedoc a progressé à grands pas en trente ans.  Que de chemin parcouru depuis le vin  de mes grands-parents! ».

Côté Mas 2015 est un vin jeune à la robe brillante, fruité et rond en bouche, vanillé par l’apport d’un élevage sous bois. C’est un vin gourmand.
Côté Mas 2013: la robe est plus mate, les arômes évoluent, sur un nez de fruits noirs, compotés, et une bouche  puissante, mais sans agressivité.

Mas Gabriel 2013, Peter et Deborah Core, Gabian: finesse et élégance dans un nez de fruits noirs, force de la matière en bouche, c’est une belle cuvée.

Latude 2007,  Vignerons de Fontès: sur ce premier millésime en AOP Languedoc-Pézenas, les terroirs de basalte et argilo-calcaires offrent une robe soutenue, un nez épicé, et une belle évolution en bouche.Les coopérateurs démontrent que la qualité est valable pour eux aussi. « La diversité des terroirs, des vignerons, des façons de voir apportent un réel dynamisme » selon Stéphane Martin, qui est coopérateur à Fontès.

Les cuvées suivantes sont des vins biologiques ou en biodynamie :

Domaine de Magellan 2009, Bruno LAFON et Sylvie LEGROS, Magalas, certifié: le vin offre un nez gourmand de fruits rouges, très épicé en bouche. Le Grenache apporte rondeur et alcool, notes de griotte. C’est un vin suave.

Domaine Leconte de Floris, Six rats 2015, à Caux Daniel Leconte de Floris: ce vin jeune minéral, acidulé respire la fraîcheur. Présent aux Estivales, Daniel Leconte de Floris propose un marsanne-carignan en vin blanc, avec une  fraîcheur et une minéralité égales.

Pour terminer, nos hôtes présentent à la dégustation un millésime 2008 un des plus beaux vins du Languedoc, duPrieuré Saint Jean de Bébian, à Pézenas, aujourd’hui repris par un investisseur. La robe intense, le nez fin, complexe, envoûtant, les arômes, la bouche n’a pas pris une ride, équilibrée, sans sécheresse. C’est un vin vinifié par Karen Turner, élue meilleure winemaker de l’année. Son mari, Emmanuel Pageot, présent aux Estivales, élabore des vins atypiques, en biodynamie, fruit de ses recherches sur leDomaine Turner-Pageot à Gabian.

Les Estivales de Pézenas
Dans la foulée de la dégustation, débutent les dernières Estivales. « un super concept » pour Frédéric Ducros, « qui mêle les générations, le vin, la musique, la gastronomie, avec des produits culinaires de qualité  en partenariat avec la chambre d’agriculture». Les Estivales de Pézenas se sont ouvertes, avec la ville et l’agglomération, à des partenaires de la route des vignerons et de pêcheurs, et des producteurs des Côtes de Thongue, qui viennent compléter l’offre « entre terre et mer ». Elle clôturent une saison estivale très fréquentée, à l’heure où les vignerons ont commencé à vendanger les blancs, sauvignon et chardonnay en tête. Les cailloux sont semés sur le chemin de l’obtention du cru Pézenas.
Florence Monferran

   

 

 

 

Quelques chiffres

AOP Languedoc-Pézenas depuis 2007, uniquement en vins rouges
- Superficie en production AOC : environ 1500 ha
- Aire de production sur 15 communes :
Adissan, Aspiran, Caux, Fontès, Fouzilhon, Gabian, Lieuran-Cabrières, Montesquieu, Neffiès, Nizas, Paulhan, Péret, Pézenas, Roujan, Vailhan

- Producteurs :
3 caves coopératives,
29 caves particulières

- Production en 2015 :
environ 27 200 hl en AOP Languedoc 
dont 6 100 hl en AOP Languedoc-Pézenas pour une dénomination en progression.

- Rendement maximum : 45 hl/ha


 

Les vins du Languedoc voient la vie en blanc

Photo: AOC Languedoc

Plus de dix ans qu’ils pointent le goulot de leur bouteille, taquinent les grandes appellations, ont l’audace de bien vieillir, et un penchant pour la conduite biologique, voire biodynamique : les blancs du Languedoc sont de retour. Oui, de retour, car ce sont eux qui ont forgé la renommée de cette terre, dès l’époque romaine. Pline l’Ancien voyait la Narbonnaise comme « une seconde Italie ». Ses paysages, l’Hérault en offre un condensé, du littoral jusqu’aux hauts cantons. La diversité des sols, schistes, grés, villafranchiens, aux coulées de basalte, n’a d’égal que le foisonnement de cépages qu’elle a fait naître. Les vignerons ne manquent ni de variétés ni d’imagination pour les assembler. Cépages anciens, clairette, muscat à petits grains et piquepoul, cépages emblématiques, comme grenache et terret,  cépages oubliés, œillade, Augibi et aspiran, ou retrouvés, à l’image du carignan blanc ou du rolle (devenu vermentino) ont vu affluer au fil du temps roussanne, marsanne, puis viognier jusqu’aux cépages de la mondialisation, chardonnay en tête, voire quelques cépages insolites, à l’instar du Gewurztraminer.
Les grands, grâce auxquels un terroir rayonne, se sont patiemment installés. Olivier Jullien a été rejoint en 2016 au firmament de l’influente RVF par Marlène Soria (Domaine de Peyre Rose) et Basile Saint-Germain (Domaine Les Aurelles). Tous trois produisent des blancs salués par la critique, en culture biologique. Avec un élevage sous bois modéré, ils en font des vins de garde [1]. A leurs côtés, les chevilles ouvrières de la renaissance, valeurs confirmées ou en devenir, tissent les fils de cette renommée: Grange des Pères, Clos Marie et Ermitage Pic Saint loup, Mas Champart, Prieuré de St Jean de Bébian,  Domaine d’Aupilhac, Clos de l ‘Amandaie ou Mas Novi …

Comme un retour aux sources
Est-ce parce que le grec Hippocrate disait de lui qu’ « il aiguise l’intelligence », ou parce que les agronomes et poètes romains le plaçaient tout en haut de leurs hiérarchies, avec des doux, que le vin blanc a pesé de son empreinte sur l’histoire viticole du Languedoc ? Porteurs d’un patrimoine, trois cépages le sont assurément, des plus anciens reconnus en AOP (muscat et clairette) jusqu'au petit dernier, en 2013 (piquepoul). Lovés dans la moyenne vallée de l’Hérault et sur le cordon littoral, d’Agde à Lunel, ils tirent aujourd’hui encore leur épingle du jeu. A l’occasion de vendanges difficiles, ils démontrent leur résistance à la sécheresse, en particulier sur les rivages. Muscat et clairette, le plus précoce et le plus tardif, aiment la chaleur. Ils ne sont pas soumis à de hauts rendements sur leurs terroirs de prédilection, où leurs racines puisent dans l ‘humidité du cordon littoral. Tardif lui aussi, le piquepoul, dans son implantation en terrains profonds, profite des  pluies régénératrices de septembre. La baisse de volume, générale, est ici contenue : - 2% à la Cave de Lunel, - 10 % sur le terroir de Frontignan, – 10 % environ en piquepoul. Les années difficiles engendrent souvent de grands vins. Les vignerons s’accordent sur une moindre récolte génératrice de plus de concentration et très aromatique.


La clairette : « C’est une histoire que l’on boit »
Philippe Huppé, Maire d’Adissan, affiche la couleur. « La clairette est le plus vieux cépage autochtone du Languedoc ». Le village, entouré de Fontès, Cabrières et Péret, supporte l’essentiel d’une production, oubliée un long temps après son passage en AOP en 1948.  Relancée, dans une niche haut de gamme, sur un  faible volume, elle est portée par une démarche économique et oenotouristique de la commune d’Adissan, un président de syndicat, Jean Dardé, qui en est le plus gros producteur, un directeur de cave, Jean Renaud, fou du cépage, qui l’a remis en culture, vinifié, délimité géographiquement. Il raconte avec passion ces vendanges : « La clairette n’a pas du tout flétri sur souche, elle récupère les dernières fraîcheurs ou pluies après équinoxesSi nous manquons de degré, c’est par manque d’eau en hiver. » La vigne n’a pas eu de réserves en profondeur, mais les clairettes ont bien réagi, le volume est habituel. Elles seront vinifiées en sec, moelleux et rancio. Les vendanges s’achèvent, comme à l’accoutumée, vers le 10 octobre. « Pour faire de la clairette, il faut être patient  et attendre la bonne maturité ».

  

« Avec le muscat, on peut tout se permettre »
Bruno Pastourel le démontre à Frontignan depuis trente ans, consacrés  à innover autour du cépage, en sec, naturellement doux, moelleux au Château La Peyrade, bâti au XVIIIe s. Calcaires lacustres qui se mêlent aux vestiges de l’implantation romaine, racines très profondes, sélections parcellaires, le terroir parle, sous une influence maritime bénéfique. Plantés dans des sols adaptés, « les cépages traditionnels résistent bien au stress hydrique. » confirme Christophe Miron, président de la Cave coopérative. « Le cépage a eu un très bon comportement, c’est là qu’on voit qu’il est bien adapté au terroir et qu’il a l’habitude de souffrir de la sécheresse » ajoute Bernard Rouger, président du syndicat du cru de Lunel. Malgré des vendanges un peu tendues, en condensé pour faire face aux maturations groupées, la qualité est là, par concentration des sucres, avec des arômes floraux et fruités sur l’ensemble du muscat lunellois, tirant vers le miel à la Cave coopérative.

  

« Le piquepoul, un cépage que j’adore »
Héritier d’une famille implantée depuis 1744 à Pinet, près de la Via Domitia antique, Laurent Gaujal poursuit la lignée d’ardents défenseurs du piquepoul. Il témoigne que « le cépage a beaucoup souffert,  flétri, petit comme un petit pois ». Quinze jours avant les vendanges, la pluie salvatrice a gorgé d’eau un grain qui avait du degré. Le cépage a bien réagi. Guy Bascou, président du syndicat du cru analyse l’ensemble des vendanges: « La récolte, d’une grande hétérogénéité, diminuera globalement de 10 % environ, avec de grandes disparités entre vignes en terrains profonds et en terrains superficiels,  entre vignes vieilles, bien enracinées, et vignes jeunes, et des pluviométries variables : il a moins plu dans l’ouest de la zone d’appellation (Florensac, Castelnau de Guers). Le millésime sera un grand millésime dans son environnement traditionnel ».

Les aires de production des trois cépages lancent de nouveaux produits : un muscat sec haut de gamme à Lunel, un piquepoul premium à Pinet, à destination des cavistes, hôtels et restaurants (CHR), récolté plus tard, et élevé sur lie. Depuis 2014, le négociant Jean-Claude Mas s’intéresse à l’AOP Clairette du Languedoc sec, qu’il sort de son cadre régional, en la développant à l’export.
Des produits très anciens resurgissent : un rancio de 2006 mis en bouteille dix ans plus tard à Adissan, des muscats en surmaturation pour les vendanges de la Saint-Vincent à la Cave de Frontignan, des passerillés au Château la Peyrade. On assiste, en 2016, à un vrai boum sur les raisins surmûris !
Précoces ou tardifs, ces cépages font fi du temps. Le Château La Peyrade conserve un muscat naturellement doux de garde de plus de 25 ans. En vieillissant, la minéralité, omniprésente, se développe au détriment du sucre. Jean Renaud dit du rancio d’Adissan « qu’il est prévu pour tenir un temps fou, un siècle peut-être ! »
Et si l’avenir appartenait aussi aux clairettes, piquepouls et muscats, trio gagnant des cépages anciens ?
Florence Monferran


[1] Olivier Jullien assemble Carignan, grenache, chenin, viognier, clairette, roussanne sur des terres alluvionnaires et caillouteuses.  
Le blanc de Basile Saint-Germain (Aurelles) marie vieilles vignes de clairette et jeune roussanne plantée sur les terrasses sablo graveleuses du Villafranchien.
Marlène Soria utilise principalement vermentino et roussanne. Son magistral Oro  a été commercialisé en 2015, quinze ans après sa vendange.

Des vendanges bouleversées


Vendanges au Château La Peyrade (Frontignan)

 

La pluie a déserté le Languedoc, causant une forte sécheresse dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, qui s’est étendue au Biterrois, à la vallée de l’Orb et au Piscénois, jusqu’à ronger le bassin de Thau. Cruauté du temps, c’est la grêle qui a frappé Montpellier et ses alentours. L’année 2016, marquée en viticulture du sceau des calamités, produit anormalité sur anormalité. Des chardonnays vendangés avant des muscats, des mourvèdres avant des syrah, la chaleur affole les cépages, sans parler des sinistrés du Pic Saint-Loup et de l’est de Montpellier obligés de vendanger avant tout le monde pour sauver ce qui peut l’être. L’absence de pluie, conjuguée en fin d’été à de très fortes chaleurs, dessèche le grain, induit une perte de jus, donc de rendement. La baisse de récolte, déjà sensible partout, est évaluée à - 10 % en France par le Ministère de l’Agriculture. Les professionnels parlent d’une « récolte maigrichonne » en Languedoc. 
Loin des prévisions, vignerons et coopérateurs s’affairent à la vigne. La maturation des raisins, contrariée par un printemps humide, vecteur de maladies, avait retardé le début des vendanges. Elle s’accélère de façon galopante ces derniers jours pour tous les cépages. De quoi donner le tournis aux vignerons, et chambouler l’organisation des vendanges: il faut resserrer les dates de récolte pour ne pas trop perdre de jus ou ramasser des degrés trop élevés. En 3 jours, 2 à 3 degrés ont été pris sur les syrahs à Pomerols, avec un vent desséchant qui est levé. Vendanger au rythme des maturations, en accéléré? La plupart des vignerons et caves coopératives s’y résolvent, par crainte qu’un épisode climatique violent ne vienne tout ruiner. Valérie Ibanez, au Domaine de Roquemale à Villeveyrac, condense ses dates de récolte « sur douze jours au lieu d‘un mois » . De même, à la cave de Bessan, « Les maturités avancent tellement vite, nous vendangeons à plein. Nous passerons de 25 jours à 15 jours de vendanges cette année » commente son directeur, Robert Cabrol. Les caves rentrent des volumes plus importants sur une journée. Mais la chaleur laisse peu de temps pour ramasser le raisin, y compris la nuit. Olivier Azan, au Domaine du petit Roubié à Pinet, notait 23° à 4h du matin. « On commence avec la machine à vendanger à 2h du matin au lieu de 5h, les cadences sont plus importantes pour presser, on récolte plus. ». Et d’ajouter: « Les fortes chaleurs perturbent tout: les raisins, et les hommes. Il faut garde la tête froide, rester méthodique, concentré sur les vinifications ». 
Sauvignon et chardonnay ouvrent le bal des vins de pays, suivis des cépages régionaux, roussanne, marsanne. Le Piquepoul, cépage tardif, fermera la marche pour produire l’AOP picpoul de pinet. Bien adapté à sa zone de production littorale, il résiste mieux à la chaleur que le sauvignon, qui souffre cette année. 
A Pomerols, à Bessan, les caves  finissent  de rentrer les blancs, pour débloquer l’arrivée des rosés. A Montagnac, les grenaches, magnifiques, entrent en cave. Ils répondront à des marchés très pointus sur des rosés pâles.
 Puis vient le tour des rouges. Quelques jolies syrahs et autres cépages en agriculture biologique au Domaine de Roquemale, auréolées de trois étoiles au Guide Hachette 2017 sur la cuvée LEMA, ont donné une jolie sortie, le nombre de grappes compensant la perte de jus. 

 
Marsanne et Syrah du Domaine de Roquemale (Villeveyrac)

L’enjeu, pour tous, tient à garder le cap sur la juste maturité souhaitée. Sur le Bassin de Thau, blancs et rosés sont récoltés pour répondre très rapidement, d’ici la fin de l’année à d’importants marchés, en particulier à l’export. Ils obéissent à des critères très précis d’élaboration: peu de couleur mais une belle acidité et de la fraîcheur. Chaque année, les vignerons relèvent le défi de produire une qualité égale, alors que les conditions d’élaboration varient considérablement,. Les Costières de Pomerols se sont par exemple dotées d’outils prédictifs de la maturité, en plus des contrôles habituels sur le terrain. Joël Julien, leur Directeur le précise: « il s’agit de vendanger à l’optimum pour satisfaire ses clients et ses marchés ». Cette année plus qu’une autre, les vinifications moduleront les assemblages, moins de merlot, trop concentré, par exemple, dans les rosés de Cotes de Thau à Pomerols. 

Cuve en fermentation (Mas de la Plaine Haute - Vic-la-Gardiole)  

 Les avis sont unanimes, de Bessan à Mireval, de Villeveyrac à Pinet, pour parler d’une plus petite quantité, mais d’une bonne qualité, voire d’un très bon niveau qualitatif sur ce millésime difficile, avec de la concentration, du fruit.
 Les grands millésimes naissent dans la douleur en Languedoc comme ailleurs. Une fois de plus, les vendanges, à la fois rendez-vous immuable et sans cesse renouvelé, nous interrogent sur l’incertitude du temps, la fragilité de productions agricoles même dans un siècle où nous pensons tout maîtriser par la technique, l’informatique et nos savoirs scientifiques. Que faire de ce temps, comment composer avec lui? Les chercheurs de l’INRA et du CNRS proposaient, à l’occasion de la Conférence sur le climat à Paris COP 21 en décembre 2015, des pistes de réflexion et d’actions, sur l’irrigation, les cépages, les modes de conduite de la vigne. Elles entrent à nouveau dans le feu de l’actualité. Avec un enjeu de taille pour la viticulture régionale: le maintien des qualités, de la qualité des vins du Languedoc, après trente ans d’efforts, de sacrifices et de profondes mutations, que la prestigieuse Revue des Vins de France vient de récompenser[1]


Vendanges chez Laurent Mazas à Mireval

Les modes de conduite la vigne en question
Au centre des débats, en pleines vendanges, l’absence de pluie en août remet sur le tapis la question des méthodes culturales pour mener la vigne. Laisser de l’ombre au raisin, de la surface foliaire, ne pas écimer, voire, pour les adeptes d’une culture en accord avec son environnement, enherber ses parcelles, pratiquer l’agroforesterie (complanter des arbres) pour redonner de l’humidité au sol et au cep apportent des réponses concrètes à la gestion du stress hydrique. Un travail en amont, auprès des viticulteurs, de formation, d’éducation pour suivre un travail adapté à de nouvelles conditions de production apparaît comme criant de nécessité. 
De même, le débat sur l’irrigation des vignes s’invite dans les discussions. Le syndicat du Bas Rhône Languedoc et la Chambre d’agriculture mènent un projet de 1500 ha pour 2020 sur le secteur de Montagnac, Pinet, Pomerols. Les réunions se multiplient mais les vignerons trouvent le temps long. Olivier Azan, qui a inscrit des parcelles dans le projet, constate que « même les vignes irriguées, en IGP, souffrent. Le cep tient bon, mais ne crée pas du végétal. Chaque année, nous assistons à des perturbations des vendanges liées à des épisodes climatiques. Nous sommes vraiment dans un changement climatique, ça y est». Jean-Louis Reffle, direction des Vignerons de Montagnac n’a pu que constater les dégâts de la chaleur sur ceux qui n’ont pas pu irriguer.
 Outre ce paramètre, le choix des cépages implantés alimente déjà le débat. Dans les faits, les cépages anciens tiennent bien le choc, le muscat à petits grains en tête. Joël Julien le constate: « les cépages traditionnels, comme en 2012 ou 2014, sont plus faciles à vinifier. Cette année, terret, carignan, et grenache tiennent mieux. ». Les vignerons tentent partout sur le Bassin de Thau des expérimentations personnelles. Les Costières de Pomerols sortent une production en gewurztraminer dans un mois. Du sangiovese, cépage italien, sera incorporé dans le rosé d’assemblage en Cotes de Thau. Le pinot, lui, souffre de la chaleur. Des croisements de cépages sont également implantés. La liste proposée s’allonge chaque année! Le château La Peyrade, à Frontignan expérimente ainsi les effets et la qualité de cépages venus d’un peu partout, pour produire un rosé atypique, et personnel. Les solutions seront-elles à la fois globales et très individuelles?

Florence Monferran


[1] Guide 2017, Revue des Vins de France (21e édition)

Les vendanges sur le terroir historique des muscats à petits grains

Vendanges chez Laurent Mazas à Mireval

Le ballet des charrois sur la route, le bruit des machines la nuit, les petits matins et les soirs parfumés d’odeurs musquées, miellées et de moût en fermentation, les signes ne trompent pas : Frontignan, Vic et Mireval vendangent bien. Avec retard, les maturités tardant ici aussi, puis à un rythme accéléré une fois les degrés requis atteints, dans les conditions partout similaires d’absence de pluie depuis fin juillet, de léger stress hydrique sur de jeunes parcelles ou sur les hauteurs de la Gardiole. La vigne souffre, ses feuillages flétris en témoignent. 
Depuis fin août, l’élaboration de muscats secs, puis de Vins Doux Naturels en AOP muscat de frontignan et muscat de Mireval occupent un territoire encore viticole. Début septembre, les degrés montent vite. Attisés par un mistral chaud et desséchant, la maturation avance au galop. Le grain réduit, la crainte qu’il ne sèche s’amplifie, pour Christophe Miron, président de la cave de Frontignan. Le degré supérieur à 16°, la récolte de belle qualité, il faut finir rapidement de rentrer l’ensemble des raisins. Le Président de la Cave coopérative vendangera ensuite une vigne de plus d’un siècle, destinée à l’élaboration d’une cuvée spécifique. A suivre. 


Apport de coopérateurs à la cave de Frontignan

La question des modes de conduite de la vigne pour préserver le muscat à petits grains dans le futur se pose différemment ici. Le cépage aime la chaleur. Entre étangs et mer, il puise souvent dans son sol l’humidité nécessaire à son développement, et bénéficie des brises maritimes. Sur les trois communes, des vignerons bios expérimentent de nouvelles façons de travailler le sol : labours à cheval au château Stony, infusions au mas de la Plaine haute, enherbement et agroforesterie aux Clos de Miège, le terroir innove. L’irrigation n’est pas autorisée sur les aires d’AOP des Vins Doux Naturels. Jean-Luc Mazas, ancien président de l’AOP muscat de Mireval l’explique : "leur culture ancestrale en zone aride, à petits rendements, bénéficie d’une taxation privilégiée.[1] Si les viticulteurs arrosent, ils sortent de l’AOP et perdent cet avantage fiscal. » 
Bruno Pastourel, vigneron au Château La Peyrade, confirme une  année très qualitative sur son terroir exceptionnel, qui surplombe l’étang de Thau et la mer Méditerranée. « La qualité sanitaire est magnifique. Il manque un peu d’eau sur les terres blanches calcaires. Je ne me plains pas, au regard de ce qui est arrivé en Pic Saint Loup. Nous allons rentrer le raisin, nous ». Les muscats secs ont été récoltés avec de l’acidité encore. Sur les contreforts de la Gardiole, Olivier Robert, vigneron au Mas de la Plaine haute, ne boude pas son plaisir : « le raisin est joli, il est délicieux en fermentation, je me régale! ».


Muscat à petits grains, Château La Peyrade (Frontignan)

La diversification des productions est actée. « On peut tout se permettre avec le muscat à petits grains » rappelle Bruno Pastourel, précurseur dans l’élaboration de muscats secs, ou naturellement doux. Avec les moelleux, pétillants, rosés et rosés muscats, ainsi que rouges dépoussièrent les terroirs historiques et occupent une place croissante dans la production locale.
Plus que quelques jours encore, pour atteindre la maturité totale de quelques parcelles et observer cette qualité et cetet diversité en cave, en vinification.
Florence Monferran


[1] A 47€ /hl au lieu de 180 €/l en vin de liqueur

Les vendanges au Domaine de Roquemale

Le Domaine de Roquemale s'étend à Villeveyrac, au pied des éoliennes, entre l'ancienne mine de bauxite et les garrigues lus au nord. Un site magnifique. Le fameux viaduc qui caractérise le site vous montre le chemin à suivre. La Nature est reine à cet endroit : entre les figues de barbarie, les plantes de la garrigue toute proche, le fenouil, les olives et la vigne, tous les sens sont en éveil et surtout au petit matin.

   Pour Valérie et Dominique, les jeunes vignerons de Villeveyrac propriétaires de Roquemale, depuis début septembre c'est le temps des vendanges. En plus condensé cette année, les maturations avançant très vite. Des matinées, et souvent à partir de 5 h, surtout pour les Blancs, à la lumière des frontales. Un total de 13 jours.
Si leur production de vin est labellisée Agriculture biologique c'est bien parce qu'ils acceptent toutes les contraintes relatives à ce genre de production. Mais quelle récompense avec des vins qualifiés de structurés et élégants, très frais, digestes !
Les Terrasses, Sans Filet ou le Roq Blanc seront excellents pour l'apéritif ou sur de petits plats, tandis que les rouges plus structurés Les Grès, Lema ou Mâle, s'associeront parfaitement avec une pièce de viande. D'ailleurs, même les frères Pourcel du "Jardin des Sens" ont mis à l'honneur le Méli Mélo 2014, un I.G.P. Pays de l'Hérault, un Rouge issu du domaine.


Que de travail en amont :   si les cépages du domaine sont la Syrah, le Grenache, le Cinsault, l’Alicante, le Mourvèdre, la Marsanne, la Roussanne, le Vermentino, le Grenache Blanc, le Viognier et le Servant, Roquemale ou "Mauvaise Roche", est un berceau idéal pour des vignes qui produisent peu de raisins mais avec une très bonne maturité.
Valérie nous précise que ce qui compte ce n'est pas spécialement le degré au moment de la cueillette manuelle, mais les conditions dans lesquelles l'on procède, plutôt avec de la fraîcheur, la nuit ou au petit matin en surveillant la maturité phénolique. Ainsi, ils pourront conserver l’intégrité des baies et apporter à leur vin le maximum d’arômes. Souvent chaque parcelle est vinifiée séparément.

Avec leurs 12 cépages, Dominique et Valérie sauront tirer le meilleur du Millésime grâce à des assemblages.Mais auparavant il faut égrapper, légèrement fouler, tester, piper. Après, entre la durée des macérations en cuve et les élevages en cuve ou tonneau, une longue alchimie s'opèrera pour donner aux vins la structure souhaitée. Nos vignerons sont de vrais artistes qui grâce à la palette de leurs cépages sauront créer des oeuvres qui de plus, pour notre plaisir, pourront être appréciées par nos papilles.
Cette année, même si un peu d'eau serait souhaitable, grâce au micro-climat qui caractérise leurs 10 Ha, Valérie et Dominique sont confiants quant à la qualité de la récolte.

Jean-Marie Philipon

 

Pour en savoir plus : DOMAINE DE ROQUEMALE

http://www.notrecave.com/41_domaine-de-roquemale?gclid=CLD42tjrgc8CFQaNGwod_00Jow

Dominique IBANEZ & Valérie TABARIES

34560 VILLEVEYRAC – France

 

« La destruction est forte et lourde. Elle nécessite une mobilisation »: Gouvernement et département au chevet des sinistrés

« Cette grêle fait partie des plus destructrices que j’ai pu voir » a déclaré le Ministre de l’agriculture. Prenant la mesure des destructions dans les vignes du Château Cazeneuve à Lauret,  du choc psychologique pour les vignerons juste avant la récolte, Stéphane Le Foll  lance un plan de mesures conjoncturelles en aide aux viticulteurs, mais aussi de réflexion, pour  travailler sur l’année en cours et sur la récolte de l’année prochaine. Il évoque des mesures plus  structurelles, concernant les pertes de fonds.
Des actions immédiates sont mises en route : exonération de la taxe foncière sur le non bâti et des cotisations sociales (reports obtenus, voire exonération complète pour les plus touchés), activation des procédures pour la mise en place du chômage partiel. Stéphane Le Foll souhaite étudier des aides plus spécifiques, dans une collaboration avec les collectivités locales, par exemple pour des caves coopératives qui verraient une grande partie de leur chiffre d’affaires remise en cause. Il a repris sa proposition d’étudier une refonte des assurances agricoles, et de la mutualisation des risques, seuls 20 à 30 % des récoltes étant assurés. « Vu la fréquence et l‘intensité des phénomènes climatiques, il faut revoir le système de protection et d’assurance. Notre système ne peut pas répondre aux catastrophes. » Il envisage la possibilité d’apports de financements européens. Il ouvrira dès le 7 septembre un grand débat à ce sujet au prochain conseil général de l'agriculture   en ayant bien conscience que, dans un contexte de production en baisse et d’une situation viticole difficile, l’assurance ne peut pas être rendue obligatoire.  Il motivera étude et rapport pour le mois de novembre.  « Il faut que nous trouvions collectivement une solution » a conclut le Ministre.


Kléber Mesquida, président du conseil départemental de l’Hérault, qui accompagnait Stéphane Le Foll, a  déclaré : « Une aide conséquente, eu égard aux dommages causés par le sinistre, sera votée par l’Assemblée Départementale très prochainement. Notre aide financière sera destinée aux vignerons, aux caves coopératives et aux arboriculteurs. Le Département travaille activement à la mise en place d’un dispositif de soutien financier exceptionnel, en concertation avec les services de l’Etat et la Région Occitanie et la profession agricole, notamment la chambre d’agriculture. Nous attendons de connaître l’évaluation globale du coût du sinistre pour affiner notre proposition.  Il a indiqué des pistes de réflexion pour le conseil départemental : aide directe aux vignerons pour accompagner le surcoût de la taille lié au sinistre, aide aux caves coopératives pour supporter le surcoût des charges de vinification.
Soixante domaines et caves coopératives touchés, 1 000 ha impactés, le Pic-Saint-Loup panse les plaies de ses vignes dans la douleur. Solidarité professionnelle, solidarité des collectivités tissent une toile d’actions concrètes autour d’eux. Pensons aussi à acheter leurs vins.
Florence Monferran

La solidarité s’organise autour des vignerons sinistrés

Une cuvée spéciale pour les vignerons du Pic Saint Loup
Jean-Philippe Granier, Directeur technique des AOC Languedoc, annonce une initiative en faveur des vignerons de l’AOP Languedoc Pic Saint-Loup dévastés le 17 août. L’orage de grêle d’une violence exceptionnelle a frappé sans distinction des vignerons-phares, Château Cazeneuve, Clos Marie, Château Lancyre, Mas Thélème, des bios et des conventionnels, des caves particulières et coopératives – la cave de Saint-Mathieu-de-Tréviers a perdu 150 ha – . L’évaluation actuelle porte sur 600 ha détruits en AOP.
Les AOC Languedoc mettent en œuvre « la solidarité entre vignerons du Languedoc et certains de ses terroirs ». Concrètement, une cuvée spéciale, en  vin rouge offert par d’autres vignerons, sera disponible dès fin novembre sur le millésime 2015. Vendue au prix de 10 € environ, au syndicat des AOC Languedoc, elle viendra aider financièrement certains vignerons ou viticulteurs qui, n’étant pas assurés,  n’auront pas reçu de soutien financier. 50 000 bouteilles sont prévues à la commercialisation.
Les sommeliers-formateurs des Ecoles hôtelières de France, visitant les AOC de l’Hérault, ont annoncé qu’ils réservaient 36 bouteilles par établissement de cette cuvée solidaire.

Dans l’est montpelliérain aussi
L’entraide fonctionne entre vignerons moins renommés. Dans l’est montpelliérain, le secteur de Castries-Vendargues a également subi la grêle, frappant des parcelles en AOP Languedoc Grés de Montpellier et en IGP. Certains vignerons, moins touchés, vont aider ceux dont la récolte est compromise. Nicolas Viguier, au Domaine Saint-Jean de l’Arbousier à Castries, a vu ses 40 ha impactés, mais de façon très aléatoire. Il assurera une récolte, un millésime, même si les vendanges s’annoncent compliquées et les risques de pourriture accrus en cas de dégradation de la météo. D’autres doivent vendanger, de façon anticipée, des raisins abîmés, sans pouvoir pousser la maturation qui n’était pas prête. Au Domaine Folle Avoine à Vendargues, Guillaume Daumond garde espoir malgré une perte lourde de la moitié de sa récolte: « si le temps est avec nous, nous pousserons les maturités pour pouvoir faire des rouges sur les parcelles touchées autour des 30% mais tout dépendra de la météo.  Nous restons un peu optimiste car nous avons 3 ha très peu ou pas abîmé. »  

Lundi 29 août, le Ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, se déplace dans l’est montpelliérain pour témoigner de la solidarité nationale et mettre en œuvre des plans d’aide à ces producteurs courageux, qui font face aux plus sombres vendanges connues de mémoire d’homme dans ce secteur.
Florence Monferran

Voir la vidéo des AOC Languedoc: https://www.youtube.com/watch?v=EMZlIMcVVtQ&feature=youtu.be
Renseignements : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.">Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Maison des vins du Languedoc
Mas de Saporta
34 970 Lattes
04 67 06 04 44
www.coteaux-languedoc.com/fr

Des vignobles dévastés, des vignerons meurtris

Le mercredi 17 août 2016 restera une date noire dans la viticulture héraultaise. Dans l’après-midi, un couloir de grêle, venu du Gard vers Montpellier, emporte sur son passage toutes les productions agricoles, maraîchage, fruits et raisins  prêts à être vendangés. En un peu plus de quinze minutes, il saccage la moitié du vignoble Pic Saint Loup, descend vers Teyran, Vendargues. Sur une zone très étendue, la grêle frappe aveuglément. Des vignobles ne sont pas touchés, d’autres fauchés à 100 % quand les grêlons atteignent la taille d’un œuf de pigeon. Ils laissent  derrière eux une scène hivernale de routes, rues et campagnes glacées en plein été. Des vignes où il ne reste que le sarment, des vignerons sans voix, de solides gaillards qui pleurent… Le maire de la commune de Valflaunès Gérard Fabre confiait à France Bleu : "Les gens sont choqués, on n'a jamais vu un orage aussi violent. Certains viticulteurs sont touchés à 100%. C'est dramatique pour le Pic Saint-Loup. »
Pour panser les plaies, il faut faire vite. Si certains espèrent arriver au bout de la maturité du raisin, d’autres doivent aider la vigne à cicatriser. Les départs de pourriture compromettent ce qui reste. En vins biologiques, la tâche s’avère plus compliquée encore. Guy Ratier du Domaine de la Vieille à Saint-Mathieu-de-Tréviers, explique que les vignerons ont trouvé des produits et traitements biologiques en Allemagne. Panser le traumatisme ? La solidarité vigneronne joue, l’entraide et les mots pour réconforter plus atteint que soi. Guy Ratier le raconte « On s’appelle. C’est important de libérer la parole, laisser les sentiments s’exprimer. »
Après la stupeur, vient le temps des évaluations officielles. « Les territoires viticoles du Pic Saint Loup et des Grés de Montpellier sont plus particulièrement touchés avec plusieurs centaines d’hectares de vignes endommagés à 100 % » analysent les services de la préfecture de l’Hérault. Autour de Vendargues, et dans un périmètre Claret/ Sauteyrargues/Valflaunès/Lauret, les productions sont très lourdement atteintes. C’est à ces communes meurtries que Pierre Pouëssel, préfet, Olivier Jacob, secrétaire général de la préfecture et Jérôme Despey, Président de la chambre d’agriculture de l’Hérault réservent leur visite le 19 août « pour assurer les agriculteurs touchés de leur soutien et examiner les mesures de solidarité pouvant être mises en place. ». Des reports ou modérations gracieuses auprès des services fiscaux, de prise en charge des cotisations sociales des exploitants ou d’incitation à la mansuétude des banques sont envisagées. Une procédure de demande de classement des zones sinistrées au titre des calamités agricoles pour les pertes de fonds est lancée. La perte de récoltes due à la grêle, quant à elle, ne pourra être traitée que par les assurances agricoles de chacun. Les syndicats viticoles demandent aux pouvoirs publics de laisser les vignerons qui n’ont plus rien recevoir ou acheter des raisins, ce qui sera possible si l'état de catastrophe naturelle est reconnu.
Certains ne vendangeront pas cette année, et l’année prochaine sera bien maigre, tellement les vignes ont été martyrisées. Cruel coup du ciel dans un vignoble languedocien jusque là épargné par les épisodes climatiques que la France viticole a connu cette année. Le millésime 2016 sera partout un millésime bien sombre.
Florence Monferran